Hollande : Appelé à peser de son poids en faveur d’une présidentielle anticipée en Mauritanie


Par le biais d’une lettre adressée, hier mardi 16 octobre, à la présidence de la République de France, Bertrand Fessard de Foucault, connu également sous le nom d’Ould Kaigé, a conseillé François Hollande de peser de son poids en faveur d’une présidentielle anticipée en Mauritanie. Taqadoumy publie la missive adressée au président Hollande dans son intégralité.


A la haute attention de Monsieur le Président de la République

Peu importe la cause des blessures par balles subies par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, que vous aviez rencontré quelques minutes à La Valette, le 5 Octobre dernier, en a parte du 5+5. Evidemment, par courtoisie autant que par sollicitude tout humaine, souhaiter son rétablissement est fort bien. Mais politiquement, le rétablissement au statu quo ante n’est pas souhaitable – selon vos déclarations de campagne, le soir de votre élection et maintenant à Dakar et à Kinshasa – et cette interruption inopinée, mais manifestement attendue depuis l’élection contestée du 18 Juillet 2009 du putschiste du 6 Août 2008, nous donne une bonne occasion, peut-être la première, de manifester une inflexion aussi nette que vous le voulez, du cours franco-africain. Je me suis permis de vous en entretenir à plusieurs reprises depuis l’automne dernier.

Mohamed Ould Abdel Aziz est arrivé au pouvoir par la traitrise, en renversant un président de la République dont l’élection s’était faite selon un scrutin pluraliste et par deux tours. Il a acheté notre soutien et notre caution, auprès de votre prédécesseur et de son secrétaire général. Il a été élu frauduleusement et n’a tenu aucun de ses engagements pour une tournure démocratique et consensuelle d’exercice du pouvoir. Un pays rongé par la corruption et le cynisme n’est pas un partenaire fiable au moment où nous nous engageons pour le nord-Mali, et où le terrorisme revendiquant ou non une étiquette islamiste, cherchera des bases de repli et des recrutements supplémentaires.
Les personnalités politiques mauritaniennes de toutes générations et de tous bords, de toutes ambitions aussi, attendent un arbitrage discret mais fort – de notre part et en faveur d’un passage de main. Sans doute par des élections anticipées pour la présidence de la République, juste dans le délai nécessaire pour que l’Union européenne et l’Organisation internationale de la Francophonie mettent en place de quoi soutenir une commission nationale électorale nommée consensuellement par toutes les forces locales, de quoi refaire les listes électorales, et contrôler le scrutin et l’acheminement des dépouillements. Trois mois au minimum. Une personnalité, comme celle du président de la République renversé en 2008 et dont le discours de démission le 26 Juin 2009 pour faciliter à tous l’application d’un accord de paix civile que nous avions quasiment dicté à Dakar pour son paraphe le 1er Juin précédent, serait la plus indiquée, parce que la seule véritablement désintéressée pour la suite. Il s’agit d’ailleurs de l’ancien ministre de l’Economie du père-fondateur, Moktar Ould Daddah, dont le renversement – déjà par des militaires, le 10 Juillet 1978 – a inauguré tous les malheurs du pays et souvent nos soutiens inappropriés à des successeurs qui ne le méritaient pas.

Notre ambassadeur à Nouakchott connaît ou rencontre les principaux protagonistes. Je ne crois pas que nous devions avoir un favori. Il est certain qu’une nouvelle génération émerge. Certain aussi qu’un concours massif – pas tant en argent, qu’en savoir-faire pour la transparence des budgets, des procédures, des contrôles et pour la refonte des institutions politiques, selon les normes démocratiques mais aussi selon l’expérience des collectivités traditionnelles – est nécessaire. Nécessaire aussi de rendre l’armée à sa vocation, d’y réintégrer la garde prétorienne (appelée BASEP) qui a été constituée depuis vingt-cinq ans et restée tous ce temps, sauf trois ans, aux ordres personnels de l’allité de l’hôpital Percy…

C’est donc une opération au petit point, fondée sur l’écoute de tous les instants et dans tous les azimuts, et une contribution à une quantité de réglage dans le détail qui nous attend – dans la discrétion pour la montre internationale, mais que les Mauritaniens attendent de votre gouvernement et de votre ambassadeur parce que vos engagements étaient ceux qu’ils souhaitaient, et que ces jours derniers, ils ont été redits : en Afrique.

Remettre en selle Mohamed Ould Abdel Aziz, c’est reculer cette opération et ce concours au changement que – globalement – vous souhaitez. L’occasion peut ne pas se représenter ni être aussi facile à saisir.
Mais il me semble enfoncer des « portes ouvertes ».

Vous savez, Monsieur le Président de la République, tous mes sentiments de déférente confiance, et vous venez d’éprouver l’attente africaine, envers vous, renouvelant celle séculaire envers notre pays./.

Bertrand Fessard de Foucault,
ancien ambassadeur.

Source:taqadoumy

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