Interview du maire de Bababé

Abdoulaye Mamadou Bâ-maire de bababe-rimweb.net

« Si l’intérêt des populations, c’est de poursuivre ce qui a été fait, et bien qu’elles le poursuivent ! Si leur intérêt, c’est de faire mieux que ça, qu’elles fassent mieux que ça ! ».

Abdoulaye Mamadou Bâ est un jeune cadre Mauritanien qui a fait son entrée en politique à la faveur de la démocratisation en 1991. Ancien haut cadre de la défunte Société Mauritanienne de Commercialisation des Produits Pétroliers (SMCPP) devenu NAFTEC après la privatisation. Plus tard, il militera à l’UFD avant de rejoindre le PRDS en 1996 et deviendra DG de la puissante société ENER en 2003.

Il a dirigé aussi la SOMIR en 2007 avant de devenir ministre secrétaire général du gouvernement en 2008. Actuellement, il dirige la SMCP (société mauritanienne de commercialisation du poisson) et il a été élu maire de la commune de Bababé en 2006 sous l’étiquette indépendante.

Aujourd’hui, il est membre du conseil national de l’Union Pour la République (UPR). Il a accepté de nous accorder une interview pour revenir sur son bilan à la tête de la mairie de Bababé.

Le Terroir : monsieur le maire, le terroir est honoré aujourd’hui de vous interroger à Bababé. Depuis 5 ans vous êtes placé à la tête de la mairie de Bababé grâce à la confiance des populations de cette commune. Le mandant tire à sa fin. Quel bilan faites-vous à l’heure qu’il est ?

Abdoulaye Mamadou Bâ : je vous remercie d’abord de venir à Bababé pour vous enquérir de nos nouvelles et vous intéressez aux infrastructures communales. Je vous souhaite personnellement plein de succès dans l’entreprise que vous avez initiée qui est une entreprise noble. Comme vous le savez, j’ai toujours soutenu la presse indépendante et je souhaite simplement qu’elle puisse faire son travail dans les meilleures conditions. Vous avez une grande Responsabilités d’éducation, d’orientation et d’information de nos populations. Nous comptons sur votre objectivité, votre sérieux, votre rigueur à vous et à tous vos confrères pour que l’information soit traitée toujours de façon sérieuse et responsable.

Bon, ceci étant dit, alhamdoulillahi je remercie mes concitoyens de Bababé pour la confiance qu’ils ont placé en moi. Je m’efforce de faire ce que je peux pour mériter cette confiance. Je sais que les choses et les défis sont nombreux, les problèmes sont importants, les gens sont pressés et les préoccupations sont nombreuses et essentielles. Parceque , ce sont des préoccupations de survie, de santé publique, d’éducation, de développement. Ce sont donc des préoccupations essentielles. Je sais que nous avons une jeunesse impatiente, dynamique qui attend beaucoup. Nous essayons de faire ce que nous pouvons.

C’est vrai qu’il y’a donc tous les défis à relever mais Alhamdoulillahi, beaucoup de chose ont été faites durant ce mandant. Mais tout de suite, je m’en vais corriger ce que vous avez dit en indiquant que nous sommes à la tête de la mairie depuis cinq ans, en réalité nous y sommes depuis 7 ans, il y’a deux ans de plus, nous avons un mandat bonus (rires). Et c’est donc tant mieux si cette « prolongation » peut raffermir davantage la démocratie, et permettre à tous les fils de ce peuple d’aller vers des élections sereines, apaisées, consensuelles, transparentes et démocratiques !

Lorsqu’on est arrivé à la tête de la commune, nous avons hérité une situation un peu difficile. Il y’a eu des efforts qui ont été faits auparavant par les équipes précédentes mais je sais que compte tenu des moyens d’alors et la situation d’alors, les choses n’avaient pas beaucoup évoluées, en tout cas il y’avait beaucoup de choses urgentes. Nous nous sommes attelés tout de suite aux urgences et aux choses essentielles.

