Hamed Oumar, consultant en sécurité :« Abdel Aziz m’a mêlé à des affaires plutôt illicites »

Se prononçant sur la crise au Mali, le député français Noël Mamère, a déclaré, le 21 janvier dernier, à l’émission « 28 minutes » de la chaîne franco-allemande ARTE, que les Djihadistes pourraient trouver refuge en Mauritanie. Il a, au passage, taxé le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, de « parrain de la drogue ».

Depuis, l’affaire fait grand bruit en aziz-hamedoumar-Mauritanie et à travers le monde. Aujourd’hui, un citoyen malien, qui a côtoyé l’homme avant son accession au pouvoir, décide de sortir de sa réserve pour faire des révélations sur le chef de l’Etat mauritanien.

Hamed Oumar, un consultant en sécurité, révèle la double vie de celui qu’il a côtoyé pendant qu’il commandait la garde présidentielle sous le régime du président Taya. Ces révélations confirment-elles les propos de Noël Mamère ? A vous d’en juger.

Comment réagissez-vous aux propos de Noël Mamère ?

Hamed Oumar : Je ne puis dire si le président Abdel Aziz est un parrain de la drogue comme le soutient le député français. En revanche, j’affirme que j’ai connu l’homme du temps où il était commandant de la garde présidentielle sous le régime du président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya (renversé par l’armée le 3 août 2005, ndlr). Il m’a mêlé à certaines affaires plutôt illicites.

Comment avez-vous connu le colonel Abdel Aziz ?

C’est un élément des services de renseignements mauritaniens, du nom de Sidi Ould Ahiba, alors en fonction à l’ambassade de Mauritanie à Bamako, qui était sous les ordres de l’attaché militaire, qui nous a mis en contact. C’est celui-là qui m’a approché en vue de constituer un dispositif de recherche d’informations sur les opposants mauritaniens au Mali et dans la sous-région, notamment sur ceux qu’on appelait à l’époque, les cavaliers du changement.

Vous avez donc aidé à traquer les cavaliers du changement. Avez-vous réussi à avoir des informations sur ces opposants ? Ont-ils été arrêtés suite aux informations que vous avez fournies aux autorités mauritaniennes de l’époque ?

Certains de ces cavaliers du changement étaient à l’époque localisés à Faladié, le quartier où j’habitais à Bamako. C’est là que j’ai fait la connaissance de Sidi, lequel m’a mis en contact avec l’attaché militaire de l’ambassade de Mauritanie à Bamako et m’a également permis d’entrer en contact téléphonique avec le commandant de la garde présidentielle, qui n’était autre que le colonel Aziz.

A notre première conversation, Mohamed Ould Abdel Aziz m’a dit : « M. Hamed Oumar, je vous remercie et je vous donne l’assurance que M. Sidi est un élément de chez moi, qui a toute ma confiance. Je vous demande de coopérer sincèrement avec lui ». Il m’a assuré qu’en contribuant à leur fournir des renseignements sur les cavaliers du changement, j’accomplissais un devoir civique et que le peuple mauritanien m’en sera reconnaissant.

Finalement, ont-ils été localisés ou arrêtés grâce aux renseignements que vous avez fournis ?

J’avoue que je n’avais pas assez de renseignements sur les cavaliers. On cherchait, mais pour qui connaît les cavaliers du changement, ils ne sont pas faciles à traquer. On avait mis le dispositif en place mais on n’a pas eu de résultat positif.

Et que sont devenues par la suite vos relations avec le nommé Sidi ?

On a continué à coopérer jusqu’au moment où le colonel Abdel Aziz m’a communiqué son propre numéro de téléphone, qui était le 002226004747. Depuis, lui et moi, avons établi un contact direct. On s’appelait à tout moment. Il me demandait des services.

Quels genres de services ?

