Halte à la discrimination : Acte II

Amadou Tidjane DiopLes massacres perpétrés durant les années 1989 constituent, à tous les égards, un génocide pur et simple résultant d’une volonté clairement exprimée par le régime raciste de l’époque de vider la Mauritanie de sa composante noire.
Toutefois, afin d’éviter tout amalgame et par soucis de clarté et d’objectivité, une clarification du terme « génocide » s’impose afin de lever le voile sur la réalité qu’il désigne.
Ainsi, le Larousse français définit le génocide comme une extermination systématique d’un groupe humain de même race, de même langue, de nationalité ou de religion par racisme ou par folie , alors Le Robert le désigne comme un crime extrême qui consiste en l’élimination physique intentionnelle, totale ou partielle, d’un groupe national, ethnique ou religieux, [….]
Que dire alors de la rude épreuve de 1989 subie par les négro-mauritaniens ? Si ce n’est que le résultat d’une action minutieusement réfléchie et planifiée du plus haut niveau de la pyramide de l’Etat par des idéologues égocentristes et/ou extrémistes arabes avant d’être exécutée à la base impliquant ainsi tout l’appareil d’Etat et son commandement tant militaire que civil.
En réalité, le génocide de 1989 ne peut faire l’objet d’une analyse juste sans considérer les événements qui lui ont précédés et suivis notamment la dérive judicaire sanctionnant la tentative de coup d’Etat de 1987 et toutes les exactions corolaires ; ainsi que les atrocités, les tueries, tortures et humiliations de 1990 perpétrées presque dans toutes les casernes militaires du pays.
Faut-il aussi se rappeler de la terreur, des humiliations, de la déportation dont ont été victimes les populations noires de la vallée comme ailleurs et partout dans le pays.
C’est pourquoi, à notre sens, qualifier de « génocide » cette terrible épreuve qui tant marqué la Mauritanie dans son existence, ne souffre d’aucun équivoque. De plus, le concept de «passif humanitaire », qui aujourd’hui fait objet d’usage et largement admis surtout dans le vocabulaire des ONG de défense des droits de L’homme, n’existe nullement dans le jargon des institutions à vocation internationales œuvrant pour la protection et la défense des droits humains.
En effet, l’expression résulte d’une pure imagination intellectuelle qui, au passage met en doute son interprétation et réduit considérablement la portée symbolique de son contenu. Le choix de cette expression serait, je l’imagine, lié à une mesure de méfiance afin de n’être assimilé à l’extrémisme radical.
La clarification étant consommée, venons-en maintenant au prétendu règlement de ce qu’il convient d’appeler désormais « le génocide Mauritanien ».
Alors, serait-il toujours la peine de rappeler, ne serait-ce que par devoir moral, de respect de la vie humaine, que l’on ne doit jamais préconiser à quelqu’un qui a perdu une personne chère de l’oublier même cet être cher est victime d’une mort naturelle.
Ne constituant pas un cas isolé, la Mauritanie dans une perspective d’une résolution de ces crimes ne peut se déroger à entreprendre ou la voie judiciaire ou celle de la réconciliation à l’amiable. Toujours est-il dans l’un ou l’autre cas, il existe un minimum de conditions dont l’inobservation est sans équivoque frappée par la nullité de la procédure.
Et que l’on soit dans le domaine du droit moderne ou dans l’univers de la charia, qui a d’ailleurs inspiré la législation Mauritanienne dans sa grande partie, il ne peut pas y avoir entame de processus d’un quelconque règlement avant l’établissement d’un rapport régulièrement constitué qui puisse au moins retracer les atrocités dans leur contexte d’exécution et déterminer, par ailleurs, les auteurs et complicités en charge de commettre ces forfaitures, ainsi que leurs commanditaires.
Maintenant cette option pourrait être entreprise selon les cas par des juges d’instruction lorsqu’on prétendrait à un règlement issu d’une voie judiciaire ou par une commission ad hoc lorsqu’ on veut entrevoir une solution de compromission à l’amiable souvent mis en œuvre, car susceptible de constituer un prélude à toute réconciliation nationale comme c’est fut le cas en Afrique du Sud à la fin des années 1990 ou au Rwanda en 1998.
