Intervention militaire au nord-Mali : La France est partante, mais l’ONU crée le blocage

Une intervention militaire africaine dans le Nord du Mali pour y restaurer la souveraineté du pays est inévitable, et la France est prête à la soutenir. Mais pour tous ceux qui attendaient le visa du Conseil de sécurité de l’ONU pour l’envoi d’une force armée africaine dans le Nord malien, la déception est grande  après le recul de l’organisation qui semble plutôt se complaire dans un « flou artistique », tant ses atermoiements sont incompréhensibles.

« La France n’a pas à prendre d’initiative militaire au Mali. Elle souhaite que les pays africains prennent l’initiative à la fois pour assurer la stabilité politique à Bamako, assurer un gouvernement d’union nationale, lui donner la souveraineté nécessaire et étendre cette souveraineté au Nord Mali ». C’est par ces mots que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, donne le point de vue de son pays sur une sortie de crise au Mali avant d’ajouter  que cela passera inévitablement  par une « intervention armée que la France pourra soutenir, mais dont elle ne prendra pas l’initiative ». Le  mercredi dernier, lors d’une rencontre à New York avec la CEDEAO et l’Union africaine, le Conseil de sécurité de l’ONU a une fois de plus différé son aval en demandant à l’organisation sous-régionale des précisions sur son plan d’intervention au Mali, des précisions sur les troupes, les effectifs, les moyens d’intervention et la composition du commandement. Une dérobade de plus qui sonne comme une rebuffade de trop ?

Le Conseil de sécurité de l’ONU, le cauchemar

En effet, ce jeu de l’ONU a de quoi exaspérer les plus placides. A entendre leurs membres dire que le Conseil attend que la CEDEAO ou le gouvernement malien formulent une demande d’intervention, on a l’impression de revenir à la case départ. En effet, on croyait le principe de l’intervention acquis et qu’il suffisait que la Communauté sous-régionale soumette un bon plan d’Etat-major au Conseil de sécurité de l’ONU pour que celui-ci « ouvre les portes de la guerre » et accorde à celle-ci les moyens de faire « pleuvoir l’enfer » sur la tête des djihadistes qui occupent le Nord du pays. Hélas, ce qu’on croyait  bien noué se défait du tic au tac, et cette expédition militaire ressemble de plus en plus  à « de la poudre aux yeux » des Maliens. Aussi, les 3 300 soldats que la CEDEAO tenait prêts à appuyer l’armée malienne risquent d’attendre longtemps. A condition que la rencontre des Chefs d’Etat-major de l’Organisation ne sorte l’artillerie lourde. On croyait que le Conseil de sécurité de l’ONU voulait s’assurer de la fiabilité de la stratégie militaire avant de donner une légitimité à celle-ci. Que le Conseil de sécurité attende une demande expresse du gouvernement malien plongé dans des querelles de strapontins et otage d’une armée en déroute qui, au nom d’un nationalisme inconséquent, refuse l’aide militaire de la communauté internationale, peut être lu comme une façon de renvoyer cette intervention aux calendes grecques.

Paradoxalement, sous d’autres cieux, en Afghanistan, en Libye, on a vu le Conseil de sécurité moins attentiste et même pousser à la roue pour y faire débarquer les forces internationales ou les légionnaires français au nom de son « droit d’ingérence dans des affaires du monde ». L’occupation du Nord-Mali ne suscite certainement pas l’émoi de la Communauté internationale parce que le Mali ne produit pas de pétrole, et  sa descente aux enfers, ne perturberait pas les places boursières. Toutefois, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, exclue l’envoi de troupes françaises au sol en cas d’intervention militaire africaine pour déloger les islamistes du Nord. Mais il  indique que son rôle pouvait être celui d’un « facilitateur » pour obtenir un feu vert international à une telle intervention. La France est en position d’autant plus délicate dans cette région du Sahel que les islamistes détiennent 6 de ses ressortissants enlevés depuis septembre 2010 au Niger et au Mali. Et les activistes d’AQMI menaçaient de les exécuter en cas d’attaque : c’était avant le coup d’Etat du 22 mars dernier. Cependant, les intentions du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de soutenir une intervention au Mali sont sans doute empreintes de bons sentiments, elles n’en sont pas moins révélatrices de l’hypocrisie du Président français sortant, Nicolas Sarkozy.

Selon Jean-Yves Le Drian, le Mali paye aujourd’hui les conséquences de l’intervention française en Libye initiée par Sarkozy, mais très largement cautionnée par les socialistes. « Il est criminel de rajouter de l’instabilité à l’instabilité dans une région déjà menacée par les juntes, le tribalisme et le fondamentalisme religieux ». La réunion de la CEDEAO, qui  a débuté le  9 août dernier dans notre capitale et qui prend fin ce lundi 13 août 2012, vise à parachever la stratégie du débarquement des armées africaines au Mali. Si le Conseil de sécurité de l’ONU incriminait des détails dans la stratégie proposée, on pourra difficilement empêcher les va-t-en-guerre de l’armée malienne et  les brigades d’autodéfense regroupés au sein de la  Coordination des forces patriotiques de résistance de prendre les armes. Certes, ils ne libéreront pas les territoires occupés du Nord car en matière de combat, tout ce que cette armée a donné à voir est une rapide débandade face aux rebelles touaregs et la fuite loin du front. Mais une tentative solitaire de l’armée malienne peut précipiter dans le désordre la région, voire le pays entier. Le Conseil de sécurité a donc tout intérêt à reconsidérer son attitude.

Jean Pierre James


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