Interview de Moussa Khairy dit Moussa Optique, Président du FC Tevragh-Zeina

« …Pour tout ce qui est du bien de la Mauritanie, je n’hésiterai pas à aller au charbon s’il le faut et …sans hésitation que ce soit la fédération, le club ou une autre entité, le moment venu, je tirerai les conclusions qu’il faut ». 

Le Fc Tevragh-Zeina vient de gagner la coupe du président après avoir remporté le titre de champion national. Un doublé que venait d’assurer le club pour la première fois de son histoire. Créé récemment en 2005 par Moussa Ould Khairy dont il portera le nom (Fc Khairy) avant de le concéder à la commune de Tevragh-Zeina pour devenir FC Tevragh-Zeina, ce jeune club est aujourd’hui au sommet du football mauritanien et est entré dans le palmarès national.

Son président, Moussa Khairy, est un dirigeant convaincu dont l’engagement n’a de secret pour personne. La preuve, le succès obtenu cette saison, constitue le couronnement de beaucoup d’efforts, d’un travail de longue haleine réalisé par tout un groupe ambitieux et déterminé à atteindre le bout du tunnel.

Dans cet entretien, Moussa Khairy, revient sur ce qu’on pourrait considérer comme un secret, mais réellement ce n’était qu’une œuvre commune, d’une équipe d’hommes et de femmes qui ont cheminé ensemble jusqu’à l’aboutissement de ce résultat. Entretien. 

Q : Votre club, le FC Tevragh-Zeina, vient de remporter la coupe du Président après le titre de champion national. Un exploit qui consacre le doublé de la saison 2011/2012. Quel commentaire vous inspire ce succès?

Moussa Khairy : Tout d’abord, je vais commencer par remercier l’Eveil Hebdo pour l’engagement qu’il a envers le milieu sportif, sa contribution importante à mes yeux pour tirer le sport, le football en particulier vers le haut et ce, à travers l’information et l’investigation de la scène sportive. Pour revenir à votre question, je dirai que nous avons un sentiment de fierté du travail accompli, de satisfaction morale pour nous d’avoir obtenu au bout du compte le fruit de nos efforts.

Je pense que dans ce genre d’histoire, il n’y a pas de secret, seul le travail paye. Et nous, nous avons travaillé d’arrache-pied. Nous avons eu cette ambition de réussir cette année parce que c’était très très important pour nous. Vous n’êtes pas sans savoir ce qui s’est passé l’année dernière. Donc c’était capitale pour nous d’avoir cette année le championnat national et la coupe. Pour cette raison, nous avons travaillé, nous avons mobilisé nos jeunes, nous avons été gonflé à bloc.

Et par le travail, la conviction et l’engagement, nous avons réussi mais ce n’était pas évident. Au finish, nous avons terminé en apothéose, c’était la joie et la satisfaction morale.

Q : Serez-vous prêt à jouer la ligue des champions africains, une aventure que ne réussissent pas nos clubs ? Déjà l’USMA d’Alger est devant vous pour la coupe arabe.

MK : Pour ce qui est du plan international, nous sommes d’ores et déjà engagés, comme vous le savez, pour la coupe arabe qui ne nécessite pas beaucoup d’engagement financier de notre part. Ce qui signifie pour nous que cela peut être jouable. Pour ce qui est de la champion’s league, sous la CAF, nous sommes en discussion entre nous, au sein de notre bureau et avec la commune pour savoir si on peut s’engager ou pas.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’en Mauritanie, nous avons ce problème récurrent de moyens notamment financier pour s’engager sur deux fronts et en même temps espérer avoir une équipe conquérante à cet effet et pour le championnat prochain. Cela pose des problèmes mais nous allons faire la part des choses incessamment, dans les jours à venir. On sait que nous sommes d’emblée engagés pour la coupe arabe des clubs champions. Peut-être nous allons opter pour la CAF, parce que là c’est moins compliqué que la champion’s league, difficile tant sur le plan niveau, technique que financier.

Q : Ce qui veut dire que vous mettez un trait sur la ligue des champions?

MK : Certainement. A mon humble avis, je pense que ce n’est pas possible d’y aller sauf avis contraire du bureau, de la fédération … Vraiment, ce n’est pas probable. Nous, notre option, c’est la coupe arabe. Comme je l’ai dit tantôt, nous n’avons pas assez de moyens comme le commun des clubs africains. Les finances des clubs en Mauritanie sont ce qu’elles sont. Donc nous allons nous engager en fonction de nos capacités financières.

Q : Et la Mauritel, sponsor officiel du football en Mauritanie?

MK : La Mauritel, je sais d’ores et déjà pour avoir été très impliqué dans les négociations entre elle et nous fédération, qu’elle sponsorise le championnat, la coupe nationale et le football mauritanien en général. C’est peut-être une option, tout est ouvert. Mais on ne peut pas avoir l’assurance compte tenu de ce qu’elle fait déjà au niveau du football. Et je profite de l’occasion pour tirer le chapeau à Mauritel et remercier ses responsables. Je ne tarie pas d’éloges à leur endroit. Mais je sais que le sponsoring reste très mal compris en Mauritanie et l’engagement citoyen également.

Q : Vous estimez à combien l’engagement pour la ligue des champions?

