Absentéisme dans l’Administration : Chassez le naturel, il revient toujours au galop !

Notre administration est malade de l’absentéisme chronique de ses fonctionnaires. Elle est impuissante face aux besoins exprimés par les citoyens, incapable de s’ajuster aux règles de modernité d’un contexte mondial de compétition pour l’efficacité et la qualité.Corruption, incompétence, clientélisme, désorganisation, centralisation, voilà la longue litanie des maux qui gangrènent cette administration.

En vérité le mal est profond. Beaucoup trop d’ailleurs qu’on ne le croît. Ici, on retrouve le spectacle désolant des bureaux désertés par les employés partis régler la dépense quotidienne. Là, le patron ou le chef de service –c’est selon- est au village ou campement, animer un meeting ou une réunion politique. Ailleurs, le directeur est en mission à l’étranger alors qu’il est en villégiature quelque part en Espagne ou à Paris.

Il n’est pas rare de vous entendre dire : « Monsieur, il faut revenir la semaine prochaine, votre dossier est toujours en signature ». A peine si la secrétaire lève les yeux sur vous (vous pourriez quand même patienter que son amie là-bas au bout du fil ait fini de lui raconter les derniers potins qui circulent dans le service!). Tous les remèdes jusqu’ici expérimentés ont été sans effets durables. Et pourtant, devant cette détérioration des services publics, beaucoup de mesures ont été tentées. D’abord, des notes de services pour rappeler ou renforcer les sanctions encourues par les employés qui s’absentent sans justification, des campagnes de sensibilisation, l’aménagement du temps par l’instauration de la journée continue. Las! Il faudra bien, un jour se rendre à l’évidence que le mal doit être combattu par des mesures plus audacieuses destinées à améliorer la gouvernance dans le pays. Au centre du diagnostic des problèmes de gouvernance, on trouve la déficience des services publics. Or parmi les raisons invoquées, l’absentéisme constitue le principal facteur de déperdition de la qualité des services rendus. Il s’y ajoute que parmi tous les problèmes analysés, l’absentéisme apparaît comme financièrement le plus accessible, parce que relevant principalement, selon leur analyse, de considérations de discipline et d’organisation du contrôle. La lutte contre cet absentéisme ne date pas d’aujourd’hui chez nous. Tous les régimes s’y sont essayés sans succès. Et il n’est pas certain que le président de la République qui a dénoncé à son tour le phénomène soit entendu. A moins qu’il ne prenne le taureau par les cornes, décide, par une action qui frapperait les esprits, d’opérer des visites impromptues dans les administrations publiques. Dès lors il se pointe de très bonne heure dans des locaux administratifs, note les retardataires, les dysfonctionnements ainsi que la tenue générale du service. Il fait ensuite prendre des sanctions lorsque des manquements injustifiés sont avérés. La presse aura longuement relayé ces opérations qu’il a menées sur le terrain et contribué ainsi à amplifier l’effet psychologique recherché: le sentiment que chaque agent peut être contrôlé à tout moment. Mais il ne faut pas rêver : une telle initiative, aussi positive qu’elle sera, ne produira qu’un impact limité. D’ailleurs n’a-t-elle pas été usitée par ses ministres aussitôt après qu’ils aient été priés de se mettre au travail pour faire respecter les horaires de travail. Mais ces interventions de hauts responsables ne constituent pas un palliatif efficace sinon que pendant un certain moment. Le temps que les agents s’ajustent au choc psychologique créé par ces visites impromptues et que le Grand Patron soit tiré par des activités plus attachées à sa fonction. Chassez le naturel, il revient au galop. Chacun finira par reprendre son train-train quotidien et le peuple, comme un vieux malade, continue de souffrir en silence de son administration malade.
Moussa Diop

Publicité

Mauritel

Speak Your Mind