Interview de Me.Mahfoudh Ould Bettah : «On ne se prêtera pas à des pourparlers qui vont connaitre une mort certaine dès le début du processus»

cod-betahCridem : La majorité et l’opposition semblent s’acheminer vers un dialogue. Quelles sont les conditions qui doivent être réunies pour que les discussions puissent avoir lieu ? Les partis réunis sous la bannière du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) souscriraient-ils à une révision constitutionnelle qui supprimera la limitation d’âge des candidats aux présidentielles, maitre Mahfoud Ould Bettah, président de Convergence démocratique national (CDN) qui fait partie du FNDU a bien voulu répondre à nos questions.

Cridem : La presse parle d’un document qui a été remis par le pouvoir au Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) pour la tenue d’un dialogue afin de sortir le pays de la crise. S’agit-il d’info ou d’intox?

Mahfoudh Ould Bettah (MOB) : Effectivement un tel document existe. Il a été remis au secrétaire exécutif du Forum monsieur Mohamed Vall Ould Bellal. Ce document comporte un certain nombre de points sur lesquels le pouvoir voudrait voir le dialogue s’instaurer avec le FNDU. Ces points recoupent en partie les questions que le Forum a soulevé à l’occasion des tentatives de dialogue passées. Le Forum a décidé d’apporter une réponse écrite. Nous sommes pour le principe du dialogue comme nous l’avons toujours été.

Mais je voudrais à cette occasion signaler que le Forum n’entend pas s’engager dans des discussions dont la finalité n’est pas de sortir la Mauritanie de sa crise politique et de faire avancer le pays vers une démocratie réelle. On ne se prêtera pas à des pourparlers qui vont connaitre une mort certaine dès le début du processus et qui n’auront aucune incidence positive ni sur la vie politique du pays ni sur la manière avec laquelle les affaires publiques sont conduites.

Le pouvoir doit-être sincère dans sa volonté de dialoguer et donner des gages de son sérieux afin de dissiper les appréhensions nées des expériences précédentes de dialogue qui se sont limitées à de la poudre aux yeux jetée à la veille de chaque élection que le pouvoir a décidée à l’avance d’organiser unilatéralement. Il existe une profonde crise de confiance entre le pouvoir et l’opposition qu’il va falloir surmonter pour que le dialogue ait un sens.

Cridem : Quelles sont les conditions qui doivent être réunies pour l’amorce d’un dialogue sérieux ?

MOB : Le dialogue a besoin pour réussir d’un climat politique serein, celui-ci requiert à la fois des paroles et des actes. En ce qui concerne les paroles, le pouvoir devra entre autres avoir un discours nouveau qui tranche avec celui qu’il a tenu jusqu’ici et qui a consisté à nier l’existence d’une quelconque crise politique, à vilipender ses opposants et parfois à les qualifier de criminels comme ce fut le cas dans la campagne de la fausse élection présidentielle passée.

Concernant les actes, le pouvoir doit cesser de se comporter en pouvoir despotique. Il doit dans ce cadre accepter de se soumettre lui-même au droit en respectant la séparation des pouvoirs qui garantit l’indépendance de la justice au lieu de continuer à l’instrumentaliser contre ses opposants ; reconnaitre à tout citoyen mauritanien quelque soit ces opinions politiques le droit de servir l’Etat dont l’accès aujourd’hui est le monopole exclusif de sa clientèle politique ; mettre un terme à la gestion patrimoniale de l’Etat ; permettre à tous les acteurs économiques de profiter sans exclusive des marchés de biens et services dont le besoin est exprimé par les administrations ; faire cesser son monopole sur les médias publics en violation des lois et règlements en vigueur, etc…

Cridem : Souscririez-vous à une reforme constitutionnelle pour supprimer la limitation d’âge des candidats à la présidentielle qui est un point sur lequel le pouvoir veut discuter dans le cadre d’un dialogue ?

MOB : Sur cette question je pense qu’il y a un consensus au sein du pôle politique et du Forum et certains leaders se sont déjà prononcés en précisant qu’ils s’y opposent par principe. Je partage leur avis, malgré que je pense qu’il n’y a pas d’âge pour servir avantageusement l’Etat (voire le cas tunisien dont le président a été élu à l’âge de 89 ans).

Notre souci à tous est de mettre un terme aux tripatouillages par le pouvoir en place de la Constitution. Celle-ci n’a que trop souffert du mépris et de la désinvolture avec laquelle le pouvoir l’a plusieurs fois modifiée et violée dans son esprit et dans sa lettre.

Propos recueillis par SC

 

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