Habib Essid sur RFI: «Nous allons défendre notre démocratie»

000_Nic6429966_0Apres l’attentat meurtrier du musée du Bardo, le Premier ministre tunisien revient pour RFI et Le Figaro sur les failles sécuritaires qui ont mené à la mort d’une vingtaine de touristes dont trois Français. Habib Essid promet de défendre la démocratie tunisienne sans pour autant revenir à des méthodes liberticides.

RFI : Pourquoi le groupe Etat islamique a-t-il, selon vous, attaqué la Tunisie ?

Habib Essid : L’objectif principal était de contrecarrer ce que nous sommes en train de faire pour sauver la saison touristique et porter atteinte à ce secteur en difficulté. Notre pays traverse une crise économique grave, et la stratégie des terroristes est d’ajouter un problème de plus. Rater une saison touriste, c’est augmenter le nombre de chômeurs. Et les chômeurs et mécontents peuvent être de nouvelles recrues pour réaliser ce genre d’action.

Que sait-on de ces deux terroristes ?

L’un d’entre eux a déjà été une fois interpellé par la police. Il était suivi. Mais il a disparu de notre contrôle et n’est réapparu que pour commettre ce forfait. Au moins l’un des deux a séjourné en Libye.

Quelles ont été, lors de cette attaque, les failles sécuritaires dont vous avez parlé ?

Il faut être clair. Même à Paris, lors de l’attentat de Charlie Hebdo, il y a eu des failles. A Tunis, le système de contrôle de l’enceinte de l’Assemblée et du musée du Bardo n’a pas fonctionné normalement, en temps voulu. Une enquête est en cours. Des responsabilités seront précisées. Des mesures seront prises pour éviter que de telles défaillances aient lieu à l’avenir.

Lesquelles ?

Toute une série de mesures. Attendons les résultats de l’enquête. Mais tous ceux qui n’ont pas effectué leur travail seront sanctionnés.

Le vice-président de l’Assemblée a déclaré que, durant l’attaque, les policiers avaient quitté leur poste pour boire un café. Est-ce possible ?

Je n’ai pas d’informations précises sur ce sujet. Mais c’est possible. Ils ont peut-être fait une pause-café. Ils ne sont pas obligés de rester toujours sur place, mais durant une pause-café des suppléants doivent être là pour assurer la permanence du contrôle.

De quels arsenaux judiciaire et policier la Tunisie doit-elle se doter ?

Nous avons des compétences policières de renommée mondiale. Il manque parfois les moyens pour agir correctement. Pour ce qui est de l’arsenal judiciaire, nous avons installé une unité spécialisée dans la lutte contre le terrorisme. Elle a commencé son travail. Mais ses membres auront besoin de suivre des compléments de formation. Il faut surtout assurer la permanence des juges en charge des affaires de terrorisme. Chez nous, il n’y a pas de juges spécialisés, et ils peuvent changer d’affectation après trois ans, et s’occuper en même temps de dossiers de plusieurs natures. Au sein de la Justice, il nous faut une structure antiterroriste permanente.

Après la révolution, l’appareil sécuritaire de la dictature a été démantelé. Faut-il le reconstruire ?

Juste après la révolution, j’étais ministre de l’Intérieur. De mars à la fin 2011, ma mission principale était de reconstituer ce système, mais d’une autre manière, avec des policiers au service des citoyens et non du seul président.

Ultérieurement, l’appareil n’a-t-il pas perdu en efficacité ?

Après moi et les élections d’octobre 2011, plusieurs ministres de l’Intérieur se sont succédé. Nous sommes en train d’évaluer la situation et prendre les mesures nécessaires pour que ce ministère de l’Intérieur fasse son travail, et défende la République. L’intervention des forces de police au Bardo a été bien menée. Les forces de police sont arrivées sur place 10 minutes après l’attaque et ont réglé le problème en deux heures. Nous sommes très fiers de nos unités antiterroristes. Mais les défaillances survenues prouvent qu’il y a beaucoup de travail à faire au niveau du ministère de l’Intérieur.

Comment expliquez-vous que la Tunisie soit le plus grand « exportateur » de jihadistes en Syrie et Irak ?

C’est un contexte exceptionnel. Pendant un certain temps, nous avons négligé ce phénomène. Des prédicateurs ont profité de ce vide pour endoctriner, former des Tunisiens, et les envoyer en Syrie et en Libye. Bien sûr, il y a des causes. Ces gens-là étaient désespérés, n’avaient pas de travail, d’espoir, et voyaient l’avenir en noir.

Il y aurait 3000 Tunisiens en Syrie et en Irak…

C’est le chiffre que nous avons. Mais il n’est pas fixe. Il augmente et diminue. Le problème auquel nous devons faire face maintenant est la gestion du retour de ces gens-là. Ils reviennent de là-bas aguerris et mieux formés, et sont capables d’opérations comme celle de mercredi dernier. C’est un problème sérieux. Nous en avons parlé avec le ministre de l’Intérieur français qui vient de nous rendre visite, et nous sommes en train de travailler ensemble pour essayer de « déradicaliser » ces gens-là. Il nous faut une stratégie claire et agir rapidement, car ces gens peuvent faire beaucoup de dégâts.

Combien y-t-il de jihadistes tunisiens en Libye ?

Beaucoup. Sans doute plusieurs centaines.

Envisagez-vous des mesures particulières pour protéger les touristes et les intérêts occidentaux ?

Tout à fait. Les contrôles ont été renforcés sur tout le territoire depuis mercredi dernier. Cette action sera conduite en collaboration avec l’armée nationale, vu les dangers qui peuvent survenir.

Que répondez-vous aux Tunisiens qui craignent que cet attentat justifie un retour aux méthodes sécuritaires de Ben Ali ?

Je peux les rassurer. Ce qui s’est passé sous l’ancien régime ne sera pas de nouveau pratiqué. Nous avons une Constitution claire, des responsabilités bien définies : nous allons défendre notre démocratie, dans le respect de notre Constitution. Ma responsabilité est de respecter la Constitution et donc les libertés individuelles, de faire en sorte que les investigations soient conduites dans le respect des droits de l’homme.

Source: RFI

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