MK : Ce sont des sommes très importantes que je ne peux pas chiffrer ici. Mais en tout cas, rien que le premier tour, ces montants peuvent avoisiner les 15 ou 16 millions d’ouguiyas, billets d’avion et restauration compris. Comprenez si vous passez en deuxième ou troisième tour. Cela devient très important. Et pour un club déjà désargenter, c’est difficile.

Q : De l’avis unanime des observateurs de la scène sportive, Moussa Khairy est un faiseur de roi. On se rappelle lors de l’élection de Mohamed Salem Boukhreiss, vous avez été l’artisan principal. Simple conviction ou secret personnel? Qu’en est-il exactement?

MK : Ecoutez, je n’irai pas jusqu’à avoir cette prétention de faiseur de roi mais je pense qu’effectivement pour ce qui est de l’élection de Mohamed Salem Ould Boukhreiss qui est un ami personnel, je me suis beaucoup investi. Cela peut-être est du avec mon arrivée récente sur la scène sportive nationale, j’avais cette euphorie du genre quand on débarque tout nouvellement. C’est vrai qu’il a été élu avec ma forte contribution mais c’est le fruit d’une conjugaison d’efforts et d’un contexte qui appartient dorénavant au passé.

Je n’ai pas de secret dans ce sens mais l’une des valeurs que je cultive, c’est l’engagement. Quand je m’engage quelque part, je ne fais pas dans la demi-mesure, je m’engage à fond. Je suis un fonceur, c’est peut-être l’une des explications que je pourrai fournir. J’aime l’engagement et la conviction pour une cause bien déterminée. C’est encore une fois le fruit de conjugaison d’efforts de beaucoup d’hommes et de femmes.

Moi, je n’aimerai pas avoir la prétention de faire quoique ce soit tout seul. Dans la vie, il y a la résultante d’une idée qui émane d’un individu. Mais toujours, sa prise en charge dépend d’un groupe. C’est vrai qu’on a toujours oublié les anonymes, le groupe qui prend en charge la réalisation d’une idée qu’elle soit sportive ou politique ou autre …C’est vrai qu’il y a un élément catalyseur, mais derrière, il y a le groupe. Et c’est à ce groupe qu’il faut rendre hommage.

Q : Votre parcours de dirigeants convaincu vous prédestine vers la tête de la FFRIM. Seriez-vous un jour prêt à briguer la présidence de cette institution?

MK : Ecoutez, moi je peux vous dire d’ores et déjà que mon engagement pour le sport n’est pas une affaire personnelle. C’est pour moi une contribution à la construction de l’édifice national mais aussi pour participer à occuper nos jeunes dans l’univers du professionnalisme. Ce qui me fait dire que oui. Quand je sens qu’il y a quelque chose à faire à la tête d’une fédération, d’un club, d’une entité, si je sens la justesse de la cause, je n’hésiterai pas à aller apporter ma pierre, ma partition ou le sacrifice qui est attendu de chacun de nous mauritaniens.

Nous avons tous le droit de participer à l’édification d’un Etat cohérent, apaisé et pour cela et pour tout ce qui est du bien de la Mauritanie, je n’hésiterai pas à aller au charbon s’il le faut et encore une fois si je suis convaincue de la justesse de la cause. J’irai sans hésitation que ce soit la fédération, le club ou une autre entité, le moment venu, je tirerai les conclusions qu’il faut.

Votre dernier mot?

MK : Mon dernier mot va surtout à la famille sportive, aux commissions compétentes de la fédération mauritanienne de football. Je ne cesserai pas de répéter que cette année, nous avons une mention spéciale pour la ligue nationale de football que je salue dans son ensemble avec à sa tête Pape Amghar Dieng. La CCA également qui a été globalement à la hauteur de nos attentes et tous ces hommes et femmes qui travaillent à la fédération dans l’anonymat complet, qu’on ne cite pas souvent.

Je reviens toujours vers le travail collégial et il faut toujours rendre à César ce qui appartient à César. Je félicite la fédération, son bureau fédéral, tous ses responsables pour le travail accompli et j’insiste là-dessus, qui est un travail d’un groupe d’individus, d’une équipe qui a fait qu’aujourd’hui, nous avons eu un championnat supérieur aux autres championnats. Les gens étaient vraiment à la hauteur, je salue donc tout le monde pour tout ce travail réalisé dans un esprit collectif et sportif.

Pour terminer, je ne cesserai pas de saluer la grande famille de Tevragh-Zeina, avec à sa tête la Maire qui déploie énormément d’efforts pour la réussite du sport et pour l’insertion des jeunes. De même que son conseil municipal, sans oublier les parents des joueurs qui nous ont aidés à mettre en place un dispositif de joueurs, qui comprennent dans un environnement hostile que la Mauritanie, comme on a tendance parfois à dire que le football est assimilé à la délinquance ou à la déperdition.

Nous en tout cas, du côté de Tevragh-Zeina, nous saluons les parents de nos joueurs. Nous leur disons que cette réussite leur est dédiée et que le travail a été une œuvre collective et l’ensemble de Tevragh-Zeina. Ces deux coupes que nous avons remportées ont démontré si besoin en était et comme l’a si bien dit un de vos confrères que le club de Tevragh-Zeina est sur le toit du football mauritanien. Modestement, c’est vrai et cela traduit l’effort de tous les joueurs, du staff technique, des encadreurs et tous ces anonymes que nous avons dans le sillage du club de Tevragh-Zeina.

Propos recueillis par Mountaga et Moulaye

Source : cridem

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