Entretien avec Abda Wone, Opposant Mauritanien en exil

AdawoneAbdarahmane Ndiawar Wone ou plus simplement Abda Wone est très connu à l’extérieur de la Mauritanie du fait de son militantisme.

Né le 16 Juin 1973 à Kaédi, Abda Wone est le fils de Thierno Baba Gallé Wone, un homme de Dieu qui menait un commerce prospère à Kaédi avant d’être déporté vers le Sénégal en 1989. Elevé par son oncle, M. Ndiawar Kane, un des soixante-huitards les plus chevronnés de notre pays, Abda Wone grandira entre les livres et sera, très vite, au fait des défis et enjeux qui attendent la Mauritanie et l’Afrique. Vivant en exil depuis les déportations de 1989, Abdarahmane Wone est surnommé « Benjamin » par ses aînés au sein des Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) qui lui vouent beaucoup de respect et d’admiration du fait de son militantisme précoce, de son engagement sans faille et de son sens des valeurs. Maître d’œuvre de la plainte déposée contre Ould Taya à New York, Abdarahmane Wone est, par sa formation, journaliste et spécialiste en communication. Titulaire d’un diplôme de troisième cycle de Columbia University, il s’occupe aujourd’hui de la communication d’un prestigieux Institut panafricain de recherche en sciences sociales … Entretien.

Essirage.net : quelle analyse faites-vous de la situation politique en Mauritanie : la démocratie, le dossier des rapatriés et le passif humanitaire, la question de l’esclavage … ?

Abda Wone : De façon schématique, la situation politique de notre pays reste largement dominée par deux camps. D’un côté, nous avons ceux qui cherchent coûte que coûte, vaille que vaille, à prouver la stabilité du pays et son avancée démocratique. Ils sont au pouvoir et bénéficient des largesses du régime. Ils investissent les fora et s’emploient à nier les maux qui affectent le pays, à savoir le racisme, l’esclavage, et les inégalités sociales qui sont érigés en règles. De l’autre côté, nous avons ceux qui sont opposés au régime mais qui ne s’entendent pas sur les stratégies à mettre en place pour aboutir au changement. Ils constituent l’écrasante majorité mais peinent à se retrouver autour d’une même plateforme. Certains parmi eux ont opté pour le boycott pendant que d’autres pensent qu’il faut se présenter à l’élection présidentielle pour une meilleure visibilité des causes nobles que nous défendons. Voilà l’échiquier politique de notre pays, esquissée de façon sommaire, avec ses deux entités opposées. Sur le fond, le mal Mauritanien est connu de tous et le racisme, l’esclavage et les inégalités sont dénoncés partout dans le monde. Et le régime en place, par absence de vision et par manque de volonté politique, ne fait rien pour résoudre définitivement les problèmes.

Essirage.net : comme ceux des Flam-rénovation et puis le président des Flam Samba Thiam, d’autres dirigeants à l’instar de Kaw Touré et Ibrahima Mifo sont revenus récemment pour continuer la lutte sur le terrain. Vous, vous n’êtes jamais revenu au pays. Pourquoi?

Abda Wone : Je pense que ce n’est pas une bonne stratégie pour les partisans d’une Mauritanie de paix et de justice de voir tout le monde débarquer à Nouakchott. Les luttes comme les nôtres se gagnent par des courants de sympathie à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Il y a certes des acquis mais il reste beaucoup de choses à faire. Il y a du travail parce que les déportés continuent de vivre dans les camps au Sénégal comme au Mali. Il y a du travail à faire parce que les Mauritaniens exilés en Europe, aux USA et dans les grandes villes africaines n’arrivent pas à se faire enrôler. À l’intérieur du pays, les rapatriés et l’écrasante majorité de nos compatriotes n’arrivent pas à s’enrôler du seul fait de leur appartenance ethnique. Je pense que l’épineuse question nationale est loin d’être résolue et que le régime n’a rien fait pour que tout le monde puisse rentrer dignement en Mauritanie. Pour le retour des FLAM, certains sont certes rentrés mais la majorité des militants et sympathisants  du mouvement sont toujours à l’étranger.

Essirage.net : on vous voit souvent avec Abdoul Birane Wane, coordinateur de TPMN dans le cadre des rapatriés mauritaniens au Sénégal. Récemment vous étiez avec lui et Biram Dah ould Abeid à Saint Louis, pouvez vous revenir sur l’origine de cette rencontre, qui a été médiatisée ? Et quels sont vos sentiments à propos des divergences qui existent entre ces mouvements ?

Abda Wone : C’est sur notre invitation que tous les deux sont venus à Saint-Louis. Au niveau de la Coalition des Organisations de la Diaspora pour le changement en Mauritanie(CODCM) notre objectif était très simple. Il s’agissait d’impulser une dynamique unitaire entre les différentes organisations, mouvements et personnes qui œuvrent pour un changement en Mauritanie. Nous continuons à travailler sur cette dynamique unitaire qui nous a toujours motivés.Pour ce qui est des divergences, je reste convaincu qu’elles peuvent et doivent être dépassées. Elles sont souvent entretenues par un manque, sinon une absence, de communication entre dirigeants qui souvent poursuivent le même objectif. Le pouvoir en place aussi joue sur ces divergences pour mieux les asphyxier. C’est notre rôle d’inviter les forces vives de la nation à s’assoir autour d’une même table pour éviter le pire.

Essirage.net: Le 21 juin, les Mauritaniens sont invités à voter pour la présidentielle. L’opposition traditionnelle ne participe pas au scrutin. Face à Ould Abdel Aziz deux candidats issus de la communauté harratine et un candidat de la communauté négro-mauritanienne…Qu’est-ce que cela augure pour vous en termes d’enjeux pour la Mauritanie?

Abda Wone : Au moment où se déroulent l’élection présidentielle, mes pensées sont avec ces Mauritaniens de l’intérieur et de l’extérieur qui ne peuvent pas voter du seul fait de leur appartenance ethnique. Mes pensées sont également tournées vers ceux qui se sont battus pour qu’il y ait des avancées démocratiques. Certains parmi eux l’ont payé au prix fort, c’est-à-dire de leur vie. C’est à eux que doivent revenir les honneurs. Ils se sont sacrifiés pour nous, et nous leur devons beaucoup. Mais à la veille de la présidentielle, même si le tableau est sombre, nous restons optimistes pour l’avenir parce que la leçon que nous tirons de cette campagne électorale est qu’une autre Mauritanie est possible, et qu’une autre Mauritanie est envisageable : la Mauritanie démocratique et plurielle en laquelle nous avons toujours cru et continuons de croire.

Essirage.net

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