Ferdinand Nothomb et la notion de l’Unité nationale Quand « Mauritanie-Perspectives » offre l’’exemple belge

Ferdinand NothombLe ministre d’Etat belge, Charles Ferdinand Nothomb, invité par « Mauritanie-Perspective », un forum de réflexion formé par un noyau d’intellectuels mauritaniens, a présenté mercredi 7 janvier 2015 dans les locaux de la Chambre de Commerce de Mauritanie, une conférence sur l’exemple belge en matière de cohabitation. Un terme auquel, selon lui, les Belges ont préféré celui de restructuration de l’Unité nationale. Alors, entre l’éternelle chamaillerie belge, noyée à l’humour caustique des Flamand et des Wallon, et la rude confrontation sociale entre Maures et Négro-africains, compliquée par l’émergence des Haratines qui se veulent une tierce composante, quelles similitudes et quelles différences ? C’est dans ces questions, et dans d’autres, que le conférencier s’est prudemment immiscé, en prenant bien soin de réserver son intervention à l’expérience de son pays, sans vouloir se prononcer sur le cas mauritanien qu’il déclare ne pas bien connaître.

« Mauritanie-Perspectives », un Think Thank mauritanien dirigé par Abdel Aziz Ould Dahi, ancien ministre et actuel Directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie, a organisé le mercredi 7 janvier 2015 une conférence sur l’unité nationale, animée par le ministre d’Etat belge, Charles Ferdinand Nothomb, 69 ans. Le conférencier était appelé à structurer son intervention autour de questions-clé, tels que les similitudes et les différences de structuration de l’unité nationale en Belgique et en Mauritanie, ainsi que les enseignements que pourraient tirer la Mauritanie des évolutions en Belgique.
Parmi les similitudes notées par le ministre Belge entre les deux pays, il citera la souveraine indépendance des deux Etats, une démographie presque comparative et l’homogénéité dans le recours au suffrage universel pour désigner les dirigeants. Mais préférant ne pas s’enfoncer plus loin dans des études comparatives pour sa méconnaissance, reconnaîtra-t-il, de la réalité mauritanienne, il s’est contenté de livrer l’expérience belge, afin que les Mauritaniens puissent eux-mêmes en tirer les enseignements qu’ils voudront.

D’emblée, il soulignera que les Belges préfèrent surtout utiliser la notion de restructuration plutôt que d’unité nationale proprement parlée, dans la mesure où, selon lui, « en Belgique, on parle de division et non d’unité nationale ». Les Belges, expliquera-t-il en substance, s’attèlent depuis 50 ans à « se restructurer » en tentant de gérer leurs conflits linguistiques et à dépasser à coup de dialogue, de concertation et de compromis, l’éternel conflit entre Flamands, adeptes du Néerlandais, et les Wallons francophones. La tolérance de ce système de gestion des différences aurait même profité, selon lui, à la petite minorité germanophone (60.000 belges) qui bénéficie désormais d’une reconnaissance identitaire. Ce qui donne aujourd’hui à la Belgique une Constitution dans les trois langues, avec le statut particulier de la ville de Bruxelles, où le bilinguisme ambiant serait encore source de conflit.

La solution belge, fruit d’une évolution déclenchée depuis 1830, a débouché selon le conférencier en une compartimentation du pays, en régions et en communes autonomes, avec chacun son parlement, son gouvernement et sa langue.
De constitution monarchique, la Belgique aurait ainsi importé, il y a de cela plus d’un siècle un Roi aux attaches aussi bien françaises qu’allemandes. « Comme ça, nous sommes bien tranquilles » dira le conférencier avec humour. Selon lui, le Roi règne mais ne gouverne pas. Il est l’arbitre de la scène politique, celui qui désigne le Premier ministre dans l’une des majorités au sortir d’une élection, le système électoral belge de type proportionnel ne dégageant jamais de majorité absolue, ce qui oblige les acteurs politiques à rechercher constamment des coalitions, précisera-t-il. Avec l’existence d’une Cour constitutionnelle qui régule les rapports au niveau central et devant laquelle n’importe quel belge peut recourir, les citoyens ont la garantie que leurs droits sont préservés. « En Belgique, on se sent protégé », affirmera le ministre Ferdinand Nothomb, car la Cour peut aller, selon lui, jusqu’à annuler une loi régionale qui porterait atteinte aux droits spécifiques d’un citoyen.

L’essentiel des idées développées, et que certains observateurs ont retenu de la conférence du ministre Nothomb, est que les Mauritaniens doivent savoir que l’évolution sociale d’un pays, surtout s’il est multiethnique et multilinguistique comme la Mauritanie, ne peut s’opérer en 54 ans d’existence en tant qu’Etat constitué. L’Unité nationale tant galvaudée, prendra ainsi du temps à se consolider. Elle sera le fruit d’une lutte de longue durée dont les retombées ne sauraient germer que dans un siècle ou plus.

La deuxième idée est que seul le dialogue, la concertation et le compromis entre toutes les composantes de la Nation, pourront poser les jalons d’une véritable unité où chaque Mauritanien, chaque composante et chaque groupe pourra se retrouver. Les conflits sociaux, sources de massacres, de destruction et d’anéantissement, ne pourront que retarder l’évolution naturelle. Le plus paradoxal, est que chaque conflit finit toujours par le dialogue. Alors autant commencer par là.

La troisième idée est que la Mauritanie n’est pas la Belgique, dans la mesure où les communautés mauritaniennes ne peuvent être compartimentées et divisées sur des bases ethnico-linguistiques. Il n’existe pas de régions purement négro-africaines ou purement maures, tant les populations sont imbriquées les unes dans les autres. Seulement, la décentralisation poussée, avec un gouvernement, une administration et un parlement régional, élu par les populations locales, peut –être une excellente solution à envisager.

En effet, l’Etat central a montré sa capacité prédatrice, car en 54 ans d’indépendance, la Mauritanie ne décolle pas encore, malgré des ressources incommensurables, un territoire vaste et riche ainsi qu’une population qui n’attend qu’un pouvoir catalyseur pour libérer ses énergies.

Encadré

Courte biographie de Charles Ferdinand Nothomb
-Né en 1936
- Docteur en Droit en 1957
- Licencié en Sciences Economiques en 1958
- Député de la province du Luxembourg de 1968 à 1999
- Président du Parti Social Chrétien Francophone de 1972 à 1978 et de 1996 à 1998
- Ministre des Affaires Etrangères 1980- 1981
- Ministre de L’Intérieur, de la Fonction Publique et de la Décentralisation 1982 à 1987
- Président de la Chambre des députés de 1988 à 1995
- Ministre d’Etat depuis 1994
- Depuis 2004 Président de la Fondation du Dialogue Sud Nord de la Méditerranée
- Marié, père de trois enfants et grand père de neuf petits enfants
Publications : La vérité est bonne (198) ; La démocratie belge (1991) ; Principes de démocratie (1994) ; Au fond des choses (1998) ; La réussite de cinquante ans (1960-2010) de développement d’une province rurale (2014).

Cheikh Aïdara

Source : Lauthentic

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