Est-ce bien raisonnable de mettre les pieds sur le bureau ?

pieds sur bureauSi la pratique consistant à retirer ses chaussures et à déambuler en chaussettes s’est largement généralisée dans les open-spaces, au point que l’on peut même se demander si un marché de la chaussette de bureau ne va pas prochainement émerger (ces chaussettes-là seraient avant tout dépourvues d’odeur, de trous et d’imprimés Mickey), la pratique consistant à conserver ses chaussures et àplacer ostensiblement ses pieds sur son bureau n’a pas disparu. Au contraire, elle semble même renforcée dans sa fonction symbolique.

De fait, s’il faut bien quelques mois d’ancienneté pour oser se rendre en chaussettes jusqu’à la machine Selecta de l’étage, il en faut beaucoup plus pouroser se caler confortablement dans le fond de sa chaise et mettre ses jambes à l’horizontale. Pour ce faire, il convient d’abord de disposer d’un plan de travail individuel et de s’y sentir parfaitement à l’aise, à l’abri d’une réorganisation interne susceptible d’imposer, à tout instant, le partage dudit plan de travail avec un nouveau venu. De façon plus évidente encore, il faut se sentir complètement insoumis à quelque forme d’autorité pour oser « lever le pied » de façon si ostentatoire. Valeur inverse du retroussage de manches, le plantage de souliers sur bureau apparaît en fait, sans conteste, comme un luxe réservé aux patrons et aux patronnes.

IMAGE DU PATRONAT FRANÇAIS

Pour autant, si cette pratique s’affirme comme la manifestation de l’impunité et de la surpuissance, elle peut s’avérer décrédibilisante pour peu que l’on néglige une donnée technique importante. Si les candidats aux entretiens d’embauche s’entendent répéter que les recruteurs les jugeront aussi à l’aspect de leurs chaussures, les chefs ne devraient jamais oublier qu’ils peuvent être, eux, jugés sur la qualité de leurs semelles. Ainsi, la stature de Barack Obama en prit un coup lorsqu’une photo de lui, les pieds sur le bureau, dévoilait au monde des semelles ornées d’un trou de la taille d’une pièce de deux euros.

Afin d’éviter un tel revers, il convient aux patrons et aux patronnes de surveillerleurs semelles, en commençant par slalomer soigneusement, sur les trottoirs, entre chewing-gums et déchets canins. Une fois ce défi relevé, il est recommandé aux femmes de ne pas pousser trop loin la provocation, et d’éviter d’exhiber des semelles rouges Louboutin ou des semelles ornées des logos de maison de luxe (ceux-ci peuvent généralement être facilement grattés avec un petit couteau). Il est souhaitable que les hommes portent, eux, des chaussures à semelle cuir.

Pour un supplément de style, la semelle peut même se cirer avec le même produit que le chaussant, comme le faisait le très chic réalisateur Vittorio De Sica. En cas de difficulté, suggérons aux patrons et aux patronnes d’exiger du Medef le financement de formations « grattage de logo » et « cirage de semelle ». Après tout, c’est l’image du patronat français qui est en jeu.

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