INTERPOL s’interesse à Mixta Mauritanie

Mixta, c’est cette société immobilière espagnole de renommée internationale et qui a eu (la mauvaise idée) de s’établir en Mauritanie, il y’a quelques années. Son programme était comme elle avait fait ailleurs, de construire de villas et des immeubles pour les revendre ensuite à une clientèle à revenus moyens et /ou supérieurs.

Quand elle vient en Mauritanie : elle crée une société : Mixta Mauritanie et acquiert quelques parcelles à Nouakchott. En fait deux grandes concessions dont l’une de 15.000 m2 se trouve sur la route de la plage, ce qu’on appelle sebkha extension phase 5, et l’autre concession de 70 hectares se trouvant sur la route de Nouadhibou.

L’établissement de la société connait deux épisodes.

Le premier épisode est lié à la personne de Zeidane Ould Soueid’Ahmed, un jeune qui est recruté fondé de pouvoir de la société en Mauritanie. Avec lui, Mixta entreprend la mise en valeur de la première concession, celle sur la route de la plage. Deux grands immeubles de plusieurs appartements et studios sont construits en plus de quelques villas de moyen standing.

A un moment de leur collaboration, les espagnoles remarquent que leur représentant mauritanien est de plus en plus évasif sur les recettes, qu’il ne répond plus au téléphone. Ils décident d’y voir clair et découvrent le pot-aux-roses.

L’intéressé avait vendu les deux immeubles, l’un a raison de 15 millions UM (15 appartements) et l’autre à 18 millions UM (18 appartements). Une plainte est déposée. Le mauritanien est incarcéré et les immeubles sont saisis par la justice en attendant le jugement qui ne viendra jamais.

Mixta change de fusil et engage un jeune du nom de Mohamed Yeslem Ould Filali qui devient son nouveau fondé de pouvoir. Sur la première concession, elle n’a plus que les villas et les parcelles. Mais considérable quand même : 49 parcelles de 100m2 chacune, 8 de 212 m2, 2 villas de 68 m2, 2 villas de 58m2, 1 villa de 108m2, 1 villa de 37m2, 1 villa de 135m2, et 1 de 145m2 en finition, en plus de 3 parcelles de 400m2 chacune.

Après quelques mois d’apparente bonne conduite, le fondé de pouvoir vend une partie des biens de l’entreprise à des sociétés mauritaniennes. Pour ce faire il crée une société fictive du nom d’Antra qu’il fait diriger par son frère. C’est cette société qui procède à la vente de 4 studios de 35m2, 33 studios de 28m2 et 4 parcelles de 100m2 à des particuliers.

Il vend aussi à Mauritanie leasing (banque de leasing) qui achète deux lots de parcelles, le premier pour 33 parcelles et le second pour 30 parcelles. Pour la somme de 50 millions ouguiya chaque lot. Les contrats sont signés entre Mauritanie leasing et Antra sur la base d’un bon de commande de la société Oumrane appartenant à l’ancien ministre de la finance Abderrahmane Ould Hamma Vezzaz. La quelle société n’est pourtant pas partie prenante dans les deux contrats. N’empêche tout est bien pour parvenir à la spoliation des espagnols.

Selon les termes du contrat, le paiement a été effectué en espèce pour les 50% du premier lot le 20 janvier 2011, le jour de la signature du contrat. Alors que le bon de commande d’Oumrane est daté du 20 février 2011. Ce ne sera pas la seule anomalie relevée dans la transaction. L’une des parcelles, celle qui porte le numéro 33 a déjà été vendue du temps du premier épisode de la mésaventure espagnole.

Les deux contrats différent dans beaucoup d’aspects, notamment le paiement, même s’ils sont faits au cours du même mois (l’un est signé le 15 et 50% du montant sont versés immédiatement, l’autre le 20 et seulement 5% sont versés). Un troisième contrat est signé le 18 janvier, bien avant, portant sur 10 autres parcelles à raison de 10 millions d’ouguiya alors que ces parcelles font partie do lot vendu au terme du contrat signé le 15 janvier 2011, trois jours avant.

Au terme de ce deuxième épisode malheureux, les espagnols s’adresse au ministre de la justice qui leur conseil vivement de prendre un cousin à lui comme avocat. Quand il leur donne le nom, ils lui répliquent qu’il s’agit là de l’avocat de Mauritanie leasing qui est partie prenante dans le litige. Ce qui ne lui plut pas.

Les espagnols réussissent quand même à mettre de leur coté l’appareil judiciaire qui procède à une enquête faisant suite à la plainte espagnole. Le jeune fondé de pouvoir prend la fuite. Il va en Espagne avant de regagner les Etats-Unis d’Amérique.

Un mandat d’arrêt international est lancé contre lui. Il est selon les termes du mandat, « poursuivi pour les chefs d’accusation d’abus de confiance, escroquerie, de faux et usage de faux, faits prévus et réprimés par les articles 379, 376 146 et 147 du code pénal mauritanien ».

Seulement il ne risque pas d’être inquiété : un parent à lui travaillant dans le bureau Interpol de Nouakchott à réussi à faire une faute d’orthographe de son nom et à enlever sa photo de la fiche de recherche.

En plus de ces micmacs révélant un système gangréné par la corruption et le laisser-aller, Mixta ne peut disposer d’aucun de ses biens. Les immeubles sont sous contrôle judiciaire, les parcelles ont été vendues dans des conditions peu orthodoxes. Le découragement est donc total.

Si l’on sait que Mixta est partenaire de la SFI (Banque Mondiale), quelle est propriétaire de grands investisseurs mondiaux dont le moins connu est le prince Walid Ibn Talal, on peut aisément imaginer ce que cette affaire peut faire comme mal à l’image d’un pays dont les hommes d’affaires ont déjà roulé des saoudiens comme Cheikh Salah, un richissime parlementaire omanais, les koweitiens, les français. Une époque et des méthodes qu’on croyait révolues.

Bechirou Wade

 

Source :La Tribune

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