Etudiants du sud est du Maroc : le défi de la pauvreté

5522bc9d59ad11428339869Le constat est unanime chez un nombre important de jeunes du sud-est du royaume : la pauvreté et la langue d’apprentissage dans les universités constituent les principaux handicaps qui empêchent les jeunes de la région de poursuivre leurs études universitaires. Ces jeunes qui évoquent d’autres obstacles,  rendent publiques des propositions susceptibles d’être une source d’inspiration des jeunes générations.

Hassan Zouaoui est président de l’Association des Anciens élèves d’Alnif. Il est actuellement professeur à l’université Ben Toufeil de Kenitra. Il pointe du doigt des problèmes liés essentiellement à des aspects économiques. Il souligne qu’une partie importante de la population trouve des difficultés de financement des études de leurs enfants. Particulièrement, ajoute-t-il, lorsque la majorité de ces étudiants sont issus de familles défavorisées. Zouaoui ajoute que son association a soutenu un nombre important des étudiants originaires de la région, lorsque l’université de Rabat leur a refusé l’accès au campus universitaire.

Le professeur note que l’abandon des études s’est accentué dans les années 90. Car, les jeunes de ces régions préféraient émigrer en Europe. Zouaoui souligne que la plupart de ses collègues qui étudiaient à l’époque à la fac de Dhahr El-mehraz de Fès avaient quitté la patrie. Mais, lui et d’autres rares étudiants avaient choisi de rester et suivre leurs études au Maroc.

Ajoua Lahcen, sortant de l’université Moulaye Ismaïl de Meknès, considère que le problème est dû principalement à des causes économiques. Il explique que les étudiants des universités doivent s’acquitter de charges économiques énormes, notamment en ce qui concerne la nourriture, les vêtements et le logement. Des charges que leurs familles ne peuvent pas toujours supporter. Et s’ils ne trouvent pas assistance de quelque part, ajoute-t-il, il est évident qu’ils vont mettre fin à leurs études. Lahcen poursuit : l’analphabétisme des parents et l’inutilité à leurs yeux des diplômes, constituent un autre handicap devant l’étude de leurs jeunes.

Par ailleurs, la méconnaissance du dialecte marocain peut constituer un handicap, quoique relatif. Car, certains étudiants, issus notamment de collectivités dominées par des Amazighs, accèdent aux universités alors qu’ils ne communiquent pas en dialecte marocain. Ils rencontrent alors des problèmes d’intégration avec l’environnement universitaire.

Mahmoud est étudiant. Il a décroché son bac en 2007. Il préconise «de ne pas lier ce problème (échec scolaire, ndlr) à des questions purement économiques ; car, il y a d’autres obstacles liés essentiellement à la langue». «Lorsque j’ai eu mon bac avec mention Bien», précise-t-il, «je me suis inscrit à la fac des sciences de Meknès ; mais, mon niveau très bas en français m’a empêché de poursuivre mes études, malgré que ma langue d’enseignement secondaire n’était pas le français».

Ahmed Mejdi est originaire de la région. Il a fait ses études universitaires en France dans les années 90. Il pense que la rupture des études universitaires des jeunes du sud-est est due à des raisons socioéconomiques ; notamment la pauvreté qui pousse les étudiants à préférer travailler et aider leurs pères dans la nourriture des familles.

Mejdi évoque des causes liées au système éducatif d’une manière générale, notamment aux programmes scolaires. Il mentionne l’arabisation des matières scientifiques au niveau primaire et secondaire. Selon lui, l’étudiant, une fois à l’université, est condamné à faire ses études en français. D’où il passerait son temps à la traduction des leçons, au lieu d’accumuler le savoir. Devant cette situation insupportable pour certains, ceux-ci se trouvent obligés de rompre purement et simplement.

Ahmed Mejdi considère que le véritable problème qui s’impose c’est celui du chômage. Car, ce fléau sévirait dans le milieu de la jeunesse. Selon lui, quand un étudiant voit que son frère diplômé est obligé de vendre dans la rue les cigarettes en détails, il ne peut pas s’empêcher de rompre ses études ; parfois, il se sacrifie sur l’autel de l’immigration vers l’Europe à la recherche d’une vie meilleure.

Dans ces régions, on remarque un net recul de la déscolarisation des filles au niveau primaire, comme c’était le cas avant. L’étudiant Yacine Sghaïr est optimiste: «Nous avons gagné la mise. Les jeunes ne rompent plus leur enseignement, par rapport à ce qui se passait chez les générations précédentes». Il ajoute: «si des étudiants ont pu surmonter les obstacles et les mauvaises conditions et ont atteint leurs objectifs grâce à leur détermination et diligence, alors pourquoi pas nous? ».

Yacine conclut en disant: «Rien n’est impossible, avec la volonté et le travail acharné».

En dépit des problèmes et obstacles auxquels sont confrontés les étudiants du sud-est du Maroc, il y en a certains qui ont réussi à relever le défi grâce à leur détermination et leur forte volonté. Car, beaucoup d’enfants de la zone d’Alnif rejoignent les séries scientifiques telles que les maths, la physique et la chimie… entre autres. La plupart des élèves se sont inscrits à ces séries pendant leurs études secondaires. Ils sont aux premiers rangs, au niveau régional et national. En revanche, il est rare d’y trouver des élèves dans des séries littéraires.

Notons que les organisations de la société civile s’activent depuis peu dans le domaine. Elles aident et orientent les étudiants à travers des activités et ateliers animés par des professeurs et étudiants de la région.

Source: dunevoices

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