Gorgol : Les évènements de Kaédi et Maghama, un an après !

En septembre 2011, les villes mauritaniennes de Kaédi et Maghama avaient été sous les projecteurs de l’actualité nationale et même internationale.

Des jeunes sympathisants du collectif TPMN (Touche pas à ma nationalité) y avaient organisé des manifestations pour dénoncer les conditions « discriminatoires vis-à-vis des négro-mauritaniens », de l’enrôlement biométrique décidé par les autorités mauritaniennes afin d’assainir le fichier de l’Etat-civil.

Une répression s’était alors abattue sur ces jeunes faisant à Maghama, un mort, (Lamine Mangane) et des blessés par balles, et à Kaédi un blessé grave (Bakary Bathilly), violemment battu par la police dans l’enceinte même de la mairie de Kaédi et plusieurs interpellations.

A Kaédi, dès le 10 juillet 2011, une manifestation pacifique est organisée par un groupe de jeunes, encadré par les forces de police, de la maison des jeunes (quartier Moderne) à l’ex-cinéma ABC (Jédida). D’autres marches suivront et prendront au fur et à mesure une grande ampleur. Le samedi 24 septembre 2011, les jeunes de la ville se donnent RV à la place « Mamadou Ndiaye » (Gattaga Sud) pour la marche de trop, avec l’intention de remettre leurs doléances au Wali du Gorgol.

Les forces de l’ordre en ordre de bataille érigent un cordon et bouclent toutes les issues, pour empêcher l’ébranlement de la marche de la place « Mamadou Ndiaye » vers la wilaya, la jugeant non autorisée.

Des coups de matraque s’abattent sur les jeunes et des bombes lacrymogènes tonnent. Les jeunes ripostent par des jets de pierres. Des échauffourées éclatent et se poursuivent 72 heures durant. Le palais de justice est saccagé puis incendié. Une fourgonnette de la police est calcinée. Une quarantaine de jeunes est gardée à vue au commissariat de police de Kaédi. Des nostalgiques de 1989 se rendent chez l’autorité administrative pour solliciter l’autorisation de «mater du black».

Des élus entreprennent une médiation avec l’administration locale et des représentants des jeunes manifestants. Les personnes interpellées sont libérées après trois jours de détention au commissariat de police de Kaédi.

La capitale du Damga encore endeuillé, prend le relais

Mardi 27 septembre 2011, les jeunes de Maghama prennent le relais de ceux de Kaédi. Ils saccagent le centre de lecture (CLAC) de la mairie, le centre d’accueil des citoyens (CAC) et se dirigent vers la préfecture. C’est à cet instant que les gendarmes de la brigade de Maghama dépassés par l’ampleur de la foule perdent le contrôle de la situation. C’était aux environs de 13 heures. Des balles sifflent. Lamine Mangane est atteint et rend aussitôt l’âme. Ce meurtre a eu pour effet d’exciter davantage les jeunes qui reviennent à la charge deux heures plus tard. Les gendarmes tirent à bout portant et à balles réelles.

Huit jeunes sont touchés à divers endroits de leurs corps (épaules, cuisses, fesses, thorax) dont une fillette de 8 ans. Les blessés sont acheminés au centre hospitalier régional de Kaédi (CHRK) où ils recevront des soins. Après trois jours d’attente au CHRK, Mika Abou Sy subit avec succès une opération d’extraction de la balle qui était logée sous son sternum. L’Imam de la grande mosquée de Maghama est mis à contribution pour tenter de calmer l’ardeur des jeunes manifestants encore sous le choc, suite à la mort de leur camarade Lamine Mangane. Des membres d’une délégation officielle venue de Nouakchott échapperont de justesse au lynchage de ces jeunes en furie.

Une année après ces évènements, des zones d’ombre demeurent. Qui a donné l’ordre de tirer sur les jeunes manifestants? Quelles sont les conclusions de l’enquête, si enquête il y a eu ? Que sont devenus les gendarmes auteurs des tirs ? Les parents de Lamine Mangane et des autres victimes attendent, en vain, des réponses à leurs interrogations.

Les autorités haussent le ton mais jouent la carte de l’apaisement

Au soir des manifestations de Maghama, Mohamed O. Boilil, ministre de l’intérieur et de la décentralisation(MID) prononce un discours menaçant à l’endroit des manifestants. Les pouvoirs publics décident cependant de jouer la carte de l’apaisement. Ils décident de revoir leur copie après s’être rendu compte de l’effectivité des doléances et revendications du collectif TPMN. Des débats sont organisés à radio Mauritanie et à la TVM pour expliquer en fin aux citoyens les procédures officielles de l’enrôlement conduit par l’agence nationale de registre des populations et des titres sécurisés (ANRPTS).

Une campagne de sensibilisation est entreprise par le MID et l’ANRPTS à travers les médias publics et des pancartes sont affichées dans les villes où il y a des CAC. Les questions jugées provocatrices par le collectif TPMN et par plusieurs négro-mauritaniens de passage dans certains CAC cessent et les procédures de l’enrôlement s’améliorent.

Source:CRIDEM

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