Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R)


Au Temps d’Algérie : «L’assassinat de 4 GGF algériens près des frontières marocaines est l’œuvre de ceux qui cherchent à déstabiliser le Sahel».
Tout en « félicitant » Le Temps d’Algérie » pour le reportage réalisé à Kidal, et qu’il qualifie de « très instructif« , le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), Eric Denécé a tenu à analyser, pour les lecteurs de notre journal, le comportement d’Ançar Eddine et la situation au nord du Mali, à la lumière de ce qui a été rapporté par le journal.

Docteur es sciences politiques, Eric Denécé a un parcours reluisant dans le domaine du renseignement. Il a été, entre autres, officier-analyste à la direction de l’Evaluation et de la documentation stratégique du secrétariat général de la Défense nationale (SGDN), ingénieur commercial export chez Matra Défense, et responsable de la communication

Le Temps d’Algérie : Vous estimez, donc que le reportage contribue à cerner la situation au nord du Mali ?

Eric Denécé : J’ai lu avec un grand intérêt le reportage paru en plusieurs éditions. C’est un travail de terrain et peut donc nous apprendre beaucoup ; c’est pourquoi c’est un grand plaisir pour moi d’intervenir dans ce dossier au bénéfice des lecteurs de votre journal dont je suis les écrits se rapportant à la situation au nord du Mali.

Vous avez donc lu l’entretien réalisé par le journal avec le n°2 d’Ançar Eddine, Ahmed Ag Bibi. Qu’en retenez-vous ?

Eric Denécé :Oui, et dans l’entretien, le n°2 d’Ançar Eddine dit que le mouvement armé auquel il appartient a pour but l’application de la charia (loi islamique) uniquement à Kidal. Pourtant, Ançar Eddine avait, précedemment, exprimé sa volonté d’appliquer la charia dans l’ensemble du territoire malien.

Vous pensez à un recul de la part du mouvement armé ?

Eric Denécé :Un recul, oui. Ançar Eddine change d’avis comme il change de chemise. Cependant, ce que dit Ançar Eddine ne peut être pris pour argent comptant. C’est un mouvement qui use de la ruse et on ne peut nullement lui faire confiance.

Vous ne pourrez pas ignorer la grande différence existant entre Ançar Eddine, d’un côté, et le Mujao et Aqmi, de l’autre ; Ançar Eddine est composé de seulement d’autochtones, contrairement au Mujao et à Aqmi considérés comme des ramassis de djihadistes, narcotrafiquants et autres criminels…

Eric Denécé : Des intérêts existent entre Ançar Eddine, d’un côté, et le Mujao et Aqmi de l’autre. Jamais les trois mouvements n’entreraient en confrontation entre eux. Pour illustrer le caractère solide des relations entre ces trois organisations, je vous informe que le n°1 d’Ançar Eddine, Iyad Ag Ghali, a des liens familiaux avec un des responsables d’Aqmi.

Quelle serait, selon vous, la menace pesant sur l’Algérie et venant du nord du Mali ?

Eric Denécé :L’Algérie doit être consciente que sa sécurité c’est le rejet du terrorisme par toutes les parties concernées dans le nord du Mali. Jusqu’à maintenant, Ançar Eddine fait croire qu’il est contre le terrorisme.

L’Algérie doit être vigilante car l’expérience nous a prouvé que bien des organisations se sont vite investies dans le terrorisme après avoir exprimé une position opposée. Je crains qu’Ançar Eddine rejoint le Mujao et Aqmi s’il considère que ses intérêts sont avec ces deux organisations. Ançar Eddine pourrait, de ce fait, provoquer une intervention militaire étrangère tant préjudiciable à l’Algérie.

Pourquoi cette insistance à comparer Ançar Eddine au Mujao et Aqmi ?

Eric Denécé: Ce sont les destructions de mausolées qui le disent. Ce sont les lapidations et les ablations de mains qui le prouvent.

Quatre éléments des gardes-frontières (GGF) algériens ont été assassinés, récemment, à Zouia, près de la frontière avec le Maroc. Les GGF ont, précedemment, réussi à saisir des quantités astronomiques de résine de cannabis. Est-ce une nouvelle preuve de la connexion entre terrorisme et narcotrafic ?

Eric Denécé: Excellente question. Le Sahel est menacé par une grande déstabilisation voulue par le terrorisme, le narcotrafic et autres trafics encore. Des intérêts tentent à tout prix de déstabiliser la sous-région. Il y a des groupes locaux et des organisations mondiales de trafic de stupéfiants. Cette zone vulnérable est durement ciblée.

Le Mujao et Aqmi sont les plus grands alliés des narcotrafiquants dont les réseaux internationaux vont jusqu’à l’Amérique latine, avec acheminement de drogue jusqu’à plusieurs pays d’Afrique dont le Sierra Leone, la Côte d’Ivoire et le Nigeria.

Terroristes et narcotrafiquants pourraient avoir voulu à travers cet odieux attentat «punir» l’Algérie pour sa lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue dans la sous-région du Sahel. Terroristes et narcotrafiquants ont intérêt à déstabiliser toute la zone pour s’adonner, librement, à leurs activités criminelles.

`Entretien réalisé par Mounir Abi

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