La fête des femmes.

En ce jour de commémoration de la fête internationale des femmes, je ne peux que saluer toutes les femmes de mon pays.
Celles qui triment encore sous le joug de l’exploitation. Qu’elle prenne la forme d’un esclavage à mille visages ou celle de la tradition qui, tout en lui reconnaissant un statut bien particulier par rapport au monde arabo-musulman, la confine dans un rôle de «petite envergure». On en dit qu’elles sont «les chaussures des chiens et les couronnes des bonnes gens» (n’ayel leklaab u ‘maayem lejwaad). Comme si on leur déniait une valeur intrinsèque.
Je rends hommage à toutes les mères abandonnées par des maris irresponsables, des mères qui sacrifient tout pour éduquer et former des enfants dans un milieu de plus en plus hostile. Des mères qui ne concèdent rien en dignité, en intégrité.
A toutes les filles sollicitées dès leur jeune âge pour soutenir des familles de plus en plus nombreuses, de moins en moins productives…

J’ai toujours soutenu que les prédispositions à bien gérer des femmes de chez nous, découlent de leur statut dans la société traditionnelle. Ici, la femme avait à gérer tout ce qui se trouvait sous la tente, donc tous les biens. Quand les hommes partent derrière les bêtes, à la recherche d’un bien à fructifier, les femmes se retrouvent dans la situation de chef de famille.
C’est la femme qui va décider de la gestion des rations. C’est elle qui va décider quel traitement on va réserver à tel étranger de passage. C’est elle qui va accumuler, préserver pour les moments de disette.
La société arabe de chez nous – héritage certain de la société matriarcale Sanhadjienne – reconnait à la femme un rôle et un statut déjà révolutionnaires en comparaison avec notre environnement. On lui donne les prénoms de «El Ezza», «El Karama», «El Fayza»… toutes ces appellations qui font référence à la dignité, à l’adulation, à la réussite… une perception qui en dit long sur le reste…
Quand en 2006, le personnel poli tique avait décidé d’exiger seulement 20% des postes électifs pour les femmes, il avait vu petit. En réalité, la démocratisation de la vie publique, avec les élections organisées depuis 1986, nous révèle que l’élément moteur de l’activité politique c’est bien la femme. Qu’on lui accorde une part considérable dans le dispositif électif relève du respect d’un droit.
L’autre soir, TVM qui s’ouvre peu à peu à toutes les opinions, proposait un débat entre des femmes de différentes obédiences politiques pour parler justement des acquis de la femme mauritanienne. Le débat qui a duré plus d’une heure et demie n’a pas dévié de l’essentiel. Aucune insulte, aucun mot déplacé… au contraire une discussion constructive et attrayante. Tout le contraire de ce qu’on a vu quand le débat opposait des hommes. Ceux-là ne semblaient pas être sûrs d’eux-mêmes. C’est l’unedes forces de la femme de chez nous : ici la femme s’assume. Naturellement.
Mohamed Fall Oumeir

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