Human Rights Watch dénonce les frappes « illégales » contre les civils au Yémen

yemen_39Human Rights Watch a dénoncé dans un rapport, publié vendredi, les violations du droit international de la coalition arabe au Yémen. L’ONG accuse Ryad de frapper des cibles civiles et reproche à Washington de fermer les yeux sur ces crimes.

« En quoi la maison de mon frère était-elle une cible militaire ? » Dans un rapport publié vendredi 27 novembre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) dénonce « l’illégalité » des frappes au Yémen menées par la coalition arabe – l’Arabie saoudite en tête – qui ont causé la mort de centaines de civils.

« Ce que nous appelons des ‘frappes illégales’, ce sont des attaques indiscriminées, des frappes qui ne ciblent pas des installations militaires stricto sensu et qui ne respectent donc pas les lois de la guerre », explique Ahmed Benchemsi, le directeur de la communication de la section Moyen-Orient de HRW, à France 24. « Les frappes saoudiennes bafouent la Convention de Genève. Or, en vertu du droit de la guerre, [les belligérants] doivent absolument s’assurer que leurs attaques épargneront les civils. »

Dans son document de 73 pages, l’ONG a examiné en détails les conséquences de dix frappes aériennes menées entre avril et août 2015 sur le territoire yéménite. Elle a enquêté dans les gouvernorats de Ibb, Amrane, Hajja, Hodeida, Taëz et Sanaa, et interrogé des victimes, des témoins, du personnel médical. D’après HRW, le bilan est désastreux : plus 300 civils, dont 67 enfants, ont été tués et plus de 400 ont été blessés sur cette seule période. Les raids aériens ont touché des habitations, des marchés, une usine et une prison, « des lieux où il n’y a même pas de sites militaires », ajoute Ahmed Benchemsi.

« Comment l’Arabie saoudite explique-t-elle nos chiffres ? »

« Lorsque je suis arrivé à la maison, il y avait encore de la poussière dans l’air, et tout était couvert de cendres noires », a témoigné un Yéménite, Muhammad Saleh al-Qihwi, cité dans le rapport. Sa maison a été détruite en avril 2015 lors d’un raid sur la ville d’Amran, à l’ouest du pays. « Le crâne de ma belle sœur, Asma, était béant, et sa jambe saignait. Sa fillette de 2 ans, Hyam, était allongée sur son épaule, le crâne fracassé. Sa fille de 7 ans, Hasna, criait ‘Baba’ [Papa] », peut-on encore lire.

Quand un haut-gradé saoudien assure à l’AFP que son pays « respecte les règles et le droit international [de la guerre] », le responsable de HRW manque de s’étouffer. « Nous avons des données, des frappes documentées, des témoignages précis », indique encore l’expert de la région. « Si la coalition ne frappe pas les civils, comment explique-t-elle nos chiffres ? »

À la connaissance de l’ONG, aucune enquête n’a été menée par l’Arabie saoudite, ou par d’autres membres de la coalition. « Il faut autant d’enquêtes qu’il y a de violations », demande donc HRW. « Il faut identifier et punir les responsables ».

Les États-Unis « co-responsables des violations des lois de la guerre »

L’ONG presse enfin l’administration Obama de revenir sur sa décision de vendre à l’Arabie saoudite d’importantes quantités de bombes aériennes. Lundi 23 novembre, le département d’État américain a en effet autorisé la vente de plus de 19 000 bombes guidées à l’armée saoudienne pour près de 1,3 milliard de dollars.

Le Congrès américain doit encore ratifier cette décision mais l’Arabie saoudite étant l’un des principaux clients de l’industrie de l’armement américaine, il est fort probable que la vente soit approuvée. Et puis, signe d’une alliance forte avec Washington, Ryad s’est joint à la coalition américaine dans la campagne aérienne menée en Syrie contre les jihadistes de l’organisation de l’État islamique.

Reste que pour HRW, cette participation de Washington au Yémen pourrait placer les forces américaines en position de « co-responsables des violations des lois de la guerre ». « Le message de notre ONG est clair : nous demandons aux États-Unis de suspendre ces ventes jusqu’à ce que des investigations crédibles et sérieuses soient menées. L’Amérique ne doit pas se rendre complice de telles violations », précise Ahmed Benchemsi.

Selon l’ONU, le conflit au Yémen a fait quelque 5 000 morts, dont plus de la moitié des civils, depuis le mois de mars 2015, date de l’intervention d’une coalition arabe sous commandement saoudien en soutien au président Abd Rabbo Mansour Hadi, longtemps en exil à Ryad. Ce dernier avait demandé l’aide du royaume wahhabite pour contrer les rebelles houthis qui progressaient dans le pays et s’étaient emparés en janvier du palais présidentiel à Sanaa.

Source: France 24

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