Etat des Lieux de la Guerre de l’Enseignement Supérieur en Mauritanie

Sidi Mohamed El Bar1. Au terme de l’élection du Président Mohamed Ould Abdel Aziz en qualité du président de la République le 18 juillet 2009.

Le retour à l’ordre constitutionnel est établi. Le processus de régularisation des institutions constitutionnelles et démocratiques du pays a été reconnu par les leaders de la scène politique, en particulier par le Chef de file de l’opposition démocratique.

Le début du mandat du Président élu a été marqué par un fonctionnement normal des institutions constitutionnelles et démocratiques du pays, symbolisé par la nomination d’un gouvernement chargé de mettre en œuvre le programme politique du Président, l’exercice par le Parlement de ses prérogatives, la pacification du climat entre l’Opposition et la Majorité qui jouent dorénavant leur rôle respectif classique…

Cet éphémère fonctionnement quasi harmonieux des Institutions n’a pas tardé à se transformer en un climat de tension et de suspicion, ouvrant ainsi de nouveaux fronts entre les acteurs politiques du pays.

2. Dans ce contexte, certains Partis de l’Opposition structuraient dans la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), ragaillardis par un contexte international jugé favorable qu’alimentent le printemps arabe et le départ des régimes dictatoriaux solidement établis, tentaient de reprendre l’initiative à travers des mobilisations populaires hissant le slogan du départ du régime en place, qualifié de régime illégitime issu d’un coup d’Etat militaire.

3. A cet égard, on assistait à l’effervescence de la scène nationale par les multiples actions du mouvement des jeunes du 25 février et à la redynamisation de l’élan revendicatif des mouvements des syndicats estudiantins à l’Université deNouakchott, à l’Institut Supérieur des Etudes et de Recherches Islamiques (ISERI) et à l’expression des mécontentements de divers mouvements sociaux impulsés par les conditions draconiennes que vivaient les populations en milieu rural pâtissant sous l’effet d’une rude sécheresse due au déficit pluviométrique constaté en 2011. A cela s’ajoutaient l’intervention militaire engagée au nord du Mali au nom de la lutte contre le terrorisme et les bandes armées qui est qualifiée d’action improvisée et injustifiée et surtout pouvant engendrer des périls graves pour le devenir du pays.

4. Cette configuration était, aussi, marquée par l’importance du rôle politique latent des institutions syndicales de l’enseignement supérieur. D’ailleurs, le système syndical de l’enseignement supérieur de l’époque était confisqué et canalisé par un syndicat, en l’occurrence, du Syndicat National de l’Enseignement Supérieur au niveau du corps professoral et sa filiale estudiantine, l’Union Nationale des Etudiants de Mauritanie (UNEM). C’est deux institutions syndicales étaient et demeurent alimentée et irriguées par les affluents des mouvements islamistes nationaux, notamment, (Tawassoul). Après plusieurs années de monopole, certains acteurs du domaine ont préconisé, au Président de la République, une proposition de diversification des intervenants syndicaux du supérieur.

5. Cette alternative était amorcée en 2009 au moment où Messieurs Ahmed Ould Bahiya et Isselkou Ould Ahmed Izid Bih étaient respectivement, Ministre de l’Enseignement Secondaire et Supérieur, et Président de l’Université deNouakchott. Pour ce faire il a été décidé de créer le Syndicat Professionnel de l’Enseignement Supérieur et l’Union Générale de Etudiants Mauritaniens. Cette approche a donné des résultats positifs notamment pendant la période de l’effervescence du printemps arabe qui constituait à l’époque un défi majeur tant sur le plan national qu’international.

6. Les deux hommes qui dirigeaient le secteur à l’époque ont parvenu par la suite à persuader (en 2011) Mohamed Ould Abdel Aziz de leur confier la gestion intégrale du dossier de l’Education nationale. Dès lors, cette mission se déroulait conformément à une combinaison tripartite alliée, constituée du Ministre d’Etat à l’Education Nationale (Bahiya), du Directeur de Cabinet du Président de la République (Ahmed Izid Bih) et du président par intérim de l’Université deNouakchott (Abdellahi Mohamedou Idriss) imposée à ce poste pour une durée assez longue par ses deux bienfaiteurs précités. Pendant cette période le trio intransigeant du supérieur a entrepris une série d’actions qui visaient à affaiblir le socle politique classique fort du supérieur. Une chasse aux sorcières fut lancée contre les bastions des frères musulmans (Tawassoulistes) du supérieur déjà assimilés dans l’appareil de l’Etat, notamment, sous le gouvernement de Sidi Ould Cheikh Abdellahi.

