Gouvernement : Une retouche sans effet


Les mauritaniens n’ont pas vraiment commenté, comme  à leur habitude, le changement de deux ministres, jeudi dernier.  Oui, on n’oserait pas parler de remaniement ministériel parce que ce qui s’est passé est plutôt vu, par bon nombre d’observateurs, comme un non évènement.

 

 

 

 

 

 

Moins d’une semaine après le lancement officiel de l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir,

le président Ould Abdel Aziz ressort aux Mauritaniens le coup du « débarquement » de ministres qui n’a touché que deux départements sur une trentaine ; à croire qu’il s’agit, ni plus ni moins, que d’une manière – une de plus – de désavouer le plan de sortie de  crise du président de l’Assemblée nationale dont l’un des principaux axes est, justement, l’appel à la constitution d’un gouvernement d’union national. C’est un peu une manière de dire : On ne peut pas « refaire » le facies d’un gouvernement qui vient tout juste d’être retouché. Ce serait donc pour donner du temps au pouvoir, et ne pas le soumettre à la pression de l’initiative de Messaoud, que ce « remaniement » a donc été fait.

Le timing choisi pour opérer ces deux « remplacements », comme dans une équipe de football, et le choix des « victimes » posent de nombreuses questions sans que l’on parvienne vraiment à pénétrer le secret des dieux. Cependant, tout le monde a dû remarquer une chose : ce sont les deux départements (santé, habitat) qui, avec l’Equipement, ont souvent été cités comme ceux où le président Aziz a le plus réussi ses promesses envers les populations et notamment les plus pauvres ! Alors, les observateurs de la scène politique mauritanienne se mettent à chercher d’autres raisons à ces deux limogeages qui, quoique ne changeant pas grand-chose à l’appréciation générale que les citoyens portent sur le gouvernement, ont des conséquences, à court terme, sur la crise politique qui secoue le pays depuis plus de trois ans, et aussi sur la compréhension de la stratégie adoptée par le président Mohamed Ould Abdel Aziz pour tenter de desserrer l’étau à chaque fois.

D’abord, l’on a pensé tout de suite que le mini remaniement est une réponse donnée au président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir : Pas de gouvernement d’union nationale comme suggéré dans le texte de l’initiative qui a été présentée, officiellement, le 11 février dernier. Avec ces petites retouches, le président reste dans la sphère de la majorité et même ne sort pas du cadre de l’Union pour la République (UPR) qui maîtrise encore le jeu, malgré les secousses que le parti au pouvoir connait de temps en temps. Une telle mesure va encore conforter « l’autre majorité » dans l’idée qu’elle ne compte pas vraiment dans les calculs du Rais pourtant soumis à une forte pression de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et maintenant de la rue avec les manifestations des partisans de l’homme d’affaires (et cousin du président), Mohamed Ould Bouamatou.

Il y a également que le choix des hommes appelés à remplacer Ismail Ould Bodde Ould Cheikh Sidiya – qui serait en fait victime de BR – et Bâ Housseinou, rattrapé par le drame de la vaccination à Rkiz, qui a coûté la vie à deux enfants, est loin de faire l’unanimité de l’opinion publique nationale. Le nouveau ministre de la Santé, Ahmed Ould Hademine Ould Jervoune, était un illustre inconnu (cadre au ministère de la Femme et de l’Enfant) avant cette consécration qui rappelle les choix de Taya faits pour provoquer. Le retour en grâce de Bâ Yahya, au ministère de l’Habitat, alors qu’il a été limogé de manière spectaculaire de la Commission centrale des marchés, étonne.  C’est dire que ce changement abusivement appelé « remaniement » ne peut taire les appels au changement d’un gouvernement qui continue à attirer contre lui tous les ressentiments. Surtout qu’à a crise politique vient s’ajouter aussi l’exacerbation d’une crise économique dont les contours se dessine avec cette guerre que livre le président Aziz à deux des plus puissants groupes du pays : BSA et Noueigued.

L’on peut cependant douter de la capacité du pouvoir à faire baisser la tension avec ce remaniement qui n’apporte pas de véritables solutions aux problèmes qui se posent à divers niveaux : la crise politique, d’abord, qui exige un consensus national permettant l’organisation des élections municipales et législatives qui devaient se tenir fin 2011 et qui continuent encore à être une épine dans le pied du pouvoir. Il y a également que l’on n’est pas suffisamment conscient de la déstructuration, visible à l’œil nu, du tissu économique national. Les coups portés, de manière intermittente, aux opérateurs économiques qui ont toujours eu un rôle important à jouer, malgré tous les reproches qu’on leur fait dans le domaine des contournements du fisc, risque de porter un rude coup à l’emploi et à l’action sociale de ces groupes : la fondation Bouamatou, l’usine BSA ciment, l’entreprise ERB (Noueigued) ont un apport social important, dans le domaine de l’humanitaire, pour la première, et de l’emploi, pour les deux autres. C’est ce que le pouvoir doit comprendre pour ne pas trop tirer sur la ficelle.

 

Elhourriya

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