Fantastiques

J’aime bien les Mauritaniens. C’est un peuple qui a les yeux au ciel et les mains dans les poches. C’est un peuple qui parle aujourd’hui et qui réfléchit hier, c’est un peuple qui ne parle que de Dieu et qui adore les idoles. Nous sommes fantastiques !

Mbarek_Ould_Beyrouk_salon_du_livre_2012Nous sommes d’autant plus fantastiques que nous savons tout et que nous ne connaissons rien, que nous abordons tout sujet avec une vivacité qui n’a d’égal que notre ignorance et que nous nous asseyons allégrement au dessus de tout ce qui n’est pas NOUS.
Nous sommes d’autant plus fantastiques que nous appelions notre ignorance sagesse, notre aveuglement confiance, notre cupidité  politique. Nous sommes les grands spécialistes du voltige et nous appelons à la fidélité, nous sommes des adeptes du faux et nous dénonçons les faussaires, et quand un éclair de raison traverse l’un de nous, quand enfin il ose dire, du bout des doigts, clamer  une évidence, nous crions au scandale, nous le dénudons et nous le jetons en pâture aux ragots. Et pourtant, partout nous nous proclamons gardiens de tout,  de l’histoire, des valeurs, de l’intelligence  et des vérités. Ne sommes nous pas le pays des poètes, les seuls, des oulemas, les seuls, des hommes politiques, les seuls. Nous sommes fantastiques parce que nous sommes uniques.
J’ai toujours conseillé à mes amis de ne pas trop s’approcher des gens très connus, de ceux qui ont une aura, des hommes qui habitent les lèvres des gens et les colonnes des journaux, « n’ y allez pas, leur dis-je toujours, vous y perdrez votre foi !» Car, j’ai peur qu’ils ne  tombent de haut et  ne se cassent les reins. Parce que ces hommes dont nous nous parlons si  fort sont souvent des vantards incultes, des prétentieux égoïstes, de cupides prévaricateurs. Ces gens se sont construits une image au dessus de détritus faits de rumeurs et de petites corruptions, éloignez vous d’eux tous,  et surtout des « politiques » de ceux qui professent l’avenir : c’est  leur  seul avenir qui les intéresse.
Je n’ai nullement été choqué l’autre jour quand, dans une mosquée, j’ai entendu parler aux  fidèles, juste après la prière, un gars que je connaissais fort bien, un gentil petit truand. Et il avait une telle  sincérité dans la voix  que je l’ai admiré, cet honnête  petit truand, et nous avons échangé un clin d’œil complice juste après. Parce’ il était dans son droit mon ami, il voulait gruger ces « bonnes âmes » qui croyaient s’acheter une conscience le Vendredi. De quel droit l’empêcherais-je  de plonger la main dans des poches trop souvent remplies des fruits de larcins?  Et puis peut être  à ce moment précis, il était peut être sincère  cet honnête truand. On ne sait jamais. Car il  est comme ça mon  bon  peuple   : il se laisse souvent prendre par ses propres mensonges, il oublie très facilement ses propres forfaitures.  Il est comme ça ce peuple fantastique.  C’est pourquoi, je l’aime bien ce peuple, et je ne l’échangerais contre rien, je vous jure. Contre rien !

Beyrouk

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