Tout de même, cette option requiert, en plus des conditions précédentes, une marge de précaution qui consiste à placer en avant de tout processus les victimes et leurs ayants droits.
Cependant, les différents régimes qui se sont succédés après cette période cruelle à l’exception du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui a semé les germes d’une réconciliation pour au moins avoir osé enclencher le processus de retour des déportés, aucun n’a voulu entreprendre, sans complexe, une telle démarche politique pour en venir à bout de ce problème crucial.
Ceci pouvait se comprendre si les tortionnaires n’étaient plus de ce monde. Non ils sont tous là ! vivants pour la plupart d’entre eux. Ce refus entretenu par ces régimes politiques confirme notre hypothèse que l’Etat qui avait planifié et commandité les actes ne pouvait jamais prétendre à poursuivre ces criminels. Au contraire, il leur doit puisqu’ayant dignement accomplis la mission, et c’est pourquoi ils ont tous été promu aux rangs très élevés dans la hiérarchie militaire ou dans les hautes fonctions diplomatiques.
Un moyen de faire profil bas peut-être en vu d’effacer progressivement les traces et chercher à anéantir à l’international par des contre-campagnes à l’action des ONG des droits de l’homme qui réclament sans cesse leur jugement …
Nous disons que le terrain est perdu d’avance. Sans se replier sur la communauté internationale puisque nous croyons à notre détermination et seulement à notre détermination, nous rappelons tout de même que celle-ci désormais ne plaide plus à certaine pratique et violations des droits de L’homme même si la logique de l’intérêt amène souvent les puissances étrangères à développer des attitudes contradictoires, des mutismes incompressibles voir des neutralités équivoques.
Si maintenant le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz se livre à des actes impertinents allant soit disant à la « prière des morts » organisée en 2010 àKaédi à la controverse relative aux indemnisations faites à certaines personnes de la partie civile entrainée dans une erreur monumentale et l’ignorance pour prétendre au règlement d’un génocide, c’est peine perdue.
Cela n’a rien à avoir avec les exigences du droit ou de la charia dont l’application obéit à un minimum d’observations de règles de fond et de forme. D’ailleurs l’indemnisation demeure a priori la dernière étape dans le processus de règlement judicaire en matière de droit pénal, car elle constitue le résultat d’une mesure à la proportionnelle et au prorata des dommages en cause lors d’une infraction.
Devrons-nous nous interroger sur la raison d’être de ces organisations de veuves et d’orphelins qui réclament toujours la manifestation de la vérité sur les assassinats de leurs siens jusque-là en vain si le dossier était définitivement réglé ?
Non ! Régler le génocide est une obligation pas en tant que condition pour une réconciliation entre les dignes fils de notre chère Mauritanie, mais en tant qu’exigence morale et devoir de justice si l’on veut fonder les bases d’un Etat de droit.
C’est pourquoi nous sommes convaincu qu’un jour ou l’autre, la justice tranchera et la vérité sera rétablie d’autant plus en droit Mauritanien le crime contre l’humanité n’est pas limité par la prescription conformément à la loi criminalisant l’esclavagisme.
Au demeurant, nous rappelons qu’une loi d’amnistie avait été votée à l’Assemblée nationale. Ce qui suppose juridiquement que le dossier du génocide est clos. Alors, pourquoi le président Ol Abdel Aziz revient là-dessus. Ce fait justifie que l’Etat lui-même ne croit pas que le dossier est clos.
Du reste, nous nous étonnons du silence des parlementaires qui avaient voté cette loi? Pourquoi n’ont ils pas interpellé le président pour le rappeler que le dossier du génocide est clos? De notre point de vue, ces derniers eux-mêmes assimilables aux criminels et partagent désormais la même responsabilité pour avoir voulu couvrir des coupables de ces crimes monstrueux.
