Haratines de Mauritanie: La pénible marche vers l’émancipation [PhotoReportage]

Marche_Haratines_u_020Nouakchott-Mauritanie : Il est 17 heures, la foule, munie du drapeau mauritanien, de pancartes et de slogans contre la discrimination, commence à s’attrouper prés de la mosquée marocaine. Le 29 Avril est depuis trois ans un jour de marche des droits civiques pour les descendants d’esclaves, appelés communément«Harratines» en Mauritanie.
En effet, il s’agit de la troisième commémoration du manifeste pour les droits politiques, économiques et socioculturels des harratines. L’émotion est palpable. Mieux encore, chacun exprime de vivre enfin cette belle image de communion nationale. Jeunes, femmes et seniors marchent avec le seul rêve de voir une Mauritanie unie et égalitaire.
Dans le cortège, on retrouve toutes composantes de la société mauritanienne (Maure, Peul, Soninké et Wolof), comme ce jeune maure qui brandit une pancarte sur laquelle est inscrite « Pour un nouveau contrat social en Mauritanie ». Là, deux cadres soninkés tiennent une banderole pour marquer leur soutien. Des défenseurs des droits humains et quelques présidents des partis politiques de l’opposition ont répondu présent. L’un d’eux nous a confié sa « solidarité avec cette population qui a subi tant d’injustices ».
L’événement est relayé en boucle et en temps réel par la presse nationale et internationale
Jugeant la foule moins nombreuse cette-fois, un boucher hartani qui croise les marcheurs au niveau du « marché Capital , regrette : « Nous sommes solidaires mais si nous étions au courant, nous aurions mobilisé d’autres esclaves et descendants d’esclaves pour faire entendre notre voix ». Comparées aux marches précédentes, celle-ci n’a pas drainé autant de monde. Y ‘aurait-il quelque part « un problème de communication » comme le pense un activiste harratine ?

L’esclavage, crime contre l’humanité.

A l’arrivée à la place Ibn Abass, habituée à recevoir les grandes manifestations de la capitale, modestement habillé, le président du comité de suivi du Manifeste donne le ton: « le combat ne sera pas aisé. Le chemin est parsemé d’embûches. Il nous faut donc de la persévérance pour atteindre nos objectifs légitimes à savoir l’émancipation des harratines et de toutes les victimes de l’injustice », lance Boubacar Ould Massaoud.
A chaque intervalle de son discours, la foule devenait encore plus électrique. Certains profitaient même pour déclamer des poèmes sur l’unité nationale. A un moment l’orateur a dû marquer une longue pause suivie d’un flot d’applaudissements.
Il venait de réclamer la libération des deux militants anti-esclavagistes d’IRA-Mauritanie à savoir Biram Dah Abeid et son vice-président Brahim Ould Bilal en détention suite à l’organisation d’une caravane contre l’esclavage foncier le 11 Novembre 2014.
Depuis 1981, la Mauritanie a aboli l’esclavage. En 2007, une loi sur « la criminalisation de l’esclavage a été votée. Récemment, des tribunaux ont été mis en place pour juger les auteurs de cette pratique qui risquent des sanctions pouvant aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement assorties de lourdes amendes. Mieux, l’esclavage est inscrit dans la constitution comme « crime contre l’humanité ».
Toutefois, les défenseurs des droits humains estiment que l’esclavage « persiste »toujours en Mauritanie. C’est d’ailleurs ce que signale le président du comité de suivi du Manifeste : « Nous attirons l’attention des autorités sur le fait que l’élaboration de textes juridiques ne suffit pas et que seule la traduction dans les faits des principes de dignité, de liberté et d’égalité constitue un réel progrès. (….)A l’immobilisme complice des appareils administratif et judiciaire, s’ajoute la répression des forces de l’ordre dont sont victimes les militants et activistes des droits de l’Homme ».
Aspirant à l’émancipation, les Haratines, qui soutiennent être démographiquement majoritaire en Mauritanie, portent un grand espoir sur ce Manifeste. Ils ambitionnent de sortir de la stigmatisation, de l’ignorance et de la pauvreté.
Qui n’a pas profité des Haratines en Mauritanie ? Car même libérés, ils ont continué à être les subalternes de toute notre société. C’est eux qui portent nos sacs de riz, qui en logeant dans des taudis, risquent leur vie en surveillant nos villas. Plus que jamais, l’élite mauritanienne doit se joindre au Manifeste pour qu’enfin les Haratines vivent leur dignité humaine comme un fait accompli.
Pour plus d’information sur la situation des Harratines veuillez –vous référer au livré : « Manifeste pour les droits politiques, économiques et socioculturels des Harratines dans une Mauritanie unie et réconciliée avec elle-même »

Reportage de Mohamed Diop et Sileye Bâ

Source : RMI Info

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