Fonction ? Quémandeur

mendiant-enfant rimweb.netDemander assistance à autrui est vieux comme le monde. Surtout dans les sociétés à forte tradition de solidarité. Dans les milieux musulmans, l’entraide, la solidarité et l’assistance à autrui sont ainsi plus que des attitudes louables, des comportements que recommandent les principes fondateurs mêmes de l’Islam.

Mais, de fil en aiguille, ce phénomène est pratiquement devenu une profession qui recrute beaucoup, dans toutes les couches sociales, les sexes et les âges. Du talibé d’à peine cinq à six ans au septuagénaire, tout le monde s’y frotte et s’y pique. Il y a les gagne-petit qui cherchent juste de quoi acheter un pain pour manger ou le billet entre les quartiers de Nouakchott.

Tous les prétextes sont bons pour soutirer quelques providentielles ouguiyas. Il y a les spécialistes des interminables promenades dans les bureaux administratifs et privés. Des empêcheurs de tourner en rond qui montent avant tout le monde et descendent après tout le monde. Qui prennent même le temps de s’assurer que plus personne n’est encore au travail.

Il y a ceux qui te font pleurer de pitié et de compassion : « J’ai des enfants en bas âge qui n’ont pas mangé depuis trois jours, une maman atteinte de la plus grave maladie imaginable dont les médicaments sont en rupture, une sœur à la morgue en l’attente d’un linceul… ». Il y a les spécialistes des mosquées qui attendent à peine que l’imam finisse sa prière pour prendre la parole et expliquer leur insoutenable situation.

Il y a les quémandeurs et quémandeuses de luxe, bien propres sur eux, parfois à bord de rutilantes voitures, qui ne s’abaissent jamais en-deçà d’un certain seuil. Habituellement, ce sont des « personnalités » connues de la société. Depuis quelques années, le phénomène a pris des proportions démesurées.

Certains essaient d’en affubler exclusivement ceux parmi les journalistes qu’on appelle « peshmergas ». Ce n’est pas totalement faux, à ceci près qu’en réalité, le phénomène touche de plus en plus de monde. La situation difficile de ces toutes dernières années a engendré une toute nouvelle catégorie de gros quémandeurs.

Les présidents directeurs généraux de la vingtaine de banques primaires en savent quelque chose. Les grands hommes d’affaires et les richissimes commerçants en savent quelque chose aussi. Selon le cadre d’une banque primaire : « C’est extraordinaire, le couloir et la salle d’attente du bureau du PDG est quotidiennement pris d’assaut par des hauts fonctionnaires, ministres et officiers supérieurs en quête d’argent ». Un pays riche.

Un peuple pauvre. Des richesses naturelles incommensurables qui ne servent à rien. Des politiques structurelles et des slogans pompeux qui élargissent le fossé, entre de de plus en plus larges couches de pauvres et un petit groupe de riches qui se rétrécit comme peau de chagrin.

Voici l’anecdote qui m’a inspiré cet article : alors que je retirais un chèque dans une banque, j’ai été désagréablement surpris par deux parentes quémandeuses. En vrai jongleur, j’ai réussi à tromper leur vigilance, après de très longs salamalecs et la complicité d’un agent de la banque qui m’a permis de sortir par une porte dérobée. Guère fier mais soulagé…

Sneïba El Kory

Source : Le Calame

 

 

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