Le colonel Abdel Aziz me demandait par exemple de lui trouver des animaux comme les biches, les paons pour son ranch en Mauritanie. Je le faisais via l’ambassadeur de Mauritanie à Bamako. Il m’a aussi demandé de lui trouver un marabout, plus précisément que je le mette en contact avec Cheik Mounirou Haïdara, un marabout très réputé à Bamako. Ce qui fut fait.

Ils se sont parlé en arabe au téléphone. Et plus tard, il m’a demandé de lui chercher un féticheur. Je l’ai alors mis en contact avec un célèbre féticheur dogon du nom de Moctar Guindo. Ils se sont parlé et se sont rencontrés en septembre 2005 en Mauritanie. Parfois, lorsque Guindo lui conseillait de faire un sacrifice qu’il ne pouvait faire à Nouakchott, il me demandait de le faire à sa place à Bamako. Et j’obéissais.

Que s’est-il passé par la suite ?

Par la suite, le 15 décembre 2006 au soir, entre 19h et 20h, le colonel Aziz m’a appelé sur mon numéro de téléphone, le 0022235390309 (que je possède toujours d’ailleurs), et partir de son numéro cité plus haut. Ces appels peuvent être vérifiés auprès des opérateurs téléphoniques. Il m’a demandé d’effectuer pour lui une mission d’urgence au Ghana.

En quoi consistait cette mission ?

Je devais rencontrer un ressortissant irakien du nom de Ousmane Alawi avec qui il serait en affaire. Et une fois que cela était fait, je devais attendre sur place ses instructions pour la prochaine étape. En réalité, les deux étaient en contact du temps où le président Ould Taya était au pouvoir. Et à l’époque, ils négociaient un deal qui n’a pu aboutir pour des raisons que j’ignore. Mais avec le coup d’Etat ayant emporté Ould Taya et remis en selle le colonel Aziz sous la transition, celui-ci a voulu renouer avec Ousmane Alawi afin de conclure éventuellement leur vieux deal.

Moi, j’avais pour mission de retrouver ce monsieur à Accra, alors que je ne savais rien de lui. Sauf son numéro de téléphone, le 0023349115055, qui m’avait été remis par Aziz.

Dans la journée du 16 décembre, j’ai préparé mon voyage et pris la route le 17 décembre, à bord de mon véhicule personnel, une Toyota Prado VX. Je suis arrivé à Accra le lendemain à 18h. Je me suis installé à Quass Hotel, sur la route de Takoradi, où devait se trouver le monsieur que je recherchais. La même nuit, j’ai retrouvé le nommé Ousmane Alawi et établi le contact téléphonique entre lui et le colonel Aziz. Ils se sont parlé en arabe. Evidemment, je ne sais pas ce qu’ils ont bien pu se dire, puisque je ne comprends pas arabe.

Après cette conversation entre le colonel Aziz et Alawi, celui-ci a été joint par l’ambassadeur de la Mauritanie en Jordanie, à partir de son numéro, qui était à l’époque le 00962777981112. Je précise qu’en arrivant à Accra, je n’avais aucune idée de l’affaire pour laquelle je devais mettre en contact Ousmane Alawi avec le colonel Aziz. En tout cas, celui-ci insistait pour que je retrouve l’Irakien et rétablisse le contact téléphonique entre eux. J’ai exécuté la mission en me contentant d’obéir quasi aveuglement à Aziz, ayant pour lui un profond respect, eu égard à son rang social.

A Accra, j’ai commencé à comprendre que l’opération dans laquelle Aziz m’avait entraîné était une transaction illégale, peu digne du personnage et de son rang. Je me suis aperçu sur place que le réseau était constitué de M. Ousmane Alawi, qui était assisté d’un certain Victor, très connu au Ghana, puisqu’il est président d’un club de football, dénommé Lion Club et dont le siège est à Atimata. Lui-même a ses bureaux dans la localité de Tema.