Il y’a eu d’abord l’hôtel de ville qui menaçait de tomber. Des fissures étaient visibles partout dans le bâtiment. Et nous l’ avons tout de suite réhabilité pour sauver le bâtiment et permettre aux services municipaux de fonctionner. J’ai fait appel aux services d’un cameraman de Bababé du nom de Laye DIA pour filmer les dégâts.

Il y’a aussi l’école 1 de Bababé où on a tous fait nos études, une école qui a formé l’essentiel des cadres de la ville. Une école qui a une valeur symbolique qui était dans un état de dégradation avancée. Il n’y avait ni portes, ni fenêtres, les sols des salles étaient complètement foutus, des fissures partout sur les bâtiments qui menaçaient de s’effondrer sur les enfants ! Dieu m’est témoins ! Nous avons rénové cette école, refait la maçonnerie, la menuiserie et la peinture,la cloture et la dalle ; je vous invite à y aller pour la visiter. En plus, nous avons équipé l’école en tables bancs car les éléves s’asseyaient par terre.

Idem pour l’école 3 de Bababé située vers la colline. Je rappelle que l’école 2 de Bababé est inscrite cette année dans le budget municipal pour être réhabilité.

A Dioudé Dièri, nous avons , en partenariat avec l’association Karamoko Alpha, une organisation sociale très dynamique, pu construire deux salles de classes. Nous y avons participé à hauteur de 1 million d’ouguiyas. Actuellement, nous avons initié avec l’ADP World Vision de Bababé, un ambitieux projet qui est presque achevé; Tout ce travail a été fait en équipe, le conseil municipal de Bababé s’est soudé comme un seul homme pour l’intérêt général derriere moi, les adjoints au maire et l’équipe municipale assurent la pérennité du service en mon absence. Si je n’avais pas la confiance des conseillers municipaux et de mes adjoints qui travaillent avec moi, je n’aurai pas pu le faire.

Vous savez comment les majorités ont été constituées et les choses sont extrêmement fragiles mais nous avons pu travailler dans le consensus. On n’a jamais procédé au vote, on s’est toujours entendu sur l’essentiel. Je veille toujours à la mise en œuvre scrupuleuse des investissements mis à la disposition de la commune. Je suis intransigeant et ferme la dessus.

Je profite de l’occasion pour remercier les ressortissants de Bababé qui sont à l’extérieur (en France, au Canada et aux USA , Belgique …) qui ont aidé la commune dans la réhabilitation de 4 salles de classes au niveau de l’école 1 de Bababé. En résumé par rapport aux écoles, nous avons, avec l’appui du Wali du Brakna, réussi à équiper toutes les écoles en tables bancs. J’affirme que toutes les écoles de Bababé disposent de tables bancs à l’heure actuelle ; alors qu’à notre arrivée à la mairie, il y’avait un déficit criant de tables bancs dans toutes nos écoles.

Je remercie au passage l’UNICEF pour son appui pour équiper les écoles et même le lycée ! Je remercie également les ressortissants de Fondé qui sont à l’extérieur qui ont construit une belle salle de classe que j’ai inauguré avec le défunt Hakem de Bababé.

Du point de vue de la santé, nous avions à Bababé un centre médical très délabré, il était devenu impraticable surtout en période d’hivernage. Nous avons introduit une requête avec un dossier à l’appui auprès du ministère de la santé pour une réhabilitation du centre. Le gouvernement a débloqué environ plus de 24 millions d’ouguiyas, ce qui a permis de rénover ce centre. Mieux, il est protégé par une clôture en dur.

Ses équipements médicaux entièrement renouvelés (literie, chaises dentaires). Il a été doté d’une ambulance neuve que nous avons receptionné aupres du ministere de la santé fin 2011. Toujours dans le même registre, nous avons pris en charge le personnel paramédical des cases de santé de Dioudé et de Fondé pour une période de quatre ans. Depuis le début de cette année le ministère de la santé nous a déchargé de la prise en charge de ce personnel.

Je profite de l’occasion pour remercier nos partenaires de Cesson qui nous aidé à équiper ces deux cases de santé et pour tout ce qu’ils ont fait pour la commune de Bababé. Nous pensons réaliser d’autres cases de santé à Darto Thioubalel et Matigoum qui sont des zones très enclavés pendant l’hivernage.

