Entretien avec M. Sy Mamoudou, président du Rassemblement de la Presse Mauritanienne: ‘’Nos rapports avec le ministère, qui tente de marginaliser notre association, sont difficiles’’

RPM_Sy Mamoudou, président du RPM_ rimweb.net

1°) Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le Regroupement de la Presse Mauritanienne (RPM), l’un des syndicats de la presse indépendante mauritanienne est exclu du comité de gestion du fond d’aide à la presse dont la composition vient d’être rendue publique ?

En somme c’est une longue histoire que je vais résumer succinctement; Le17/03/2013, je reçois un courrier de la tutelle qui me demande trois choses : la proposition de notre représentant au sein de la Commission de gestion du fond d’aide à la presse pour l’année 2013 ; la liste des journaux et sites affiliés au RPM en 2013 ; et des suggestions pour améliorer le travail de la dite commission à la lumière de sa 1ère expérience.

Je réponds positivement tout en esquissant certaines propositions. Un document publié par Le RPM, en 2012, sur la forme et le contenu de cette gestion à la lumière des expériences d’autres pays et les critères d’attribution de l’aide, avait été remis au département.

En outre, en s’inspirant de l’expérience d’une année de la commission, il est nécessaire de faire une évaluation du travail, pour voir les insuffisances, améliorer les critères, et revoir à la hausse le montant de cette aide. En outre, avec une autre association, nous avons élaboré des propositions qui ont été renouvelées dans la synthèse de notre atelier tenu à l’hôtel Atlantic, à l’occasion de la commémoration de la journée internationale de la liberté de la presse.

Le 30 mai dernier, après moult difficultés, je rencontre le ministre de la Communication avec un membre du Bureau exécutif du RPM, pour lui signifier notre inquiétude pour le retard de la désignation des membres du comité ; ce dernier nous rassure, en indiquant que «dans une semaine la commission sera mise en place et va débuter ses travaux». Suite à cette déclaration du ministre, nous publions le même jour un communiqué interne pour informer tous les sites et journaux membres du RPM.

C’est seulement au mois de juillet que je suis convoqué par le SG de ce Département ministériel qui m’explique qu’il va falloir (re-)voir la composition de la commission avec l’avènement des radios et télévisions privées ; J’estime que c’est un problème réel, mais que cela ne devrait pas être un prétexte pour exclure le RPM qui est malgré tout une organisation qui représente des entreprises qui ont des charges concrètes.

Mieux, je fais la genèse de l’obtention de cette aide qui a été une de nos revendications. Ensuite je signale, qu’au cours d’une rencontre du Bureau Exécutif avec le Président de la République, la nécessité de cette aide, ainsi que d’autres questions essentielles portant sur le renforcement des capacités de nos entreprises de Presse.

Enfin, je souligne au SG que nous sommes ouverts à toutes les propositions, à l’élargissement, et à des concessions, pourvu que le RPM demeure membre à part entière de ladite Commission.

Quelques jours plus tard, le SG me fait signe au téléphone pour me suggérer de procéder au tirage au sort, je rétorque, qu’il n’est pas question pour moi d’entrer dans ce jeu, qui décrédibilise d’ailleurs le Département, et n’apporte pas de solution pérenne à une question qui ne pourra se résoudre qu’à travers un dialogue constructif et des concertations.

Après cet échange toutes mes tentatives de rencontrer le ministre de la Communication sont restées vaines. C’est la politique de la « porte fermée », avec une tutelle avec laquelle nous avons eu pourtant un fructueux partenariat.

Par ailleurs, j’ai appris comme vous le choix de la composition de la commission par voie de presse, alors qu’une certaine courtoisie aurait pu pousser le département à nous convoquer pour dire comment cette désignation a été faite, quels sont les critères qui ont présidé à ce choix, c’est d’ailleurs ainsi qu’on a travaillé avec le ministère à chaque fois qu’une décision importante est prise.

2°) Qui a désigné les membres de ce comité. Connaissez-vous les critères de désignation ou d’élection ?

Je crois avoir déjà répondu à cette question. Je profite de cette occasion pour lever un amalgame et une certaine confusion savamment entretenus dans certains milieux et officines. Le RPM n’a jamais prétendu – et ne peut le prétendre d’ailleurs – être l’organisation ou l’association de presse la plus importante dans ce pays. Il respecte et entretient des relations de coopération et de collaboration avec la plupart des structures, et estime que toutes ont leur place dans le paysage médiatique du pays.

