Interview avec Madou Fall, Manager de Diam Min Tekki

« Diam Min Tekki est en exil pour se renforcer ». 

Manager de Diam Min Tekki et de Military Underground, Madou Fall fait partie des pionniers du rap mauritanien. Depuis 1996, le jeune manager a scotché presque tous les grands ténors du mouvement rap en Mauritanie. Le festival Assalamalekoum, le conflit des rappeurs avec Monza et l’affaire sur l’exil de Diam Min Tekki, sur toutes ces actualités, Madou Fall fait le grand déballage à L’Authentique.

L’Authentique : que reprochez-vous à Monza ?

Madou Fall : notre problème avec Monza, c’est qu’il n’est pas sérieux et il manque d’honnêteté et de reconnaissance vis-à-vis de ses proches et de ses collègues rappeurs. Notre problème a commencé en 2005 quand il a arrêté le concert du Groupe  » Military Underground «  à l’Institut Français de Mauritanie à la suite de ses propos incendiaires à l’endroit de Sarkozy.

Je reconnais qu’il est ambitieux mais il a été très  » petit  » à l’endroit du monde hip hop mauritanien dans le cadre de son festival Assalamalekoum qui n’est d’ailleurs que le projet du TOM, propriétaire du studio 994 devenu aujourd’hui 308.

L’Authentique : édifiez-nous un peu plus sur ce conflit ?

Madou Fall : pendant la première édition d’Assalamalekoum, après avoir réglé les trucs de sponsors, l’ancien Directeur artistique, MD Max parce qu’en ce moment Monza était le Président du festival, lui a dit de me mettre dans le projet parce que je suis expérimenté dans ce domaine. C’est comme ça que je me suis retrouvé dedans. Je m’occupais de l’hébergement et de la restauration du groupe Sénégalais, Daara-J. Pour beaucoup de clarté, nous faisons les payements ensemble.

Le budget valait 300 000 um en tout. J’avais dépensé 260 000 UM et il restait 40 000 UM que j’ai donnés à mon frère qui avait un problème de portable. Finalement j’avais remboursé plus tard ce montant en mettant mon propre argent pour assurer certaines petites dépenses durant le festival qui fut une totale réussite.

Pour la deuxième édition, le Directeur artistique, MD Max, a laissé le hip hop. Il avait appelé Khadim, manager du groupe Ewlad Leblad et moi pour l’aider dans l’organisation. Pour la troisième édition, il avait signé un contrat avec les rappeurs Cee Pee et Adviser. 15000 um pour le dernier. Finalement c’est une collaboratrice de Monza, Marion Moure qui a appelé tous les rappeurs mauritaniens pour leur dire que le cachet est fixé à 30 000 um pour chaque groupe. C’est ainsi que Adviser et Cee Pee ont décidé de porter plainte à la justice. Le malheur ne vient jamais seul parce qu’auparavant par ignorance ils avaient signé un précontrat qui ne les arrangeaient pas.

Du coup ils étaient obligé de régler l’affaire à l’amiable. Je me suis porté volontaire et proposé mes services pendant la quatrième édition du festival dans le but d’aplanir les problèmes dont souffraient les rappeurs. Malheureusement, ils n’obtiendront chacun que 40 000 um par groupe pendant cette édition. Grâce à ma médiation et la considération qu’ils me donnent, les groupes ont accepté sauf Ewlad Leblad et Adviser de participer. Selon ces derniers, Monza ne doit pas gagner des millions et leur payer une miette de 40 000 UM.

Pendant cette édition, je me suis investi à fonds sans merci pour Monza. Une fois à Dakar Couliman lui a demandé de m’appeler. Entre temps, il avait signé un partenariat avec le Directeur artistique du festa2H, Amadou Fall Ba, que nous avons connu avant lui. Le groupe Diam Min Tekki a fait deux fois des prestations durant son festival à Dakar. Avec le partenariat qu’il a signé avec Festa2h, Monza avait décidé d’envoyer le groupe Diam Min Tekki moyennant 350 000 FCFA le transport revenant au groupe.

Le pire, le lendemain de notre départ, Monza m’annonce que même l’hébergement est à notre charge. Je lui ai dis comment se fait-il que les rappeurs Sénégalais sont mis dans de très bonnes conditions quand ils viennent à Nouakchott alors que ti envoies des artistes au Sénégal et tu leur demande de se débrouiller. Il nous a demandé d’y aller, que le projet va déboucher sur un réseau international avec les pays de la sous région. Quatre jours après, on devait partir en Allemagne. Nous avons évidemment refusé ce déplacement.