Plusieurs fois interpellé, ce Victor était également interdit de séjour au Togo. Victor, qui se faisait appeler Robert dans l’affaire, est un vrai professionnel des trafics en tous genres. Il roulait carrosse, avec ses bijoux en or, ses grosses cylindrées, ses locaux impressionnants. C’était un vrai baron de la mafia, qui était d’ailleurs appelé le « King ».

Une fois ma mission accomplie, le colonel Aziz m’a demandé de regagner Bamako, en me promettant monts et merveilles.

Et après ? Quel rapport avec les accusations portées par Noël Mamère contre le colonel Aziz ?

Ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est de vous révéler ce qui se passe dans l’arrière-cour de ceux qui nous gouvernent. Ces choses pas toujours sues du grand public et dont je n’ai eu connaissance que pour avoir été utilisé, à un moment donné, comme agent de renseignement de ceux qui géraient le pouvoir en Mauritanie. Est-ce que ça un rapport avec les propos de ce député français qui accuse le président Abdel Aziz d’être un parrain de la drogue ? A vous et à vos lecteurs d’en faire leur propre lecture.

Ce que je veux que vous compreniez, c’est que certains de nos gouvernants usent de leur position pour se livrer à certains coups fourrés, comme l’opération à laquelle j’ai été mêlé au Ghana et bien d’autres services que j’ai rendus au colonel Aziz bien avant.

Finalement, comment s’est achevée cette opération d’Accra ?

Le fait que le colonel Aziz m’ait de mandé de regagner Bamako m’a un peu intrigué. J’ai décidé de rester pour en savoir plus dans cette affaire. C’est comme cela que j’ai su par la suite que le colonel Aziz a dépêché madame Coumba Bah, alors conseillère à la présidence de la République, fin janvier 2007, à Accra afin de discuter en son nom avec Alawi et ses associés. Elle a été accueillie par un diplomate qui lui a facilité les formalités aéroportuaires.

Le lendemain, elle et Alawi se sont rendus à Tema, dans les locaux de Victor alias Robert. C’est là que ses interlocuteurs lui ont présenté l’objet de la transaction, qui n’était que des faux dollars américains, mais d’une parfaite imitation. C’étaient des coupures de 100 dollars, qu’ils appelaient des super dollars. Il y en avait pour quatre cantines, trois de la même dimension et une quatrième plus petite. Fort de son rang social à l’époque, le colonel Aziz devait se charger du blanchiment de ces faux dollars à la banque centrale de Mauritanie.

Avez-vous des preuves de ce que vous affirmez ?

Evidemment ! Lorsque madame Coumba Bah était arrivée aux bureaux de Tema, des cameras de surveillance étaient installées. Je dispose d’enregistrements des conversations entre M. Alawi et elle. Toutes ces conversations téléphoniques peuvent être vérifiées au niveau des opérateurs de téléphonie à Accra. Y compris le numéro de Mme Bah, qui était à l’époque le 002227249175.

Par ailleurs, je connais sa date d’arrivée à l’hôtel, le numéro d’immatriculation du véhicule diplomatique qui l’a conduite à l’hôtel, puisque ces numéros sont enregistrés par les vigiles à l’entrée. Je détiens donc des preuves, je n’invente rien.

Pour en revenir donc à ce que je disais, quand Mme Coumba Bah a constaté que l’argent, existait bel et bien, elle a téléphoné de Tema à son patron, Ould Abdel Aziz, pour le lui confirmer et lui dire les conditions pour acheminer les fonds sur Nouakchott. Alawi m’a informé de ce que cela se ferait par avion. Coumba avait même pris attache avec la compagnie aérienne Antrackc. Pour faciliter les choses, Aziz devait mettre à disposition de quoi corrompre le circuit qui devait permettre le transfert de la marchandise en toute sécurité.

Après la réunion de Tema, Coumba est repartie le lendemain à Nouakchott, via Abidjan. Elle reviendra une semaine plus tard avec en sa possession la somme de 427 000 US dollars, qui représentait la contrepartie d’Aziz pour disposer des faux dollars américains dont j’ai parlé plus tôt. Je précise que le jour où elle devait arriver, Aziz a téléphoné à Alawi pour l’informer de sa venue. Je détiens l’enregistrement de cette conversation téléphonique et d’autres échanges entre Coumba et Alawi.