7. Cette chasse a permis de purifier l’administration publique, particulièrement celle du système de l’Enseignement supérieur, de toutes les composites islamistes. Parallèlement, à cette opération une politique d’insertion massive des professeurs du supérieur alliés était lancée ( Yahfdou Med Youssef, Président de la cour suprême, El Hassan Ould Ahmed, Directeur Général du protocole, Ishagh El Kounty, Conseiller chargé de la Communication à la Présidence, El Arby Khtour, Conseiller Juridique du Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération,Debbe Zein, Directeur Général de la CNAM, El Hasan Amar Belloul, Directeur de l’Enseignement Supérieur, Ndongo Mamadou vice président de l’USTM,Mohamedou Kane vice président de l’UN, Hamoudi Hamadi, Doyen de la FLSH,Chouaib Secrétaire Général de la Commission Nationale de l’UNESCO ………..Cette manœuvre intelligente a permis de conférer au duo (Bahiya etAhmed Izid Bih) une base large de professeurs à mesure de consolider leur force de frappe politique sur le plan universitaire et national.

8. Après cette phase, la combinaison tripartite s’est désarticulée suite à la scindée de l’Université de Nouakchott et la création de l’Université de Sciences, de Technologie et de Médecine, la nomination des Présidents des Universités, la nomination de Ahmed Bahiya au poste de Directeur de Cabinet du Président de la République, les nominations de Isselkou Ahmed Izid Bih (au Ministère de l‘Enseignement Supérieur et à la Recherche Scientifique, à la présidence de l’UPR, au Ministère de l’Equipement et des Transport………..) Comme suite logique à cet état des lieux, le secteur de l’Enseignement s’est retrouvé, à l’occasion, partagé par des forces hétéroclites. Ces forces sont, aujourd’hui en conflit perpétuel et en quête de positionnement confortable au sein de la carte géostratégique du supérieur. Cette place est surement nécessaire pour la maîtrise de ce réservoir riche en termes de mobilisation active et éclairée.

9. Ce mobile attise, aujourd’hui, certains prétendants politiques étrangers aux domaines. Nous sommes témoins des convoitises semi-permanentes exprimées par le président de l’Union Pour le République Monsieur Sidi Mohamed Ould Maham et ses acolytes politiques en vue d’avoir une main mise sur ce secteur alléchant. Dans cet ordre d’idée, les tentatives répétées pour déchiqueter la configuration du tissu estudiantin existant sont des illustrations ardentes de ce genre de caprices incertains. Aussi, les agissements réitérés, parfois, indélicats de certains responsables de l’Enseignement supérieur risqueraient, un jour, de mettre ce secteur en péril.

10. Demeurant dans cette logique, les résultats de l’élection « du samedi 9 juillet 2016 » du bureau exécutif du Syndicat National des Enseignants du Supérieur ont conduit Mohamed Lemine Oud Chamekh à la tête dudit syndicat. Ces résultats constituent une transmutation énigmatique. Ce revirement de situation ne suit aucune logique de calcul. Deux bords politiques diamétralement opposés (Tawassoul et UPR) arrivent, mystérieusement, à se répartir le rôle dans cette institution syndicale. Quelque soit le motif, cette valse ne serait pas pour une longue durée. Ce qui serait certain, à priori, que les dessous des cartes seraient dévoilées, l’arrangement étriquée serait disloqué et les espoirs partagées seraient en deçà des espérances escomptées.

11. En tout état de cause, le système de l’Enseignement Supérieur est l’un des secteurs les plus périlleux de l’institution de l’Etat. Sa gestion et sa spécificité requirent de ses responsables un instinct de délicatesse et de grâce à mesure de soutenir la justesse des actes dans le temps et l’espace. Autrement dit, ce secteur n’épaule pas les auteurs des actions improvisées, démesurées et hâtives. Par conséquent, il est serait judicieux pour ses acteurs : Etat, syndicats, politiques, enseignants, étudiants techniciens….. d’éviter les sentiers incertains pour le secteur et pour la pérennité, surtout, de l’Etat.

Ancien Etudiant  F.L.S.H – Université de Nouakchott

Source : Sidi Mohamed El Bar

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