Face à la justice, Hissène Habré résistera jusqu’au bout

HABRELe procès de l’ex-président tchadien Hissène Habré, accusé de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, et torture, a été ajourné au 7 septembre pour permettre aux avocats commis d’office de prendre connaissance du dossier, a annoncé mardi le tribunal spécial qui le juge. Mais après deux jours d’audiences, Hissène Habré se montre toujours aussi combatif.

C’est sans doute le dernier combat d’Hissène Habré et l’ancien chef rebelle devenu chef d’Etat compte livrer bataille jusqu’au bout. Il ne reconnaît pas le tribunal qui le juge. Il refuse d’assister aux audiences ; on l’y conduit de force. Qu’à cela ne tienne, ses partisans provoquent un incident. Les forces de sécurité le conduisent manu militari dans le box des accusés. Il résiste, se débat jusqu’à être conduit hors de la salle d’audience. Mission accomplie. En bon chef de guerre, il organise aussi sa défense. Il a positionné ses deux avocats à l’extérieur de la salle d’audience. Ils boycottent le procès.

La Cour lui désigne alors trois avocats d’office. Il va les récuser, prédit son défenseur Me François Serres. « Hissène Habré a une stratégie de défense qui consiste à refuser de comparaître parce qu’il considère que cette juridiction est illégitime et qu’elle ne conduit qu’à sa condamnation, souligne-t-il. Il avait constitué des avocats : on ne peut pas substituer à ces avocats d’autres avocats désignés par une Cour puisque le droit sénégalais dit très clairement que quelqu’un qui a des avocats n’a pas besoin d’avocats d’office. (…) Il est clair qu’il ne va pas rencontrer ses avocats commis d’office, qu’il va les récuser même. Donc ces avocats ne sont que des personnalités qui vont crédibiliser un système qui est un système que nous considérons comme d’injustice. C’est-à-dire qu’ils vont souiller l’honneur du parquet de Dakar en participant et en signant la feuille de route d’une condamnation acquise d’avance. C’est ça qui est extrêmement choquant. Ces avocats vont devenir les valets des Chambres africaines, des auxiliaires d’injustice. »

Le risque, c’est qu’il arrive à prendre le procès en otage, s’inquiète Me William Bourdon, avocat des parties civiles. Et ce sera 45 jours de perdus. « Quand un accusé fait tout pour torpiller un procès, il refuse de venir comme ça a été le cas, il dit : ‘Je ne veux pas me défendre’, explique Me William Bourdon. Bien. Et la justice a cette espèce d’obsession d’organiser sa représentation publique. Il faut que les droits de la défense s’exercent envers et contre tout, et le cas échéant, envers même la volonté de l’accusé. Maintenant, c’est un risque qui est pris parce que dans 45 jours on peut se retrouver dans la même situation où Hissène Habré va récuser ses avocats en disant : ‘Je les ai vus, ils ne me plaisent pas, j’en veux d’autres’. C’est pénible. Néanmoins il n’y a pas de drame, la justice s’exprimera, le verdict tombera, quoi qu’il en soit des facéties et des petites fourberies d’Hissène Habré. Un jour ou l’autre, le verdict tombera et c’est bien d’ailleurs ce qu’il craint et qu’il veut éviter à tout près. »

Si les avocats commis d’office se lancent dans une bataille de procédures, ce sera encore un moyen de saper les bases de ceux qui l’attaquent. La stratégie d’Hissène Habré est claire : se poser en victime d’une vaste coalition néocolonialiste. Mais en face, la partie adverse n’a pas dit son dernier mot. Son arme : la patience et la détermination. Et malgré ce report, Souleymane Guengueng, le fondateur de l’Association tchadienne des victimes du régime d’Hissène Habré, reste confiant.

Source: RFI

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