Inauguration du festival « Sagesse Populaire » : A chacun son métier, les contes aux conteurs

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Ouvert le 06 novembre dernier à l’Institut Français de Mauritanie (IFM), le festival Sagesse populaire a été officiellement inauguré ce 14 novembre 2014 au Centre Culturel de la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN). D’éminents conteurs, notamment, Yahya Ould Razel, Athie, Ciré Camara, Abderrahmane Diallo, la petite Amy Camara pour la Mauritanie et François Vermel et Sylvie De Berg pour la France, ont fait valoir leurs talents de grands conteurs contemporains.

L’entreprise de Ciré Camara, directeur du Centre Espace Culturel et initiateur du festival « Sagesse Populaire » a pris désormais forme et officiellement posé ses jalons. Des contes, des proverbes, des berceuses et des expositions ont marqué cette édition du festival dont le thème principal est : « les droits humains ».

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C’est d’abord le directeur du centre de la CUN, M. Athie d’ouvrir la cérémonie inaugurale par une chanson pular traduite en français expliquant une tradition rurale. Cette symphonie bien chantée par Athie lui a valu des applaudissements et des appréciations de son talent. Lui emboîtant le pas, les conteurs précités ont racontés des histoires sur Nasradine, ce personnage bien connu de tous. Puis, Abderrahmane Diallo, Sylvie de Berg, François Vermel, Yahya Ould Razel, Amy Camara, sont tous passés sur scène pour raconter chacun à son tour une histoire intéressante sur le personnage de Nasradine.

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A la fin de cette cérémonie inaugurale, le jury a annoncé les quatre finalistes issus des journées du 06 et du 13 novembre à l’IFM réunissant les élèves des établissements scolaires. Il s’agit notamment de Marième Diallo du Petit Centre, Oumar Issa Ba de Baobab, Tabara Camara d’El Hadji Oumar Tall et de Nadia Fall de Diam Ly. Ces quatre conteurs se confronteront le jeudi 20 novembre à l’IFM en finale pour déterminer le meilleur ou la meilleure conteuse du groupe des élèves qui ont compéti à cette occasion. « Ce festival a permis aux enfants de s’affirmer » a soutenu M. Ly, directeur de l’école Diam Ly indiquant « qu’il est possible dans les établissements scolaires de développer cette activité qu’est le conte ». Ce qu’on ne peut pas démentir dans la mesure où, Melle Amy Camara, une lycéenne de 18 ans, est devenue conteuse en l’espace de deux ans et aujourd’hui elle est comptée parmi les conteurs mauritaniens. «J’ai aimé le conte et c’est avec mon maître Yahya Ould Razel que j’ai appris à conter. Raconter des contes, ça fait partie de ma vie » a-t-elle soutenu non sans révéler qu’elle a été bien encadrée par son maître Razel et Ciré Camara, directeur du festival.

Ils ont parlé, ils ont dit …

Venus prendre part au festival « Sagesse populaire » organisé par le Centre culturel Diadié Camara, François Vermel et Sylvie De Berg, ont donné leurs impressions sur le festival et sur les conteurs et futurs conteurs mauritaniens.

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François Vermel : «En l’espace de 30 ans, on est passé de 10 à 6000 conteurs qui tournent en France ». François Vermel est un conteur français venu prendre part au festival sagesse populaire. «Quand on dit conteur chez nous (France) c’est difficile. Parce qu’on a l’habitude de dire que pour être conteur, il faut 3000 ans. Alors que pour faire un conte, il faut 1000 ans, donc ça va vite. Moi qui raconte depuis trente ans, je suis donc un grand débutant » a-t-il dit.

Invité en Mauritanie pour  parler du métier et aider les conteurs mauritaniens à progresser, François a eu une autre vision.  «Je crois que je vais apprendre autant que les conteurs mauritaniens. Parce qu’on sent que dans cette terre africaine il y a quelque chose qui est restée dans la tradition. Les gens ont encore des racines, des encrages profondément enracinés dans la terre des ancêtres. Alors que nous en Europe, on a pris trop de temps de travail pour aller les chercher parce qu’on les a élagués » explique-t-il. Il poursuit : «En Europe le conte avait disparu. En dépit de ce manque, les gens se sont levés et ont commencé à raconter. J’avoue qu’en l’espace de 30 ans, on est passé de 10 à 6000 conteurs qui tournent en France. C’est dire combien il y a un besoin. Donc vous qui avez encore des racines, n’attendez pas qu’elles meurent. Aller interroger les vieilles personnes et ceux qui ont entendu des contes dans leur enfance. Dites aux gens de retenir ces histoires et gardez-les pour les raconter aux autres. C’est ça la richesse du peuple africain ». Parlant des conteurs mauritaniens, il a déclaré : «Les quelques conteurs mauritaniens que j’ai écoutés m’ont émerveillé. Ils font des choses bien arrangées, bien organisées et c’est là où c’est intéressant. La parole vient réveiller quelque chose d’archaïque qui vient de la nuit des temps et c’est ça qui fait vivre parce que ça ne vient pas à travers le net encore moins de la télévision. Ça ne peut venir qu’à travers la parole vivante, d’un être humain à un être humain ».  Souhait : «Tout ce que je souhaite à la Mauritanie, c’est que tous ces conteurs grandissent et fassent des petits et des scènes parce que je vois qu’il y a des conteurs partout, dans les écoles, les bibliothèques, les centres sociaux etc. »

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Sylvie de Berg: «conter pour moi, ce n’est pas du travail, c’est du bonheur, c’est de la merveille ! »

Vos Impression ? «C’était formidable même si ce n’était pas facile pour les élèves qui n’ont pas eu le temps de mieux se préparer. Ceux qui étaient venus avec un texte à la main, c’est moins bien que dire. On a senti qu’ils avaient du bonheur, du punch et du désir de le faire. Ils étaient dans l’histoire et je les remercie » a-t-elle déclaré. «Moi ma vie elle est faite de contes. Pour des enfants de cet âge, c’est énorme et courageux de prendre la parole devant le public et c’est ça qui conte » a-t-elle dit.

Le trésor du conteur ? «Il commence par l’amour des histoires. Il est infini parce que quand on raconte une histoire on va en trouver plusieurs. On va se retrouver sur une perle et c’est trop beau ! Et on est émerveillé. Et quand on est émerveillé par trop de beauté, on a envie de la donner aux autres. Voilà le premier trésor, c’est l’amour des contes et le deuxième c’est l’amour des gens. Parce que le conteur tout seul ça ne vaut rien dire » soutient Sylvie, conteuse française, mère de 6 enfants.

Ce qui vous a marqué le plus dans ce festival ? «C’est peut-être tôt de le dire parce qu’il n’est pas fini. Mais je trouve formidable et héroïque l’entreprise de Ciré Camara. Héroïque parce qu’il va un peu à contre courant de la vie en générale ici en Mauritanie. Formidable parce qu’elle émet un sens, un cœur, une intelligence. Parce que toutes ces entreprises qu’il initie au niveau de son centre son très utiles. Il tombe juste à chaque fois » a-t-elle indiqué.

Conseil : «Que les futurs conteurs mauritaniens sachent que les contes qu’ils racontent sont en dessous du niveau du sol. Qu’ils aillent chercher auprès des grands pères, des grand-mères, auprès de ceux qui savent raconter parce que c’est eux les bibliothécaires. Ces gens sont des trésors, il ne faut pas attendre qu’ils meurent » conseille Sylvie. Et comme pour reprendre Amadou Ampathé Ba, n’est-ce pas qu’en Afrique «quand un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle»? Evidemment.

Badiane

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