Hibernation du syndicalisme en Mauritanie ?

Combien de Mauritaniens continuent à croire en la légitimité et l’efficacité des syndicats ? Un simple sondage, à syndicat-rimweb.netchaud, au pied levé et au hasard, auprès des citoyens, dans les administrations et les entreprises, privées comme publiques, dresse, immédiatement, un implacable verdict : très peu !

Dans un même tir groupé et n’épargnant aucune centrale ni organisation se prétendant représentante des travailleurs et des salariés, les motifs évoqués de désillusion alignent les divisions syndicales, les pratiques sans guère de rapports avec l’éthique et les combines politiciennes.

Le mouvement syndical a perdu énormément, tant en crédibilité qu’en capacités de mobilisation et de négociation. Si le nombre de centrales n’a cessé de s’accroître, d’année en année, le bilan est bien maigre, sur le plan des acquis.

Actuellement aucun syndicat n’est en mesure de mobiliser ses adhérents, pour le moindre mot d’ordre de grève ou de manifestation, car les travailleurs n’ont plus confiance en leurs représentants patentés, ils endurent une conjecture économique difficile et restent les plus mal payés de la sous-région.

De l’avènement au pouvoir des militaires, en 1978, à aujourd’hui, les travailleurs n’ont bénéficié que de deux augmentations de salaire ; l’une, dérisoire, à la fin du mandat de l’ex-président Ould Taya ; l’autre, assez substantielle (50%), en 2005, pendant la Transition, sous la présidence du colonel Ely Ould Mohamed Vall.

En 2012, le Président Ould Abdel Aziz a octroyé 20%, pour les fonctionnaires et les salariés relevant de conventions collectives, tout en excluant les retraités, alors que cette frange d’anciens travailleurs, malheureusement souvent oubliés, a toujours servi, dans la fine fleur de leur jeunesse, loyalement et dignement, l’idéal de la République, avec dévouement et respect.

Cette augmentation octroyée en 2012, c’est de la poudre aux yeux, tant la flambée des prix que nous vivons aujourd’hui affole le quotidien des Mauritaniens. Le citoyen d’en bas attend que les opérateurs économiques retrouvent le calme… et un peu de raison. C’est, pratiquement, toujours la même analyse : des prix en hausse et des salaires qui stagnent, en un paysage embourbé dans les surenchères de la vie politique et dans les magouilles, à tous les niveaux, en dépit des remparts de slogans dressés par le Président, lors de son accession au pouvoir, contre la corruption, le détournement des deniers publics et la fraude en tout genre.

Malheureusement, ces pratiques héritées des pouvoirs précédents continuent, plus ou moins en coulisses de l’Etat, et le consommateur lambda mauritanien, apolitique, ne cesse d’endurer les pires sacrifices, pour supporter, comme il peut, la pénible conjoncture. Avec les consommateurs, le gouvernement tourne autour du pot, dans le seul but de se déculpabiliser d’une situation dont ni les uns ni l’autre ne pourront jamais résoudre l’équation.

En 2006, grisés par les nouveaux slogans et, surtout, par le souffle de liberté dont ils étaient assoiffés, les Mauritaniens aspiraient, follement, à reconstruire leur pays. Sur tous les plans : économique, politique, culturel, sanitaire, judiciaire et tutti quanti. Le souhait, le rêve de tous était de voir naître, enfin, les premières lueurs de la démocratie, du développement, de la réduction du chômage et de l’avènement de la dignité.

Sept ans plus tard, on est vraiment loin du bilan attendu, le tableau est plutôt sombre, alors que tonnent les clameurs de discorde entre l’opposition et le pouvoir. Mais leurs débats ne se focalisent que sur le sensationnel, à seule fin d’audimat : querelles de chapelles, de partis, entre leurs dirigeants ; faits et forfaits des uns et des autres qui se donnent en spectacle, de façon théâtrale et théâtralisé, déviant l’attention de tous des véritables problèmes et maux du pays.

Il faut le reconnaître : bien peu de débats et d’émissions sont consacrés à la situation et aux problèmes économiques, aux causes de la cherté du coût de la vie et de l’inflation, au chômage des jeunes et moins jeunes, au manque d’investissements. En fait, peu de vérités sur la situation sociale sont révélées, et cela, pour des raisons électorales et électoralistes.

Or, le rôle des média, notamment audiovisuels, est de montrer et d’expliquer les causes des difficultés économiques et sociales. Mais il est vrai que braquer les caméras sur les épiphénomènes de la division et des rivalités politiques paraît plus payant, à court terme, que traiter les problèmes de fond qui rongent la société et qui pourraient l’enflammer, à moyen terme.

Nous sommes supposés vivre en démocratie et les conflits sociaux font partie de la vie démocratique. Mais les conflits ne doivent avoir, pour objectifs, que de peser sur le dialogue social et faire avancer les revendications des travailleurs. Or, l’instrumentalisation de la situation sociale, au profit de choix politiques déterminés, est aujourd’hui, patente.

Nous pensons, en tant que citoyen et observateur, que la Mauritanie ne peut se payer le luxe de ce mélange de genres et que le dialogue social doit se développer, en tenant, compte des possibilités de l’Etat et des entreprises, certes, mais, aussi, des revendications légitimes des salariés. La surenchère verbale, l’insulte à l’égard des institutions, la démagogie, quant aux possibilités de l’Etat, ne servent l’intérêt de personne, surtout pas des salariés et, pire, de ceux à la recherche d’emploi.

Posons-nous, à présent, la question suivante. Pourquoi tant de misères, alors que notre pays recèle tant de richesses : poissons, fer, or, cuivre, pétrole et autres minerais en cours de prospection, agriculture, bétails divers, etc. ; et une population d’à peine trois millions d’individus, dont 45% vivent en brousse, sur le seul produit de leur bétail et de leurs maigres cultures ?

La réponse semble évidente et c’est sans risque de se tromper, qu’on peut l’affirmer : le Mauritanien, en général, est de nature sage et disciplinée, endure tout, sans protester, en attendant des jours meilleurs. Le pouvoir, conscient de cet état d’esprit, en use et abuse. Mais peut-on réellement construire une nation, sur une telle situation ?

Cheikh Fadhel Maloumdine
Ingénieur de l’aviation civile
Nouadhibou

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