Entretien exclusif avec Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’APP

ladji_traore_itw_eveil_hebdo« Je suis donc entièrement d’accord avec vous pour craindre que le dialogue politique dont il est tant question, doit éviter d’être l’Alésienne de la célèbre pièce de théâtre comique ».
Ladji Traoré n’est plus à présenter aux mauritaniens. Militant de la première heure pour la liberté, la justice et la démocratie, il a fait parti de tous les combats pour l’avènement d’une Mauritanienouvelle et progressiste. Emprisonné à plusieurs reprises, Kaw, comme on l’appelle affectueusement n’a jamais dévié de son combat. Aujourd’hui Secrétaire général de l’APP, c’est la cheville ouvrière de ce parti que dirige Massoud ould Boukheir.
Que deviendrait ce parti sans Kaw? Bonne question sur laquelle, il importe de réfléchir souligne un observateur avisé de notre paysage politique. Dans un entretien exclusif accordé à notre journal, il évoque cette arlésienne que constitue le « fameux dialogue politique », la question des hausses des prix des denrées de base et jette un regard lucide sur la situation politique de notre pays.

Eveil Hebdo : Où en est le dialogue politique qui devient une sorte d’Arlésienne, entre le pouvoir et l’opposition ?

Ladji Traoré: Je remercie infiniment la Direction de l’Eveil Hebdo de me donner l’occasion d’exprimer mon opinion personnelle sur cette importante question et d’actualité. Le dialogue politique tant invoqué est bloqué pour de multiples raisons liées à l’histoire de notre démocratie. Le dialogue reste et restera incontournable pour toute démocratie surtout jeune qui veut explorer sereinement et de manière approfondie les voies et moyens de s’enraciner et répondre aux préoccupations fondamentales de l’heure des populations qui ont non :
– Refondation de notre république sur des bases solides et justes ; garantissant tous ses droits à chaque communauté et à chaque citoyen ; une cohabitation pacifique et enraciner l’égalité, la justice sociale et l’égal accès de tous à toutes les ressources et au partage du pouvoir sur la base d’une l’alternance pacifique.
De mon point de vue, le dialogue qui doit être à l’ordre du jour, ne peut donc être ni informel, ni un nouveau jeu de dupe.
C’est pourquoi, il exige de l’opposition politique, et de la société civile des débats internes très approfondis, avant de s’asseoir à la même table que la majorité hétéroclite au pouvoir, aux ordres d’une minorité militaire qui devient chaque jour étrangement une caste héréditaire. La Mauritanie dans son histoire est une terre de dialogue politique : dialogue d’Aleg en 1957 qui a été rapidement dévoyé ; dialogue manqué de 1991 au tout début du processus démocratique qui a été refusé par de nombreuses composantes de l’opposition au régime du Colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya pour éviter disaient elles d’aborder les questions brûlantes, peut être trop brûlantes de l’heure : retour organisé et réinsertion des déportés et réfugiés au Sénégal et au Mali, solution des problèmes, des massacres extrajudiciaires des années 1989 – 1991, la question foncière, le problème de l’esclavage et ses séquelles.
Le seul débat sur ces problèmes de fond n’a pu être organisé qu’à l’occasion de la transition de 2006, après la chute du régime de Taya ; au cours des journées dites de Concertation Nationale mais dont les résultats essentiels ont de nouveau été enfermés dans des tiroirs hermétiques.
Je suis donc entièrement d’accord avec vous pour craindre que le dialogue politique dont il est tant question, doit éviter d’être l’Alésienne de la célèbre pièce de théâtre comique.
Pour cela, notre longue expérience doit nous enseigner qu’il faut cesser de fuir les débats sur les problèmes de société pour prendre des décisions historiques, des mesures pratiques pour les résoudre. Pour cela, il faut un dialogue inclusif, sincère de tous les acteurs politiques et de la société civile plus le concours des partenaires pour la mise en œuvre des résultats dans le court et moyen terme.

Eveil Hebdo : Le prix du carburant ne baisse pas, les autres produits de base (riz, huile…) ont connu une hausse importante, votre opinion sur cette situation difficile des ménages ?

Ladji Traoré: Depuis l’entrée de la Mauritanie dans le système dit d’ « ajustement structurel » sous injonction des partenaires extérieurs, notre pays est bloqué dans un système de libéralisation sauvage avec destruction de toutes les sociétés de la réglementation publique (Sonimex, CSA…), et des services et mécanisme de régulation, de contrôle des prix. En son temps, cette libéralisation « sauvage » a été dénoncée, mais n’a cessé de s’aggraver surtout aujourd’hui avec cette montée anarchique des prix, elle n’est pas seulement « sauvage », mais elle s’est trouvée aggravée par la création de lobbies qui profitent et détournent les aides et fonds publics destinés aux populations surtout les plus pauvres. C’est pourquoi pour amoindrir la montée des prix internes comme ceux des carburants, du riz, de l’huile, de la farine dont les prix ont connu une chute sur le marché international mais flambent en interne, c’est en raison d’une gestion improvisée, opaque de toutes les ressources publiques malgré l’existence d’une Institution dite de régulation.
De l’avis général, les couches des populations rurales et urbaines ploient actuellement sous le poids d’une hausse vertigineuse, insupportable des prix que le pays n’a jamais connue et à laquelle il convient de remédier immédiatement.

Eveil Hebdo: Votre analyse succincte de la situation politique du pays ?

Ladji Traoré: En raison donc de cette situation politique, économique, sociale structurelle anachronique, s’ajoute injustice, une administration incompétente et corrompue auxquelles vient se greffer l’insécurité, l’impunité et le terrorisme Jihadiste tapis parmi nous et à nos frontières. La situation de notre pays est donc vraiment très préoccupante et droit interpeller tous ses fils.

Source : L’Eveil Hebdo

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