Le jour où celle-ci remettait les 427 000 dollars, elle a été filmée par des caméras de surveillance installées dans les bureaux de Victor alias Robert. Je fais remarquer qu’à l’occasion de cette transaction, Aziz et Coumba semblaient très pressés d’avoir de la liquidité, vu que la campagne électorale approchait.

Je sais que finalement, ils ont pu percevoir ces faux dollars dont je ne saurais évaluer le montant. Mais, de là à dire que le même réseau était trempé dans le trafic de drogue, je ne franchis pas ce pas. Seulement, j’ai appris de M. Alawi que Mme Coumba Bah a demandé au dénommé Victor alias Robert s’il connaissait un circuit de trafic de drogue et que, son chef, Aziz, était disposé à mettre à leur disposition un aérodrome, en toute sécurité.

Qu’avez-vous obtenu en retour de cette prestation de service et de bien d’autres services que vous avez rendus au colonel Aziz en tant qu’agent de renseignement ?

Rien. C’est d’ailleurs pour cela que mes relations avec lui se sont détériorées au fil du temps. Quand j’ai compris que j’avais été mêlé à une affaire de gros sous, j’ai réclamé ce qu’il m’a promis. Il me promettait monts et merveilles. Mais, je n’ai finalement pas été rémunéré pour tous ces services rendus. Chaque fois que je réclamais mon dû, il remettait sans cesse à plus tard.

N’en pouvant plus de ses atermoiements, j’ai décidé de saisir un avocat malien. Celui-ci a adressé au colonel Abdel Aziz une correspondance (N/Réf : 51522/CB/SP/07, datant du 25 juillet 2007, ndlr), dans laquelle il lui signifiait qu’il souhaitait entrer en contact avec lui afin de trouver, dans les meilleurs délais, une solution. Après cette première correspondance, le colonel Aziz m’a joint au téléphone. La conversation a tourné court, puisque je lui ai tenu des propos durs.

Par la suite, c’est Mme Coumba Bah qui m’a appelé pour me proposer qu’on trouve un arrangement à l’amiable. Elle m’a assuré qu’elle prendrait toutes les dispositions dans ce sens. C’est après ces échanges que M. Sidamine Ould Ahmed, alors ambassadeur de Mauritanie à Bamako, m’a téléphoné pour me demander de passer voir le comptable de l’ambassade. Effectivement, le comptable m’a remis l’équivalent de 3000 dollars en FCFA. J’ai refusé cette somme et j’en ai informé Mme Coumba. Elle m’a répondu que c’était juste une avance.

Las d’attendre le reliquat, j’ai adressé un courrier au colonel Aziz, le 21 août 2008, pour lui réclamer à nouveau mon dû, avec ampliation à la Présidence de la République, au ministère de la Défense, au ministère mauritanien des Affaires étrangères ainsi qu’à la Cour des comptes. Même après qu’il ait été porté à la tête de l’Etat mauritanien, j’ai relancé le président Abdel Aziz en lui adressant le 25 octobre 2008 un autre courrier, resté sans suite. J’ai copie de toutes les correspondances citées.

Devant mon insistance à réclamer ce qu’il me devait, Coumba m’a appelé pour me dire que mon attitude s’apparente à un chantage et que je pouvais être poursuivi. Ils menaçaient même de saisir le président Amadou Toumani Touré (renversé depuis mars 2012, ndlr).

En retour, je lui ai rappelé la proposition qu’ils avaient faite au nommé Victor alias Robert, relativement au trafic de drogue. Nous en sommes toujours, en attendant d’autres révélations plus accablantes dans les jours à venir.

Réalisation particulière de Hamed Oumar
Consultant en sécurité
Faladié-Sema, Bamako

Source : Le Challenger

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