De plus, au moment où s’impose le débat de reconnaissance ou non d’un règlement des problèmes de tueries extrajudiciaires, puisque le Président a fait allusion à cela dans sa dernière sortie à Nouadhibou, un vulgaire ignorant sortant«on ne sait où », passe à la télévision pour nier les tueries et exactions commises avant d’accuser les FLAM d’être à l’origine de ce mensonge.
Ce geste est similaire à la signature de sa mort politique qui n’était d’ailleurs qu’embryonnaire. Si non il est à la limite humiliant pour son président qui doit, sans doute déshonorer, sa sortie puisqu’il se targue d’avoir résolu le problème dont il reconnait donc de facto ; pour sa formation politique qui doit regretter de l’avoir en ses rangs, et pour tout le peuple Mauritanien qui doit le bannir.
La politique n’est pas comme tu le penses un tremplin pour se frayer un chemin de la fortune ou se hisser à la haute sphère du pouvoir, c’est plus une idéologie, une lutte des idées avec laquelle il faut accepter de mourir car fondée sur une conviction.
Cette conjugaison de facteurs ne serait être de nature à créer les germes de l’apaisement ; pendant que le président de la république prétend à un règlement du génocide, ses acolytes nient même l’existence de celui ci et se contredisent entre eux. Non !
Il faut prendre son courage en main et traduire sans complexe l’expression sincère d’une volonté politique si l’on aspire véritablement à quelque chose de sérieux d’autant plus que la Mauritanie est loin de sortir de l’ornière. En effet, un problème très grave est entrain de produire ses effets, je veux parler de l’enrôlement biométrique.
D’ailleurs, nous estimons que le refus systématique du système d’apporter une solution au génocide Mauritanien traduit une volonté politique manifeste que le processus d’épuration des négros Mauritaniens déjà amorcé en 1989 est loin d’être achevé.
En effet, depuis quelques mois la gendarmerie nationale appuyée par la police et des éléments de GSSR procèdent à une campagne de contrôle d’identité qui ne vise pas uniquement les étrangers mais aussi tous les noirs qui ne soient pas munis d’une pièce d’identité.
Or, face aux pratiques discriminatoires caractérisant l’enrôlement biométrique dont les victimes sont pour la plupart les négros Mauritaniens et les harratins, de toute évidence beaucoup de Mauritaniens ne sont pas encore enrôlés et n’ont pas par conséquent encore bénéficié de nouvelles pièces d’état civil.
De plus, le centre national d’état civil n’a pas encore bouclé les cinq ans prévu pour enrôler tous les Mauritaniens. En principe, il doit y avoir une phase consacrée aux cas particuliers, des Mauritaniens en situation impossible de prouver leur« Mauritanité » et qui demeurent pourtant de «vrais » Mauritaniens.
Bref, il est facile de convaincre que nombreux sont les Mauritaniens, majoritairement noires, sont encore en situation d’irrégularité susceptibles d’être épinglés par les patrouilles quotidiennes et faire objet d’expulsion.
Ayant compris l’objectif inavoué du système de domination et d’exclusion dont nous sommes victimes, des mouvements comme « Touche pas ma nationalité » ont mené partout dans le pays des sit-in de dénonciation violemment réprimés faisant parfois des morts. A Maghama, ma ville natale le jeune, Lamine Mangane, a été assassiné lors d’une manifestation et son assassin n’est nullement inquiété.
Pour finir, nous devons noter que les opérations routinières de contrôle d’identité ne sont pas réellement dictées par le souci de pousser les étrangers à être en situation régulière pour le besoin de la sécurité nationale.
Ce qui serait juste et à appréciable. Mais, hélas, le contrôle ne vise pas tous les étrangers : les ressortissants du Maroc, de la Tunisie, de l’Algérie, de la Syrie et j’en passe, ne sont pas inquiétés.
Ce qui nous fortifie dans l’idée que ces opérations ne visent pas véritablement les étrangers, mais les noirs tout court. Par conséquent, tirons sur la sonnette d’alarme et lançons un appel à tous les Mauritaniens victimes de l’injustice de la cohabitation de rompre avec leur naïveté et d’œuvrer pour éviter de revivre les événements de 1989 sous autre format.

Source: Amadou Tidjane Diop

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