FLAM-FPC : la longue marche vers la reconnaissance

yedali_ahmed_lib_FPCSi les FLAM des années 80 et le FPC d’aujourd’hui, ont obtenu la reconnaissance, tacite ou déclarée, totale ou partielle, en milieu négro-mauritanien, ça n’a pas été le cas en milieu Bidhanes, loin s’en faut.
Cette non reconnaissance, ce rejet, diront certains, n’est pas gratuit et répond aux différentes images négatives tissées par l’histoire des relations intercommunautaires, depuis les premiers jours de l’indépendance.
En effet, très tôt, les débats relatifs à la question nationale et à l’identité de laMauritanie (Arabe, Africaine, ou les deux à la fois) se sont cristallisés au tour du choix de la langue Arabe, comme langue officielle et de travail. Depuis cette époque, la majorité des Bidhanes a pris ses distances par rapport aux mouvements politiques négro-mauritaniens auxquels elle colle des images peu reluisantes :
-« une poignée d’intellectuels T’Karir (Halpoularen), racistes », organisée et payée par la France pour faire barrage à l’usage exclusif de la langue Arabe, au détriment de la langue Française, en Mauritanie
-« une cinquième colonne », initiée et soutenue par le sionisme international, pour affaiblir le soutien à la cause Palestinienne en Afrique de l’Ouest. S’agissant de la première image, il est difficile de nier le fait que la langue française, outil de travail et d’émancipation sociale, durant la colonisation, a joué un rôle dans le fossé qui s’est creusé, au lendemain de l’indépendance, entre les Mauritaniens du Sud, que la connaissance de cette langue avait placés aux postes essentiels de l’Administration coloniale (santé, enseignement, police, gendarmerie, etc.) et les autres, principalement Arabophones, qui avaient préféré rester en dehors des « choses d’El Makhzen ».
Cet état de fait, avec son lot de différences de revenus, de considérations sociales et de jalousie, s’est dressé devant toutes velléités d’unité et de cohésion nationales. Les «anciens exclus » de la fonction publique, désormais maîtres du destin de « leur pays » (certains Bidhanes ont longtemps considéré les « noirs » comme venus d’ailleurs), forcent les portes et tentent d’accaparer les sources de revenu du pays, aussi bien au niveau du secteur public que privé. Et pour bien asseoir cette « orientation », il était nécessaire que la langue Arabe soit aussi la seule qui donne accès au travail.
Les réactions, à cette nouvelle « menace », ne se sont pas faites attendre, aussi bien du côté des « francisants » de la Vallée (manifeste des 19), qu’au niveau de l’ancienne puissance coloniale, qui voit s’effondrer tous les plans et programmes, savamment échafaudés, pour la défense de ses intérêts (MIFERMA, MICUMA, etc.). Il devenait alors, tout à fait objectif, que la communauté des intérêts « obligea » les noirs francisants et les autorités françaises à faire front commun, face à une telle situation.
Cette alliance, tactique, a suffit à la majorité des Bidhanes pour « classer » leurs concitoyens noirs dans la catégorie des antis Arabes et par extension, des supports des anciens colons, mécréants, en plus. Cette « déchirure », avec tous les actes d’austérité et de défiance, réciproques, qu’elle instaura, allait impacter, de manière négative, toute volonté de cohabitation intercommunautaire. Mais, de là, à affirmer que toutes les luttes menées par les FLAM-FPC, y compris l’option séparatiste, obéissent, uniquement, à des agendas français, il y a un grand pas, que, personnellement, je ne me permettrais pas de franchir.
Pourtant, à l’époque de cette déchirure, bien des tentatives volontaristes avaient été entreprises pour la juguler, ou tout au moins atténuer ses effets. Entre autres, un groupe de jeunes (toutes ethnies confondues), avait fait circuler l’idée de la transcription des langues nationales en caractères Arabes, ce qui aurait constitué une preuve de bonne volonté et une passerelle qu’emprunteraient les extrémistes des deux camps vers la langue commune du Coran.
L’idée avait fait son chemin, mais au moment (1975) où le pouvoir était acquis à la transcription de ces langues nationales, certains leaders Halpoularen avaient imposé les caractères latins, « déjà en usage dans d’autres pays de la sous-région », disaient-ils. En tout état de cause, il est permis d’affirmer que l’officialisation de la langue Arabe, dans l’enseignement et dans la fonction publique, a porté un préjudice incontestable aux intérêts et droits des communautés noires enMauritanie.
