Interdit de rêver !

Egypte-manif anti morsi
Ahurissant retour en arrière en Égypte. Étonnants discours de nouveaux dirigeants et de  ce qu’on appelle- si  pompeusement- la Communauté Internationale. C’est comme si le monde était devenu sourd et aveugle. C’est comme si les sens étaient déréglés et les évidences évanouies. Les choses, on dirait, portent  de nouveaux noms. Les analyses s’embrouillent et trébuchent au seuil des vérités. Et pourtant tout cela saute aux yeux :

évidemment les islamistes ont failli dans leur gestion,, évidemment ils n’avaient d’autre programme que les discours, mais évidemment, ils avaient la légitimité populaire.  et  plus évidemment encore ils ont été victimes d’un coup d’état qui n’a d’autre objectif  que de restaurer le statut quo ante si cher aux dirigeants militaires et à la bonne bourgeoise cairote. On semble oublier les évidences, on  se perd dans des raisonnements tordus et pourtant l’équation est simple : un dirigeant est élu pour une période donnée, et il ne peut être jugé que sur la base de tout son mandat. Les islamistes ont gagné toutes les élections jusqu’ici Ils avaient le droit de rester au pouvoir. La règle démocratique est de leur coté, et leurs opposants  et l’armée, avaient le devoir de les subir encore.
C’est vrai que les idées déchantent et que les rêves se heurtent à des parois trop solides. L’islamisme n’est qu’une autre face de cette volonté de s’en sortir qui nous agite tant. Nous rêvons de bien-être,  de  liberté, de justice, d’égalité. Nous avons mal à des siècles de rejet, d’arriération, de pauvreté, d’oppression, le colonialisme, le mépris, le déni des valeurs, et cette élite corrompue, pire que les dominateurs d’hier  et qui nous fait suer chaque jour et qui suce le sang des nations et qui à force de regarder vers l’étranger est devenue elle-même étrangère. C’est pourquoi nous avons toujours été réceptifs aux idées qui nus offrent  un peu d’enthousiasme et d’espoir et qui nous font rêver de lendemains dorés.
Le nationalisme fut une grande idée : les peuples se sont accrochés à cette  promesse de liberté, ils ont lutté pour voir le jour et  s‘éveiller  et ils ont donné  naissance à  des États immatures et  à une élite qui les méprise et qui embrasse la main de l’ancien colonisateur
.Le communisme a aussi donné des ailes à la jeunesse de ce qu’on appelait  le « tiers-monde », il a  aussi donné des dictatures et des faillites économiques, Le libéralisme embrassé par les élites occidentalisées  a entraîné   le FMI, la croissance pour quelques uns,et la pauvreté pour tous.
L’islamisme est venu à son tour offrir une nouvelle parcelle d’espoir. L’analyse est très simple : puisque toutes les recettes importées ont échoué , essayons de revenir en arrière, de miser non pas sur  nos propres cultures -infestées d’apports extérieurs- mais dans la tradition des premières années de l’Islam. Cette idéologie répondait aux sentiments premiers des peuples, elle était facilement comprise, et elle ne pouvait souffrir d’argumentations contraires, sauf à vouloir sceller alliance avec Satan.
La « révolution arabe » (je l’écris  maintenant avec des  guillemets) a donné un grand élan aux islamistes. Ils ont gagné en Egypte, en Tunisie, au Maroc. Ils sont ainsi  rentrés en servitude, ils ont affronté les véritables hydres, l’arriération, la pauvreté, ils n’avaient pas de  réponse, et le peuple a vite déchanté. Déjà les gouvernements tunisiens et marocains flanchent sous le poids des contraintes économiques et sociales. Quant à l’Egypte on peut dire sans beaucoup de risque de se tromper que c’est l’armée qui a sauvé les islamistes, elle les a libéré d’un fardeau dont ils ne savaient que faire, elle en a  fait des victimes  et elle leur a ainsi  insufflé un nouvel élan.
Et pourtant malgré les faillites de toutes les idéologies, si fortement embrassées jusqu’ici, je crois que les idéaux forts ne devraient pas mourir. Le fatalisme n’a pas de place dans les esprits qui se veulent libres Il faut penser demain. Nous devons croire en notre avenir et nous donner les istruments idéologiques et politiques pour le construire. Un monde où tous les enfants iraient à l’école,où les universités et les stades fleuriraient, où la culture aurait la place qu’elle mérite, la première, où il y aurait du boulot pour tous et des salaires décents,où la loi serait appliquée  où la dignité » de chacun serait respecté. J’entend déjà  les voix crier : « Des rêves ! Encore des rêves ! Toujours des rêves ! » Et alors ! On ne va pas tout de même  nous interdire  de rêver !

Source : Beyrouck

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