François Hollande dans le marécage africain

«Attention terrain miné». Le marigot africain est souvent dangereux pour les étrangers, les crocodiles y sont nombreux, très malins et particulièrement voraces.

Et on ne souhaite évidemment pas au président français et à sa délégation de finir comme les malheureux récemment dévorés par des crocodiles du lac de Yamoussoukro, si cher à feu Félix Houphouët-Boigny (premier président ivoirien et considéré comme l’un des pères de la «Françafrique»).

Mais François Hollande, qui accuse dans les sondages une des baisses les plus rapides de l’histoire de la Ve République, devra éviter tout faux pas sur la scène africaine qui écornerait son image de chef d’Etat.

Réussir le discours de Dakar

Pas difficile de faire mieux que son prédécesseur. Nicolas Sarkozy s’était plombé dès le début de son mandat en affirmant que «l’Homme africain» (quel Homme africain?) n’était pas «assez entré dans l’Histoire» (quelle histoire, l’histoire occidentale?).

Avant même son élection en mai, François Hollande avait souhaité «rompre avec la Françafrique», et surtout avec une «certaine vision paternaliste et ethnocentrée».

Devant l’Assemblée nationale sénégalaise, une des rares de la région à avoir été élue démocratiquement, il devrait faire la promotion de la démocratie et des droits de l’Homme.

Et recueillir les applaudissements nourris du président Macky Sall, qui a succédé à Abdoulaye Wade à l’occasion d’une transition politique pacifique, qui reste trop rare sur le continent.

Il pourra sans mal faire la leçon aux «dinosaures» africains, au pouvoir depuis des lustres et qui s’accrochent toujours au fauteuil présidentiel. Mais il ne les nommera sûrement pas car il a trop besoin d’eux… Et il en rencontrera certains lors du sommet de la Francophonie de Kinshasa, en République démocratique du Congo.

L’étape de Dakar a d’ailleurs été ajoutée au premier voyage africain du président français car le seul aller/retour Paris-Kinshasa aurait pu rester au travers de la gorge des défenseurs des droits de l’Homme et donner une fâcheuse impression. Ne pas déraper

Mais Hollande, tout en défendant les principes démocratiques, ne devra pas pour autant apparaître comme un donneur de leçons. En 1990, François Mitterrand avait mis le feu aux poudres avec son fameux discours de la Baule.

Les deux François n’ont pas le même caractère. L’époque a changé. Les Africains n’attendent pas un signal de Paris pour réclamer davantage de libertés à leurs dirigeants. Ils sont assez grands pour le faire tout seul.

Mais attention, il est facile de déraper dans un discours. Même s’il a été soigneusement écrit. Sarkozy s’était ainsi fait «piéger» par son conseiller Henri Guaino, qui lui avait, semble-t-il, donné le texte dans l’avion entre Paris et Dakar. L’ambassade de France n’avait pas été consultée avant le départ de Paris.

Comme l’avait malicieusement souligné le bouillant Abdoulaye Wade en 2007, «il arrive qu’un président soit victime de son “nègre”».

On ne sait pas si Guaino a apprécié la remarque…

Mais on ne saurait trop conseiller aux sherpas de Hollande de tourner sept fois la plume dans l’encrier avant de donner au chef de l’Etat le discours de Dakar.

Ne pas s’ensabler

Autre sujet qui fâche: le soutien logistique de la France à une force ouest-africaine pour libérer le Nord-Mali des islamistes fanatiques. Le sujet est sensible et irrite déjà l’Algérie.

Le mandat de Sarkozy a été marqué par deux interventions lourdes de conséquences: en Libye et en Côte d’Ivoire. Elles ont abouti dans les deux cas au départ du dirigeant en place.

Mais Hollande doit prendre, au tout début de son mandat, des décisions qui vont probablement avoir des conséquences sur l’ensemble du quinquennat. Et s’enliser dans les sables du Sahel, en pleine crise économique en Europe, ne serait pas une bonne chose pour l’exécutif français.

Le soutien français à la force ouest-africaine doit être expliqué, avec tact et pédagogie, aux peuples africains, plus de 50 ans après les indépendances. Paris devra s’assurer au préalable du soutien de la superpuissance africaine, l’Afrique du Sud.

Tout le monde garde à l’esprit les virulentes critiques de Pretoria envers l’intervention franco-britannique en Libye. Jacob Zuma, le président sud-africain, avait de plus joué la carte Gbagbo en Côte d’Ivoire, contre Ouattara, activement soutenu par Sarkozy.

Et la nouvelle présidente de la Commission de l’Union africaine n’est autre que l’ex-épouse de Zuma.

Otages en danger

Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) menace de tuer les otages français qu’elle détient. Et diffuse de plus en plus régulièrement des vidéos les montrant, accentuant ainsi la pression sur les autorités françaises.

Les préparatifs d’une intervention ouest-africaine dans le Nord-Mali se précisant, les familles des otages ont radicalement changé de stratégie. Très discrètes jusqu’alors, elles multiplient les déclarations à la presse.

Et l’inquiétude est chaque jour plus grande. Jean-Pierre Verdon, le père de Philippe Verdon enlevé il y a environ un an, a été très clair:

«Si on laisse démarrer l’opération, la négociation deviendra caduque, leur vie sera en jeu, il (AQMI) s’en servira pour dire si vous avancez, on les tue.»

Dans ce domaine, il faudra faire preuve également de beaucoup de tact et de pédagogie pour convaincre l’opinion publique française que le soutien à une force africaine au Mali est indispensable, même s’il peut conduire à menacer la vie de ressortissants français.

Les pièges de la Francophonie

Hollande a beaucoup hésité avant de se rendre au sommet de la Francophonie de Kinshasa. Avant de finalement décider d’ y aller. Il devrait (un peu) faire la morale au président Joseph Kabila, réélu dans des conditions jugées frauduleuses par les observateurs indépendants.

Mais la realpolitik n’est jamais très loin. Et au nom de la stabilité de la République démocratique Congo, «ventre mou» du continent, la correction ne devrait pas être trop sévère. D’autant plus que des rebelles soutenus par le Rwanda menacent de plonger les deux Kivus (dans l’est du Congo) dans un conflit de grande ampleur.

Hollande aime à rappeler qu’en 2050 «80% des Francophones seront Africains, soit 700 millions de personnes». Cette donnée fondamentale l’a poussé à faire le voyage jusqu’à Kinshasa.

Mais pour lui, «la Francophonie n’est pas simplement une langue en partage, c’est aussi une communauté de principes et d’idéaux, dont le rappel à chaque occasion est nécessaire, notamment en République démocratique du Congo».

«Tout dire partout et faire en sorte que ce qui soit dit soit fait», a-t-il récemment ajouté devant les ambassadeurs français.

Hollande dira-t-il ses quatre vérités aux présidents Kabila, Denis Sassou Nguesso , Paul Biya et Ali Bongo? Réponse du «président du changement» à Kinshasa mi-octobre. S:IIdr/SAfr

Source:Elhourriya

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