France: Manuel Valls veut suspendre le financement étranger des mosquées

mosquée de FréjusManuel Valls propose d’interdire temporairement le financement étranger des mosquées. Le Premier ministre français entend ainsi utiliser ce moyen pour limiter le radicalisme dans certains lieux de cultes, étant donné que l’État français n’a aucune main sur leur financement. Ce qui est d’ailleurs le cas pour toutes les religions depuis plus d’un siècle. Mais cette proposition est largement contestée.

Depuis la loi de 1905 séparant l’Eglise et l’État, ce dernier ne participe pas aux financements des lieux de culte. Les fonds sont donc d’origine privée, mais les besoins diffèrent selon les religions.

Ainsi, les cultes catholique et juif possèdent, du simple fait de l’histoire, de nombreux lieux pour leurs fidèles. Pour des raisons patrimoniales, ces églises et ces synagogues appartiennent aux communes, qui ont donc la charge de les entretenir avec les pratiquants. Il n’y a donc pas nécessairement besoin d’en construire de nouvelles.

Il en va cependant différemment pour le culte musulman. La deuxième religion de France compte aujourd’hui environ 2 500 mosquées sur le territoire, ce qui n’est pas assez par rapport au nombre de fidèles.

Il faut donc édifier de nouveaux lieux, mais contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas des États étrangers qui construisent des mosquées en France. Certes, des pays comme le Maroc, l’Algérie ou encore l’Arabie saoudite apportent des fonds, mais ce sont surtout les musulmans français qui, par leurs dons, financent en très grande majorité les lieux de cultes de l’islam.

Par ailleurs, même en cas de financement de l’Arabie saoudite ou du Qatar, par exemple, « ce n’est pas une preuve que ça finance le salafisme ou des dérives extrêmes », précise Bernard Godard, un ancien du bureau central des cultes du ministère de l’Intérieur. Selon lui, les Saoudiens font d’ailleurs très attention à ce que les mosquées qu’ils financent ne dérivent pas. « Ils ne supportent pas, ils ont peur de voir une mosquée qui pourrait être accusée d’être proche du salafisme ou de l’islamisme en général », ajoute-t-il.

En cas d’application, cette mesure pourrait donc avoir des effets très limités.

Réactions sans surprise partagées

Auteure d’un récent rapportsur l’organisation, la place et le financement de l’islam en France, la sénatrice UDI Nathalie Goulet voit dans les propos du chef du gouvernement « une double imposture ».

« Ces propos partent du postulat que la radicalisation vient des mosquées, ce qui n’est pas vrai. Quant au financement de l’étranger, il n’est pas majoritaire mais important : comment faire sans? Est-ce le contribuable qui va s’y substituer? Ce serait une violation de la laïcité », estime la parlementaire.

Son rapport souligne, contre les idées reçues, que « le financement de la construction et de l’entretien des mosquées est assuré majoritairement par la communauté elle-même, grâce aux dons des fidèles », en particulier au moment du ramadan.

D’autres réactions, beaucoup plus politiques cette fois, ont émané de différents leaders politiques, à droite et à l’extrême droite.

Le président de la région Paca et ancien maire de Nice Christian Estrosi (Les Républicains), a salué l’idée de M. Valls : « Nous, on le demande depuis des années et des années. C’est bien que ça comment un petit peu à pénétrer chez ces gens-là. Pourquoi temporaire ? Je veux dire, c’est un principe. On ne peut pas accepter de voir des mosquées en France financer par l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar ou les puissances du Maghreb qui se font d’ailleurs une concurrence entre elles. Tout cela est forcément malsain, voire dangereux du fait de l’orientation de certains de ces pays, notamment du fait qu’ils vont vers le salafisme. Et je crois que nous avons intérêt à prendre cette décision. »

« Hypocrisie de (Manuel) Valls qui se prononce contre le financement étranger des mosquées mais a refusé mon amendement en ce sens il y a dix jours ! », a aussi tweeté Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes.

Les deux élus se sont par ailleurs insurgés de l’ouverture autorisée par Manuel Valls, début juillet, d’une mosquée financée par l’Arabie saoudite à Nice.

De son côté, le FN, par la voix de son numéro 2 Florian Philippot, estime lui aussi qu’il s’agit là d’une bonne mesure, tout en estimant qu’il n’y avait « rien sur le fond ». « Nous voulons des actes tout simplement, c’est-à-dire prononcer la fermeture d’un certain nombre de lieux qu’il a autorisés ces derniers mois et qui posent de vrais problèmes pour les institutions de la République française », a-t-il martelé sur Europe 1.

RFI

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