Sur la plage des pêcheurs de Nouakchott : La pêche artisanale a toujours la cote.


À peine sorti de l’océan, posé à même le sable sur cette plage fréquentée exclusivement par les artisans pêcheurs, le poisson ne vaut presque rien à Nouakchott. À peine 1 500 ouguiyas pour une caisse.

Environ 500 DA, bien loin des 400 DA le kilo de sardine sur n’importe quelle place d’Alger. Le marché, belle et gigantesque construction aux toitures voutées, grouille de monde en cette fin d’après-midi.Plusieurs variétés de poissons sont exposées sur des étalages, et des femmes et des hommes les proposent à tout passant. Une lotte nettoyée fait 1000 ouguiyas. On y trouve du mérou, du thon et d’autres poissons aux noms imprononçables et inconnus. Le mérou peut atteindre les 30 kg alors que le thon blanc pèse parfois les 80 kg. Le poisson le plus cher vaut 2 000 ouguiyas, soit approximativement 700 DA. Des prix qui nous renvoient à nos chers poissonniers et aux spéculateurs des pêcheries qui donnent à n’importe quel poisson la valeur de l’or. Ce qui explique le régime restrictif des Algériens et leur tendance à virer vers les viandes blanches des volailles.

Les Mauritaniens en consomment évidemment, mais ils restent, comme l’explique avec ironie un officiel, fondamentalement “carnivores”. La moyenne de consommation journalière de viande est d’une fois par jour.
Une seconde ouverture du marché donne directement sur la plage où atterrissent les cargaisons de poissons fraîchement pêchés.
Les pêcheurs utilisent encore des pirogues bariolées de peintures et de drapeaux leur donnant un petit air d’exotisme. On y voit les drapeaux de la Mauritanie, du Sénégal, de la Guinée, du Mali… “Ce sont les drapeaux des pays dont sont originaires les pêcheurs”, précise Mohamed un armateur, l’un des rares à avoir accepté de parler. Si les pêcheurs sont des travailleurs étrangers, des Maliens, Guinéens et Sénégalais, les armateurs, les propriétaires des pirogues sont tous Mauritaniens.
À peine une pirogue arrivée qu’une foule accourt à sa rencontre. Les premiers la retiennent par une longue corde alors que les autres munis de caisses rejoignent l’embarcation. À la main, les caisses sont vite remplies, une à une, que les arrivants emportent sur leur tête. Au passage, les poissons qui tombent sont aux femmes qui bénéficient de quelques pièces que leur jettent les transporteurs qui passent rapidement devant elles. Généralement, elles lavent le poisson et le revendent.
Au loin, une colonne de pirogues occupe l’horizon. Il y a environ 3 000 pirogues sur cette plage, précise notre interlocuteur. Toutes opérationnelles. Elles partent parfois pour juste une journée. Comme celles qui sont visibles à l’horizon. D’autres vont encore plus loin, au large, et le travail dure parfois jusqu’à cinq jours. Cela dit, les pêcheurs ne gagnent pas grand-chose par rapport aux armateurs et aux vendeurs. Surtout les vendeurs qui peuvent exporter une partie du produit. Les débouchés sont le Sénégal, l’Espagne et la France. Le produit est acheminé directement par avion.
La plage ne connaît d’affluence que pour la pêche ; les Mauritaniens lui préférant la campagne pendant la saison estivale. L’espace est rempli de mouvements, de gestes, de cris des enfants, des femmes, des hommes, vieux et jeunes courant, assis à même le sable, alors que les pêcheurs pressés continuent de vider les pirogues, qui directement en allant approvisionner le marché, juste à côté, qui en remplissant des voitures touristiques et utilitaires. C’est destiné au marché local.
Mais on trouve aussi quelques camions frigorifiques stationnés dans la cour mitoyenne du marché.
Dehors des hommes et des femmes se démènent pour caser les sacs et autre bassines remplis de poissons dans les malles des voitures. Certaines les proposent sur place à la vente. Retour du côté des étalages. Les couloirs de passage sont encombrés. Des clients regardent, tâtent les produits, négocient les prix, les vendeurs accostent les passants. Tout le monde est un client potentiel. On demande les prix, les noms des poissons, on soupèse quelques pièces. Des clients, beaucoup de femmes, bien habillées font leur marché. “On voit parfois des ministres et de hauts responsables acheter ici”, nous dit Mohamed qui parle au nom des pêcheurs. Cela se voit aux belles voitures qui les déposent devant le marché.
En fin de journée, c’est bondé. C’est aussi le moment où rentrent les pirogues chargées.
Dans un autre pavillon attenant au marché, plusieurs “bouchers” sont occupés qui à découper des pièces, qui à écailler des poissons et qui à les découper en filets.
Pour les besoins de la photo, certains pêcheurs s’y prêtent volontiers alors que d’autres réclament d’être payés. “Ne te laisse pas photographier, ils vont te vendre”, conseille un jeune à un autre qui voulait prendre une pose. Mais pas question “de nous prendre en photo”, dit un vieux assis avec sa femme à même le sable. “Non, non !”, crie-t-il. Par contre, “je suis prêt à vous ramener tous les responsables et des pêcheurs si vous voulez faire un documentaire filmé”, affirme Mohamed notre premier interlocuteur lorsqu’il apprend qu’il s’agit d’un reportage pour Liberté. Des pêcheurs, des jeunes, ont pourtant accepté de “poser”, mais refusent de parler et de discuter.
Les Mauritaniens tiennent à cette activité, ce qui explique l’affluence et la réputation que connaît ce marché.
Ici la pêche, c’est comme une cueillette mais on ne trouve pas de crustacés et les gros poissons, rares, ne dépassent pas les 80 kg. Pour cela, il faut aller plus loin, en haute mer. Ce sont les pêcheurs étrangers qui en ont les concessions. Ils sont Européens, particulièrement Espagnols.
Beaucoup espère trouver des débouchés en Algérie. “On a beaucoup de poisson, mais il n’y a pas de moyen pour l’écouler en Algérie”, nous confie un responsable qui entrevoit la solution avec la construction de la route Tindouf-Choum. En attendant, une partie est exportée au Sénégal et en Europe.
En attendant, l’Algérien continuera à acheter ses sardines à 400 DA et la pêche artisanale en Mauritanie continuera de survivre tant que le marché est encore là avec ses étalages et sa clientèle. Les Mauritaniens y tiennent.

D. B.

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