Agence de développement urbain (ADU) : Le cri de colère des populations.

"A cause des injustices, nous préférerons AQMI au régime actuel ". Tel est le cri de cœur d’une centaine d’habitants des zones 7 et 8 de Toujounine, dont les demeures sont menacées de destruction malgré la régularité de leurs actes de propriétés

La restructuration des zones précaires de Nouakchott ainsi que les opérations d’urbanisation entamées depuis presque deux ans par l’Agence de développement urbain (ADU) sont en train de glisser insidieusement vers la grande magouille, de l’avis de plusieurs habitants de Toujounine. L’immixtion d’hommes d’affaires et d’hommes puissants dans des zones d’habitats précaires occupés depuis des décennies par des familles pauvres marque une grave déviation dont les conséquences se ressentent aujourd’hui avec acuité, selon diverses appréciations. Là, des hangars fraîchement installés par des puissants sont numérotés dans la précipitation, alors que des dizaines de familles pauvres résidant dans les lieux depuis des années attendent toujours le fameux carton.

Plusieurs parmi elles auraient déjà reçu l’annonce de leur déplacement dans des endroits plus reculés, leur emplacement devant être occupé par de riches potentats. L’esprit qui avait prévalu à l’entame des opérations de restructuration des habitats précaires de Nouakchott serait ainsi, aux yeux des bénéficiaires légitimes, entrain d’être bradé au profit de quelques hommes influents. Ce qui fait monter la colère au sein des familles qui ont occupé l’espace du temps où la zone n’attirait aucun regard, eu égard à son enclavement et au manque d’infrastructures.

"Aujourd’hui que des perspectives heureuses s’offrent, les sempiternels spéculateurs qui rôdent tels des charognards sur les lopins de terre valorisés se sont abattus sur ces parcelles ", explique un homme d’un âge mur, tenant son petit fils entre les bras. Les pauvres comme toujours se sentent sacrifiés sur l’autel des injustices et du favoritisme à l’ère déclaré de la "guerre contre la gabegie". Du coup, le titre de "Président des pauvres" attribué à Mohamed Ould Abdel Aziz au début de sa mandature s’en trouve sérieusement écorné. Des confrères qui ont visité les lieux affirment qu’ une femme handicapée et ses enfants patientent depuis des mois pour être recensée, alors qu’un hangar fraîchement installé et non habité vient de passer avant elle dans les registres de l’ADU. Dans les meilleurs des cas, elle risque, selon ces sources, d’être déguerpie vers un no man’s land alors que son nouveau voisin puissant aura toutes les chances de rester dans cette précieuse place. Il est même soutenu qu’un homme d’affaires est parvenu à installer en un laps de temps seize hangars dans des endroits différents. Aidé d’un agent de l’ADU qu’il a réquisitionné, il serait parvenu à en légaliser huit, avant que la charge des populations en colère ne les fasses déguerpir. Alors que le critère retenu pour le recensement des hangars en zone précaire était la présence obligatoire d’une famille et l’ancienneté, des hangars tout frais et non habités seraient en train d’être recensés au détriment d’habitats habités et viabilisés depuis de longues dates. Une pluie d’indignation et d’accusations de pratiques délictuelles s’abattent ainsi sur l’ADU qui semble, de l’avis des populations, avoir opté pour la politique de deux poids deux mesures.

Ainsi, les appels à l’arbitrage du Président Mohamed Ould Abdel Aziz se multiplient, alors que beaucoup de familles lésées exigent la mise sur pied d’une commission d’enquête pour dépoussiérer le lourd dossier de la restructuration confié au ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme et à l’ADU.

En l’absence de toute justice dans l’accomplissement de l’opération en cours, les populations dont la colère ne cesse d’enfler considèrent que les agissements de l’agence risquent d’entraîner des troubles sociaux de grand ampleur, à l’heure où les bureaux de l’ADU leur sont fermés et leurs doléances ignorées.

A l’indignation des habitants des quartiers précaires s’ajoutent celle des zones loties. Ainsi, le drame des familles des zones 7 et 8 de Toujounine est d’autant plus grave qu’il s’agit de menaces portant sur la destruction de propriétés dûment cédées par l’administration publique et la plupart mises en valeur. Des dizaines de familles sont menacées de perdre des maisons pour lesquelles elles ont sacrifié leur vie. Il s’agit de la Liaison Arafat-Toujounine (LAT).

Motif avancé par l’ADU : ces maisons seraient contigües à l’Avenue Mokhtar Ould Daddah qui sépare la zone 7 et la zone 8 et devaient accueillir des habitants déguerpies. Tous les occupants détiennent des permis d’occuper délivrés par l’Etat mauritanien ainsi que des permis de construire en bonne et due forme, obtenue depuis l’année 2007 suivant Plan directeur de la ville de Nouakchott.

Certains parmi ces habitants expliquent avoir habité la zone à une période où peu de gens accepteraient d’y vivre, vu son éloignement, sa nature accidentée et son manque total d’infrastructures.

Aujourd’hui, avec l’intérêt que présentent les zones en question, l’administration cherche, selon eux, à casser leurs maisons et les déloger. Il est de ces récits, confiés à la presse, qui fendent le cœur. Quelques uns parmi les habitants vont jusqu’à se demander quelle crédibilité donner à un régime qui ignore que l’Etat est une continuité. "Si chaque pouvoir doit renier les actes établis par ses prédécesseurs, la République perdrait toute sa raison d’être", affirme un ancien gendarme à la retraite. "Or, la propriété privée consacrée par la Constitution et les lois du pays, serait en train d’être piétinée du pied ", avance un ancien aventurier mauritanien qui a longtemps vécu au Congo. De retour dans son pays, il déclare avoir acheté deux terrains à l’époque et y avoir construit une maison où il vit avec sa famille. La déception et la colère ont été grandes lorsqu’il apprit qu’il va perdre sa maison, dont la construction lui avait coûté toute sa fortune. "Je me battrai s à mort ; les bulldozers qui viendront pour détruire ma maison devront passer sur mon cadavre et celui de ma famille" souligne-t-il avec détermination. Un autre s’est dit prêt à s’immoler sur le pas de sa demeure, comme Bouzizi en Tunisie. "Je n’assisterais jamais à la destruction de ma vie " martèle-t-il..

Une dame, au summum de l’indignation affirme avoir payé ses deux lopins de terre en 2009 à plus de 5 millions d’UM. Elle dit avoir ensuite construit un grand appartement et des boutiques en béton. "Aujourd’hui, s’étrangle-t-elle, on me dit qu’on va tout casser pour recaser des déguerpis des Gazras. Je n’y comprends rien. Je crois rêver. C’est une recolonisation digne de ce qui se passe en Palestine" suffoque-t-elle. A son tour, elle a martelé qu’elle n’assistera pas à une telle injustice. "Plutôt mourir". Beaucoup de propriétaires, notamment ceux qui ont acheté deux terrains ou plus, déclarent avoir été approché par les responsables de l’ADU qui leur demandent de renoncer à l’un de leurs terrains, en contrepartie, ils vont leur en laisser un. Tous ont refusé de céder un iota de leurs propriétés. "La bataille foncière risque d’être coûteuse à la Mauritanie, sur le plan de l’instabilité et des remous sociaux, si l’on ne freine pas l’injuste appétit de l’administration à charge de ces opérations" affirme un ancien fonctionnaire qui après avoir construit sa maison pour y finir ses jours, se voit menacé aujourd’hui de vivre lui et sa famille en SDF.

JOB.

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