Entretien Exclusif/Zahra Cheikh Abdallahi:”Le RFLM a une vision nouvelle pour l’émancipation de la femme”

Vous êtes à la tête du Réseau des femmes leaders Maghrebines (RFLM). Vous avez certainement un programme prédéfini à exécuter après votre nomination. Quels sont les axes prioritaires de ce programme ?

Zahra Cheikh Abdallahi : Permettez – moi de saisir cette occasion pour rappeler que les droits des femmes sont partie intégrante et indivisible de tous les droits humains et des libertés fondamentales, dans l’esprit de la Déclaration Universelle des Droits Humains et des conventions internationales. Pour cela, notre programme prioritaire vise à construire une société maghrébine débarrassée de toutes les formes d’inégalités et d’iniquités de genre, et qui assure à l’ensemble des citoyens et citoyennes les sécurités essentielles pour leur épanouissement social, culturel, politique et économique. L’opérationnalisation de ce programme se fait, à travers des plans nationaux triennaux glissants exécutés par l’ensemble des actrices du Réseau des femmes leaders Maghrebines.

Notre plan d’action se fonde sur les conclusions concertées de la 61iéme session de la Commission de la Condition de la femme et intègre les recommandations stratégiques de l’Appel de Bucarest qui vise à libérer le potentiel économique des femmes et à lever les obstacles qui entravent la mise en œuvre des engagements en matière d’égalité des sexes au sein de l’espace Maghrébin. Dans ce cadre, les premières actions à mener portent sur :

  • l’appropriation sociale des Politiques Nationales Genre grâce à l’instauration progressive d’une culture de l’égalité entre les sexes,
  • la diffusion de la vision harmonisée du concept genre,
  • le renforcement des capacités institutionnelles et des capacités techniques en genre afin d’assurer l’accompagnement de la mise en œuvre des Politiques Nationales Genre à tous les niveaux,
  • l’instauration d’un partenariat dynamique entre les acteurs et la mobilisation des ressources financières suffisantes pour des actions structurantes et durables à même de favoriser le changement des comportements sociaux discriminatoires dans les différents pays du Maghreb.

Le Réseau des femmes leaders Maghrebines (RFLM) a été fondé dans le but d’œuvrer en synergie avec les instances locales des cinq pays de l’espace maghrébin, de rapprocher les points de vue des élus locaux, de répondre à leurs attentes et Unies et solidaires, nous sommes plus visibles, plus autonomes, plus fortes. A-t-il réellement eu un impact dans les cinq pays du groupe et particulièrement en Mauritanie ?

Le Réseau des femmes leaders  Maghrebines considère l’autonomisation des femmes et des filles comme un processus multidimensionnel s’appuyant sur l’accès et la participation, sur un pied d’égalité, des femmes et des hommes à tous les domaines de la vie civile, politique, économique et sociale, ainsi qu’au plein exercice des droits correspondants et que l’autonomisation économique des femmes et des filles ne peut se réaliser que par la promotion, la protection et le respect de leurs droits et libertés fondamentaux, y compris le droit au développement, qui sont universels, indivisibles, interdépendants et intimement liés, ainsi que l’intégration de ces droits à tous les programmes et politiques de lutte contre la pauvreté et œuvrant au progrès économique des femmes.

Le réseau existe depuis bientôt et les premiers résultats sont très encourageants. Je souhaite avant de tirer un bilan à ce stade, vous donnez un rendez – vous quand toutes nos structures seront fonctionnelles.

Le développement local est l’un des défis majeurs de l’entreprenariat féminin, est-ce que le RFLM est une initiative accompagne les femmes mauritaniennes dans cette quête de fonds pour les AGR, les coopératives et le business ?

Le Réseau des femmes leaders du Maghreb met tout en œuvre pour :

  • favoriser l’accès à l’entreprenariat des femmes en particulier dans le secteur des énergies vertes, des innovations numériques, de la création artistique et culturelle et de l’économie sociale et solidaire, ainsi que par la constitution de réseaux professionnels et de réseaux de femmes entrepreneures,
  • sensibiliser et coopérer avec le secteur privé afin d’analyser les chaînes de valeur mondiales sous l’angle de la problématique femmes-hommes et d’inspirer ainsi l’élaboration et l’application de politiques et de programmes visant à défendre et à protéger le droit des femmes au travail et leurs droits en tant que travailleuses, tout au long de ces chaînes,
  • soutenir les mesures nationales et locales d’autonomisation économique des femmes, notamment en mobilisant des ressources financières suffisantes et en assurant le transfert des technologies et encourager l’utilisation de technologies favorables à l’entrepreneuriat des femmes et à leur autonomisation économique,
  • promouvoir des opportunités publiques et privées de financement de l’entrepreneuriat féminin, identifier les solutions adaptées à chaque pays et accompagner les femmes dans l’élaboration de projets bancables afin de capter des financements innovants.
  • promouvoir des filières porteuses et accompagner les femmes dans le développement de ces filières dans une perspective de développement durable ; développer la formation fondée sur les bonnes pratiques des femmes entrepreneures, en particulier des femmes rurales,
  • promouvoir l’accès aux TIC et leur utilisation par les femmes pour qu’elles puissent saisir les opportunités de développement économique qui en résultent ; en ce sens, promouvoir des partenariats entre les entreprises du numérique et les universités/lycées pour faciliter la participation et les initiatives des femmes dans ce secteur.