Pour revenir sur la composition de la commission de gestion de l’aide à la presse, nous respectons ses membres et n’avons aucun problème avec eux, ni avec leurs organisations respectives. Par contre nous protestons et ne comprenons pas l’exclusion du RPM par le Département ministériel de la Communication. C’est une pure aberration et c’est là tout le nœud du problème !

Je rappelle que nous sommes parmi les organisations qui ont initié la première tentative d’un cadre de concertation des organisations et associations professionnelles des Médias, en 2011 à l’hôtel Khatter. Encore une fois, nous n’avons aucun problème avec ces structures, mieux nous allons davantage travailler à renforcer l’unité et la cohésion entre les organisations. Vous savez souvent, on prend prétexte du fait que les journalistes ne s’étendent pas pour prendre des mesures inappropriées.

Quelquefois, c’est de bonne guerre, les pouvoirs politiques et certains lobbies utilisent les structures les unes contre les autres. Dés lors, il doit y avoir une grande solidarité et une vigilance entre toutes nos organisations et associations professionnelles des Médias.

C’est Nelson Mandela qui déclarait, en juin 2007, à Cape Town, lors d’une rencontre de l’Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d’information (WAN-IFRA) et du Forum des éditeurs africains (TAEF) : «Sauvegardez votre indépendance, votre solidarité, puisque nous les politiques et autres, cherchons et chercherons à vous utilisez et à vous manipulez».

3°) Quels rapports entretient le RPM et le nouveau ministre de la communication ?

En ce qui concerne nos rapports avec ce Département, il faut dire que j’avais cru, avec l’arrivée du nouveau ministre, à une continuité de l’administration comme on dit ; malheureusement aujourd’hui, je suis au regret de vous l’annoncer, nos rapports sont difficiles et je constate également une tentative de marginalisation de notre organisation par ce Département.

Depuis fin mai, je demande à rencontrer le ministre, c’est impossible !!! Il y’a tout juste une semaine, j’ai également appelé le Secrétariat particulier du ministre, pas de réponse ! Je rappelle qu’au lendemain de sa nomination une délégation du Bureau Exécutif du RPM, composée de trois membres, a rencontré le ministre pour lui dire que nous allons poursuivre notre partenariat tout en lui formulant tous nos meilleurs vœux de réussite à la tête de ce Département.

Par ailleurs, nous avons formulé des propositions au ministre : la maison de la presse, l’instauration d’une journée de réflexion sur l’information et la communication avec tous les partenaires et acteurs des médias. Avec l’AJM nous avons suggéré le relèvement du fonds alloué à l’aide de la presse et sa transformation en fonds d’appui et de promotion des Médias, ouvert à d’autres partenaires, la régie publicitaire, une messagerie, etc.

Mieux, nous avons proposé la tenue d’un atelier sur la dépénalisation des délits de presse pour plus de responsabilité et de compréhension. Bref, c’est toujours l’immobilisme au sein du département de la communication !!!! Mais malgré tout, nous gardons toujours bon espoir que les choses évolueront positivement.

4) Quelles sont les perspectives pour votre Organisation ?

Je demeure optimiste pour le RPM et pour les autres organisations. Personnellement, je quitterai bientôt la présidence du RPM, même si mon mandat de 2 ans n’est point encore arrivé à son terme. Je devais, en effet, me retirer depuis fin mai 2013. Mais deux engagements importants ont retardé ma décision : le premier d’ordre international a trait à la mise en place d’une Fédération des Éditeurs Magrébins avec les confrères de l’UMA où nous pensons pouvoir jouer un rôle pivot. Mais certaines contingences ont retardé la création de cette structure.

Le deuxième engagement est lié à l’agenda national. Nous avons entamé avec le gouvernement, lors du passage de notre confrère M. Kanouté de l’Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d’information (WAN-IFRA), la signature de la DTM. Il ne restait plus que la date. J’ai l’impression que ce projet est remis aux calendes grecques.

Je voudrais profiter de la tribune que vous m’offrez pour remercier tous les membres du RPM, et toutes les organisations et associations professionnelles des journalistes et les exhorte à consolider davantage leur unité et leur solidarité. «Je suis et je reste un éternel optimiste» (dixit une consœur).

 

Source : Le Calame

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

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