Il peut manquer du respect à tous les groupes de rap mauritanien, mais pas Diam Min Tekki, car lorsqu’il a eu un problème d’argent à Dakar, en disant avoir été volé et qu’il devait voyager en Suisse, c’est Diam Min Tekki qui lui a déboursé 50 000 FCFA pour l’aider.

L’Authentique : revenons un peu au festival, pour dire que s’il n’a pas d’argent, il ne pourra pas payer les rappeurs plus que 40 000 UM ?

Madou Fall : aujourd’hui je peux dire que Monza n’a pas de souci d’argent pour payer les rappeurs mauritaniens dignement. La preuve ; rien que la Région l’Ile de France a financé pour les trois années son festival pour 2012, 2013 et 2014, soit la bagatelle de 120.000 Euros à raison de 40.000 Euros par an. Couliman, son proche collaborateur qui est en Espagne lui a dis de lui payer le billet d’avion pour participer au festival.

Il a répondu qu’il n as pas d’argent. Pourquoi, lui qui fait venir des collaboratrices de France, comme Marion Moure ou de Dakar, comme Clotilde, en leur payant des billets d’avion, n’a pas de quoi payer un billet pour son plus proche collaborateur, Couliman. A titre d’information, il a payé au cours de cette édition 70 000 UM pour les rappeurs mauritaniens, sauf Adviser à qui il a donné 90 000 UM. Même Beuneu le comédien m’a dit qu’il a eu droit à 300.000 um alors qu’il n’a même pas fait 20 munîtes de scène.

Certes, même les chanteurs Sénégalais ont eu droit à des cachets salés par rapport à leurs collègues mauritaniens laissés en rade. C’est cette attitude qui enrage les rappeurs mauritaniens.

L’Authentique : votre acharnement sur Monza ne serait-il pas une jalousie ?

Madou Fall : pas du tout. J’ai connu Monza depuis qu’il n’avait rien. Pour être jaloux de quelqu’un, il faut que la personne vous soit supérieure ou plus importante ; mais lui il n’est ni l’un ni l’autre devant moi. Dieu m’est témoin combien j’aide des personnes qui sont dans le besoin. Peut être lui aussi, il le fait.

Je reconnais que grâce à lui les rappeurs internationaux à l’instar de la Fouine, Tunisiano, Sefyu entre autres connaissent la Mauritanie, même si leurs cachets sont payés par Culture-France. Certes, le festival a des avantages mais les inconvénients sont beaucoup plus nombreux que les premiers. Je le dis haut et fort.

L’Authentique : le groupe Diam Min Tekki est en exil en Belgique ou pas ?

Madou Fall : nous avons vécu en tant que musiciens pendant des années. Le groupe Diam Min Tekki est le groupe le plus populaire du rap mauritanien. En 2010, nous étions partis en France pour trois semaines avant de revenir au pays. Malgré les très bonnes conditions, nous avons décidé de revenir en Mauritanie parce que c’est là, où doit avoir lieu le combat. Avec notre retour de France, les fans, les familles, les amis, tout le monde croyait qu’on avait remporté le jackpot.

Tout le monde frappait à notre porte et nous ne voulions décevoir personne. Nous étions obligés de donner des cadeaux que nous avions emmenés pour nous mêmes ou des objets personnels pour satisfaire tout le monde. Faire de la musique est un grand calvaire en Mauritanie. Même pour le petit déjeuner, le groupe n’arrivait pas en s’en sortir, pour un groupe si populaire. Et les membres du groupe avaient des familles aussi qui comptaient sur eux.

Finalement nous avons eu un contrat en Allemagne, en France et en Belgique. C’est pourquoi le groupe a décidé, à travers mes conseils, de partir et de rester en Europe pour revenir lorsqu’il aura suffisamment de moyens pour poursuivre son combat.

L’Authentique : Diam Min Tekki est en exil à la recherche des moyens ?

Madou Fall : le groupe est parti pour avoir des forces sans dépendre de personne. En Mauritanie, il restait deux à trois mois sans avoir un seul concert. Les deux albums que nous avons sortis l’ont été d’une manière catastrophique. Si tu es populaire alors que la recette de tes albums c’est juste pour payer tes crédits, ça n’en vaut pas le coup. C’est un grand problème.

En Allemagne, à Orléans, à Anger, le groupe n’a pas pu jouer faute de salle. C’est à Bruxelles qu’ils ont tenu un concert qui a été une réussite totale. Quand Diam Min Tekki sera prêt, il reviendra au pays avec un troisième album, dont les recettes peut-être n’iront pas éponger des ardoises salées.

Cheikh Oumar NDiaye

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