Qu’en est-il de la formation ? Est-ce que vous formez les femmes entrepreneurs. Et comment s’organise cette formation sachant que vous êtes dispersées un peu partout sur le continent ?

De nombreuses formations ont vu le jour dans cette optique dans plusieurs pays :

  • le master professionnel en entrepreneuriat et management de projet,
  • le master entrepreneuriat et développement des affaires,

Il existe une volonté de certaines universités, comme nous l’avons vu précédemment, de créer des cursus liés à l’entrepreneuriat. Il faut en parallèle les accompagner de clusters ou de lieux adaptés pour le développement des idées novatrices qui pourraient apporter un bénéfice économique.

Juste pour revenir sur une question. Combien durera votre mandat à la tête du RFLM ?

Mon mandat est de 3 ans.

En tant que représentante du réseau, une organisation dédiée à la femme entrepreneur du Maghreb, quel message lanceriez-vous à toutes les femmes du Continent, entrepreneurs ou non, mais qui aspirent à une autonomie financière ?

Le développement de l’entrepreneuriat est avant tout une nécessité et résulte de la situation économique et sociale générale du Continent. C’est également le cas pour les femmes, dont le nombre se lançant dans une activité entrepreneuriale augmente tout de même, bien qu’il s’agisse dans la pratique d’un entrepreneuriat limité, qui peine à réellement se développer dans les mentalités et qui reste tributaire des héritages socioculturels des pays du sud de la Méditerranée. Malgré ces difficultés, le désir d’entrepreneuriat est remarquablement fort en Afrique. Certains pays montrent des statistiques étonnamment élevées en matière de désir d’entrepreneuriat.

J’invite mes sœurs africaines d’éviter que la force de chercher sans cesse à inclure les femmes dans des processus économiques nouveaux, ne conduit à ce que l’on perde de vue l’objectif premier de l’entrepreneuriat féminin est l’émancipation économique et la réduction d’inégalités.

L’accès au financement reste l’un des défis majeurs de l’entreprenariat féminin. Avez-vous rencontré le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz dans le cadre du renforcement du réseau et de l’appui aux femmes rurales pour favoriser le développement économique, social, environnemental et culturel des villes en mettant en place, en participant ou en soutenant des projets féminins porteurs d’emplois ?

Il est important de rappeler que grâce aux politiques publiques volontaristes de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz visent à créer une société d’égalité, de liberté et de solidarité, autour de principes partagés et nous nous en réjouissons.

Son Excellence Monsieur le Président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz considère, à juste titre, qu’investir dans les femmes est l’un des moyens les plus efficaces de promouvoir le développement car l’investissement dans le développement humain des femmes permet de gagner sur deux tableaux. Cela améliore la qualité de vie des femmes car cela leur permet d’être des acteurs plus productifs dans la société. Cela leur permet également de défendre la cause du développement humain pour leurs familles et leurs communautés. L’amélioration qui rejaillit sur le bien-être et les perspectives de leurs enfants produit des effets multiplicateurs qui augmentent à chaque génération. À l’inverse, les problèmes sociaux qui affectent de manière disproportionnée les femmes, tels que la mortalité maternelle élevée et les violences contre les femmes, sapent le capital humain. Lorsque les femmes sont analphabètes, elles ont une santé précaire et elles ne parviennent pas à maîtriser leur fertilité, leurs enfants en pâtissent également. Ces problèmes constituent des freins au développement.

C’est pourquoi, la stratégie des pouvoirs publics dans le domaine du Genre, est basée sur le fait que l’avenir de la Mauritanie ne peut s’envisager sans la participation pleine et effective des femmes, qui constituent des leviers et des maillons essentiels pour la croissance et le développement. Ceci dit que l’investissement dans l’autonomisation économique des femmes constitue un moyen efficace de parvenir à l’égalité des sexes, d’éradiquer la pauvreté et de mettre en place une croissance économique inclusive et partagée.

C’est grâce à cette politique, je salue et soutient vivement, que les femmes mauritaniennes assument déjà des responsabilités de premier plan et occupent au niveau de l’administration publique les postes de ministres, d’ambassadrices, de secrétaires généraux et de directrices. En outre, nous sommes des parlementaires, des présidentes de conseils régionaux et en politique.

L’entrepreneuriat féminin est un marqueur à la fois du progrès économique et de l’ambition et l’orientation sociale d’un pays. L’entrepreneuriat social englobe les activités et les processus entrepris pour découvrir, définir et exploiter les possibilités afin de renforcer la richesse sociale par la création de nouvelles entreprises ou la gestion des organisations existantes d’une manière innovante.

La dynamique positive de promotion de l’esprit d’entreprendre est l’œuvre des pouvoirs publics ainsi que de nombreuses institutions dont la politique implique l’intégration des femmes à l’effort entrepreneurial. Une politique socialement bénéfique, puisqu’elle favorise l’émancipation des femmes, mais également économiquement, puisqu’un tel effort a des répercussions sur la croissance économique du pays.

Je suis persuadée que Son Excellence Monsieur le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, comme par le passé, ne ménagera aucun effort pour permettre l’émergence et la promotion de l’entrepreneuriat féminin.

Si l’occasion se présente serait un grand honneur de pouvoir rencontrer Son Excellence Monsieur le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz pour avoir ses hautes directives et ses conseils.

Propos recueillis par Aboubecrine Sidi

Tawary-Mauritanie

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