Histoire « Un navire féerique déambulant sur le fleuve… ».

Vous avez, par votre n° 930 du Dimanche 01 Avril, relaté un nouvel épisode du Bou El Moghdad, alors, j’ai pensé utile de rappeler aux nouvelles générations, ce qu’est ce Paquebot, qui sillonnait le fleuve partout avec d’autres énormes bateaux, qui ressemblaient, eux à des Tankers pétroliers : Foncillon Sénégal – Mauritanie et le Soulac. Seule le Bouel est demeuré dans l’esprit de tous ceux qui l’ont vu ou qui ont voyagé par ce bateau qui a révolutionné, en son temps, le voyage sur le fleuve.

Le Bouel Mogdad

Quel est ce nom donné au plus grand bateau, qui a révolutionné le voyage par le fleuve, au moment ou il n’y avait pas beaucoup de voitures. Ce nom c’est celui de Doudou Seck, mauritano-sénégalais collaborateur privilégié du gouverneur de la Mauritanie et du Sénégal jusqu’en 1946, notre député Ahmed horma ould Babana obtient la création d’un gouverneur pour la Mauritanie séparé du Sénégal.

Doudou Seck est de mère mauritanienne, d’où ce mon de Bouel Mogdad, il a été un interprète, qui parle trois langues nationales, l’Arabe, le wolof et la Pulaar. Il été nommé, très haute Personnalité connue, respectée et aimée par tous, il a fait l’école française. C’est un homme complet.

Alors le trafic sur le fleuve par des bateaux initié Par les grandes maisons Commerciales ; Maurel et Prom, C.F.A.O , la peyrissac, Petersen, au tout début, elles ont installé leur commerce tout le long du fleuve, les villages de Rosso-Richard Toll, Dagana, Podor, Boghé, Kaédi, Matam, et Bakel les ruraux viennent s’approvisionner dans ces villages dont le plus important était Kaédi où il y avait deux autres maisons de Commerce, Devés et Chaumet et la NOSOCO. Dés 1930 le Sine Saloum silonne le fleuve, c’est une grande Barge à moteur, transportant passagers et cargaisons pour les maisons de commerce.

Cela ne suffisait pas.
Alors en 1936, arrive le Bouel, qui porte le nom d’un ancien gouverneur Sénégal – Mauritanie. Il est pourvu de deux cabines pour des personnalités. Les inondations catastrophiques de 1950 restent encore dans les esprits, les pluies étaient diluviennes à partir de juillet de cette année là.

Adolescents que nous étions, amis du Commandant du Gorgol Gaston, nous nous rendions très souvent à la Résidence à Kaédi sur la colline et un matin le 08 Août 1950 étant à la Résidence vers 10h du matin, Sy Youba, un de notre groupe aperçut à l’ouest au niveau de Bélinabbé, un énorme bateau sur le fleuve, nous l’avons tous observé et avons déferlé vers le débarcadère, lorsque nous arrivons au niveau du pont de Kaédi, nous entendîmes la Sirène du Bateau annonçant son arrivée, il n’en fallait pas plus pour que tout le monde se rue au fleuve, le Commandant, son adjoint Boisselet Jean et Mr Blanc chef des TP passent à coté de nous dans leur voiture, non sans que Gaston nous fasse signe de la main, il nous aime beaucoup le commandant.

Le bateau, dont nous ne connaissions pas encore le nom, opère ses manœuvres d’accostage, l’eau bouillonne à l’arrière, nous entendons le Commandant du bateau donner ses ordres à la cale des machines, l’énormes paquebot du fleuve tire de chacun de ses cotés, des barges géantes couvertes de tentes pour les passagers.

Ses hauts parleurs distillent une musique.

Les chefs des maisons de commerce sont là, le Commandant a dépêché le seul camion de la ville pour le transport de leurs cargaisons. Un vacarme indescriptible règne sur le ponton. Deux de mes oncles arrivent par le bateau pour leur vacance étant élèves à l’Ecole Normale William PONTY au Sénégal, à leur descente, le commandant Gaston les accueille parce que habillés en costume, il les conduira jusqu’à notre grande maison de l’Imam Ghadi de Kaédi.

En moins d’une heure tous les passagers ont débarqué et le groupe de jeunes Haratins conduit par Lehou, entame de décharger le bateau au son d’une flûte qui attise l’ardeur des jeunes qui dansent en travaillant. C’est ainsi que le Bouel Mogdad faisait dans toutes les villes cités plus haut. Un petit village, à coté de M’bagne appelé Somono faisait une fête à chaque passage, aller et retour du Bouel.

Le bou faisait deux rotations par mois, partant de Ndar le 05 et 20 de chaque mois d’Aout à Octobre pendant que les crues du fleuve permettent d’aller jusqu’à Matam, après octobre, le bateau s’arrête à Podor. Il fait trois jours pour arriver à Kaédi le 08 et le 23, le retour à Kaédi en direction de Ndar a lieu le 10 et le 25 généralement nuits. Le Bou du 20 octobre amène les élèves qui regagnent leurs établissements scolaires à Rosso, Saint Louis, Sabikoutane et Dakar.

Le Bou El fonctionnera ainsi jusqu’en 1964 et s’arrêtera. Il sera transformé en navire touristique sur le fleuve Casamance. C’est réellement un navire féerique surtout lorsqu’on le voit la nuit, avec ses lumières déambulant sur le fleuve. Ah le Bou EL quelle histoire.

Le Président
Amadou Moctar Kane
22 62 70 63

Source: Cridem

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