Elle les a marginalisés au plan social et défavorisés sur le plan économique, de façon durable dans leur propre pays, avec les conséquences que l’on connait et dont nous subissons, tous, les effets négatifs, jusqu’aujourd’hui. Tout excès en entraînant un autre, il n’est pas interdit de penser que les « théoriciens » des FLAM-FPC ne soient tombés dans le piège qui consiste à prendre la langue Arabe et tous les Arabes, d’ici et d’ailleurs, pour responsables, collectivement, des fautes et erreurs commises par les différents régimes qui se sont succédés au pouvoir, à l’endroit des communautés noires de Mauritanie.
Le deuxième « grand pêché », dont El Bidhanes accusent les FLAM-FPC, c’est de s’être constitués « Agents du sionisme international et d’Israël en particulier », contre la cause Palestinienne, en échange de son soutien politique et financier. Cette coopération, réelle ou supposée, aurait connu son point culminant lorsque des centaines de négros-mauritaniens se sont vus expulsés vers le Sénégal et leMali, sous Maawiya dans les années 1980-90.
Cette jonction avec Israël a été facilitée et soutenue par les communautés et lobby juifs en France, aux Etats-Unis et dans certains de leurs pays « satellites », y compris le Sénégal voisin. Force est d’admettre que ces « reproches » faits aux FLAM-FPC, auraient dû s’effacer, lorsque Maawiya, lui-même, a reconnu Israël et a accueilli son ambassadeur en Mauritanie. On le voit, le vrai gagnant, sur les deux fronts, n’est pas le peuple Mauritanien, mais, hélas, Israël, qui a conquis les cœurs des FLAM-FPC et « sauvé » Maawiya, menacé par les coures de justice des pays de la Communauté européenne.
Une nouvelle approche est entrain de forcer les portes des salons et des Khaymas, pour reconsidérer l’image des FLAM-FPC, « revue et corrigée ». Cette nouvelle image, de loin la plus « noble », qui considère ces formations politiques comme presque fréquentables, en milieu Bidhanes, est toute récente. Elle résulte de plusieurs choses à la fois. D’abord des effets positifs de l’avancée démocratique que la courte présidence de Sidi Ould Cheikh Abdellahi avait imprimée au pays.
Beaucoup de Mauritaniens, en particulier ceux de la diaspora (et pas seulement des noirs) ont perçu cette ouverture nouvelle, comme une aube de liberté, de démocratie, un appel de la patrie, auquel nombreux, dont les FLAM, ont décidé de répondre positivement. Ce retour, de l’« ennemi d’hier » parmi nous, a replacé les militants des FLAM-FPC, dans le paysage politique, mais aussi géographique, du pays, obligeant les uns et les autres à un combat rapproché, plus franc et plus efficace que les diatribes et autres coups bas, lancés de l’extérieur. D’autres événements, ont également favorisé cette « éclaircie » dans les rapports Bidhanes-FLAM-FPC.
Le multipartisme en Mauritanie, le chamboulement qu’a connu le monde Arabe, enIrak, en Libye, en Tunisie. Les déceptions enregistrées au niveau du « Grand Maghreb Arabe » les « manques à gagner » résultant de la sortie de la Mauritaniede la CEDEAO. Tous ces éléments ont probablement amené bien des Bidhanes, militant du panarabisme, à revoir leurs conceptions de la géopolitique. Sur un plan beaucoup plus sensible et plus complexe, c’est-à-dire au niveau de la perception par El Bidhane des événements de 89-90, il convient de noter que les « plaidoyers » menés par différents pans de la société civile et les campagnes d’explication à propos de ces regrettables événements, ont conduit bien des Bidhanes à les reconsidérer avec plus d’objectivité et de détachement vis-à-vis des pouvoirs qui en sont les principaux auteurs.
On le voit, cette panoplie de changements intervenus au cours de la dernière décennie, favorise désormais un nouvel examen des relations communautaires et une nouvelle perception de la cohabitation entre les différentes composantes de notre peuple. Reste à savoir si tel est l’objectif prioritaire des leaders politiques et des autorités qui dirigent le pays. Reste à savoir également, comment vaincre les égoïsmes et les positions figées, des uns et des autres, pour réaliser les premiers pas vers un débat franc et constructif, de plus en plus nécessaire pour sauver laMauritanie du démembrement et du chaos.

Ahmed Yedaly

Ex-militant Kadihines

Tel : 36 25 52 23

Source : Ahmed Yedaly

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