Incorrigible administration !

Incorrigible Je suis parmi les citoyens, particulièrement choyés, qui ont le privilège, d’avoir avec l’administration de leur chère patrie, des contacts très limités, ou tout au moins distants. De ce fait, je ne pouvais, par soucis d’honnêteté, ne pas accorder un préjugé favorable à ceux qui ont la malchance de nous administrer.
Après ce que j’entends, chaque semaine, je ne pouvais qu’être ragaillardi par le niveau de performance qui aurait été atteint par nos services publics. En effet, à la suite de chaque conseil des ministres, qui se tient la plupart de tous les jeudis qu’Allah crée, on m’affirme, avec une solennité inégalée, que le Président de la République a réitéré ses instructions, renouvelé ses directives, répété ses orientations, et intimé , de nouveau, ses ordres, pour que l’administration se rapproche des citoyens, et se mette à leur entière disposition et parfaits services.
A voir le sérieux et la qualité littéraire (et littérale) avec lesquels le ministre en charge de la communication, relate, en préambule, comment « ça s’est passé », je ne pouvais prendre les groupes de citoyens, quasi-éternellement en sit-in devant les grilles de la Présidence, que pour des farfelus, des nostalgiques de ce qu’il est d’usage d’appeler, aujourd’hui, chez nous, « les anciennes périodes» .
Pour moi, « les anciennes périodes » étaient bien révolues, et avec elles, aussi, leurs pratiques anciennes. ainsi que les us et coutumes administratives de la Mauritanie d’antan.
La Mauritanie nouvelle, quant à elle, m’était décrite si belle, si miel, que pour lui ressembler, tout pays devrait faire son apprentissage, un bon bout de temps, au septième ciel.
Dans cette Mauritanie devant laquelle le Sultanat de Brunei Rougirait, me voulant toujours un citoyen honnête, respectable et respectueux,et voyant que l’administration n’a pas réduit la distance qui me séparait d’elle, j’ai voulu tâter son pouls en me rapprochant d’elle.
Ce vendredi 16 janvier 2015, à la veille d’un voyage privé sur la Route de l’Espoir, j’ai voulu m’acquitter de la taxe annuelle sur mon véhicule, plus connue sous la dénomination de vignette.
Pour ce faire, je me suis présenté devant l’administration en question. Vous ne pouvez imaginer, combien de barricades étaient dressées, de portails fermés, de policiers au visage renfrogné j’allais trouver devant moi. L’un de ces derniers, me signifia, sans aucune forme de politesse, que le quota de la journée était déjà atteint, et qu’il fallait revenir (en précisant si je voulais!), une autre fois.
Surpris, j’avais déjà l’esprit perdu avec les tracasseries garanties au niveau des dizaines de postes installés par nos « vaillantes forces de sécurité » tout le long de l’axe routier, et dont les « perceptions », quant à eux, fonctionnent à plein temps.
En dépit de ma profonde détresse, ce qui me restait comme esprit s’employait déjà à décrypter comment des fonctionnaires, peuvent ainsi fixer des quotas et empêcher des citoyens de s’acquitter de leur devoir vis à vis du trésor public.
Je vais mieux comprendre, lorsqu’un Monsieur, affichant un sourire qui me paraissait jaunâtre, m’aborda pour me conseiller de passer par un ami à lui, qu’il me fit remarquer dans une baraque au coin de l’établissement. Selon lui, cet ami à lui, aurait accès à des facilités qui, si je me montrais généreux, pouvaient arranger mon « problème »
Remarquant que je n’avais pas fais montre d’un enthousiasme débordant, il ne manqua pas de me faire savoir, qu’au cas où je ne ferais pas « un effort » pour m’acquitter de la vignette avant le 31 janvier, une majoration me sera infligée, d’office, en guise de pénalité pour retard de paiement.
Remuant aussi rapidement que j’ai pu ce qui me restait comme méninges, j’ai réalisé que je me trouvais devant une surprise, et, en même temps subissais une injustice.
Une surprise devant les offres de « l’ami » qui, en Mauritanie nouvelle, s’adonnait encore à ce qui s’apparentait à de la corruption. Il doit s’agir, sans doute, d’un extra-terrestre, ou un récalcitrant « Moufsidine » qui a échappé au refus du tamis, et a réussi à glisser entre les mailles.
Moi, j’ai vu à la télévision, j’ai entendu dire à la radio que ces pratiques appartiennent à un passé résolument révolu. Il doit s’agir, sans doute, d’un cas isolé, d’une méprise, ou, à la limite, d’un échantillon momifié qu’on voudrait installer au musée national. Question de montrer aux générations montantes de la Mauritanie-Brunei, qu’il fut un temps où il existait, dans la Mauritanie au passé composé, des « Gougouhs», des Gargantua,des Dinosaures, et des « Moufsidines ».
L’injustice est qu’il me parait inévitable d’être pénalisé, rien que parce que le service public ne fonctionne pas. Les fonctionnaires, là où le hasard m’a conduit ce vendredi, sont inaccessibles. Même l’arsenal dont auraient disposé Amédy Coulibaly, les frères Kouachi, et leur Boumedienne, ne m’aurait pas permis d’investir cette forteresse. Comme circonstances aggravantes, je suis allergique à la violence, et mon objectif est tout à fait inoffensif : verser de l’argent au trésor public.
Paradoxalement, c’est désespéré, que je vais prendre la route de l’espoir. Résigné que vais supporter les « tracasseries », et payer injustement des pénalités que j’ai tout fais pour ne pas mériter.
La Mauritanie des temps nouveaux, le Brunei de la cote ouest africaine, dont l’administration marcherait au clin d’œil, et dont les fonctionnaires seraient tout à fait clean, devait, plutôt, gratifier ceux qui, malgré les contraintes et contingences, s’efforcent, avec de maigres ressources, obtenues avec la vraie sueur et le dur labeur, de s’acquitter, à temps, de leur devoir.
Si on me demandait mon modeste avis, on accorderait une remise dégressive à ceux qui, les premiers, viendraient de leur gré, payer leurs impôts et taxes.
Gougouhs : expression maure signifiant Monstre
Moufsidine: corrompu, terme très utilisé par les officiels mauritaniens.

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