En partenariat avec l’ENER et le ministère de l’équipement et des transports, nous avons réalisé des ralentisseurs sur la voie qui ont réduit considérablement ou même enrayé ce danger. Je ne me souviens plus depuis la construction de » ces dos d’ânes » d’un accident au cœur de la ville, sur la chaussée.

A Dioudé Dandé Mayo, nous avons financé la clôture du périmètre rizicole du village. A Fondé, Wane Wane, Wouro Dialaw, Hothiéré Thioubalel, il y’avait un sérieux problème d’eau. Nous avons mobilisé des ressources propres à la mairie et confié le travail à un opérateur qui a achevé les travaux et réaliser des bornes fontaines implantées dans le village.

Dans le village de Abari, nous avions pensé au problème d’eau qui se pose sérieusement dans ce village. Mais les villageois ont opté pour qu’on vire la subvention au profit de leur mosquée. Ça été fait pour respecter leur choix.

Concernant le volet culturel et la Jeunesse, c’est une priorité pour nous car la jeunesse est l’avenir de demain. Je souhaite qu’elle soit une jeunesse engagé pour le développement d’une façon sincère et que ce ne soit pour des considérations partisanes. Il faut aller dans le sens de la responsabilité, du sérieux comme le font beaucoup de jeunes aujourd’hui à Boghé ou à Thilongne, partout où on voit des jeunes engager des projets, interpeller les élus, leur présenter des projets cohérent , sérieux et qui peuvent avoir des retombées pertinentes. C’est ça le rôle de la jeunesse. Ils doivent chercher à s’épanouir mais aussi à créer et à innover. Grâce à l’appui de nos partenaires européens et le PERICLES, nous avons pu réaliser un stade à Bababé , les travaux sont quasiment achevés et je vous invite à une visite du chantier .

Le Terroir : quel est le montant de ce financement ?

Abdoulaye Mamadou Bâ : disons 18 140 000 millions d’ouguiyas et notre a participation a atteint 4 millions , L’attribution s’est faite dans la transparence totale.

Nous avons aussi réalisé la maison des associations, une infrastructure réalisée sur fonds propres de la commune. Permettez-moi de saluer au passage l’entrepreneur Ali Sawa qui a été chargé de la réhabilitation de l’école 1, la Maison des Associations (érigée dans l’enceinte de l’école1) et d’autres ouvrages. D’ici peu, nous réceptionnerons l’ouvrage. Et je me suis engagé à équiper sur mes moyens personnels la maison des associations en outils informatique et la connection à l’internet pour permettre à tous les étudiants et chercheurs à en tirer profit. Car, une maison des associations est un cadre qui doit permettre aux associations, aux intellectuels de se retrouver. C’est pourquoi on l’a installé à proximité de la population .

Il y’a l’abattoir moderne qui est aussi réalisé avec l’aide de nos partenaires de PERICLES . Nos projets ne se limitent pas là. J’ai des financements PDU pour la construction d’une écoles et d’un marché, mais je ne sais même pas où je vais les mettre. Parce que nous n’avons pas d’espaces et malheureusement le plan de lotissement de Bababé n’a pas tenu compte du développement de la ville .

Je n’oublierai pas de rappeler que nous avons aussi réhabilité tous les puits de la commune après la soif qui s’est emparée des populations en 2011 lorsque le forage est tombé en panne’à la vielle de la fête de Tabaski. A l’époque, nous avons joué un rôle majeur dans la résolution de cette crise.

Le Terroir : vous n’avez pas de réserves foncières donc?

Abdoulaye Mamadou Bâ : Nous n’avons pas de réserves foncières. J’ai du acheter un terrain ici à Bababé pour le compte de la commune mais je l’ai acheté pour les jeunes. Au cas, ils voudraient y ériger une maison des jeunes ou autre chose. Bref, M. Diop, nos réalisations sont modestes certes et nous espérons qu’elles auront inchallah un impact positif et durable sur la vie des populations. Aucun segment de la société (les femmes, les jeunes, l’éducation, la santé, l’eau, l’agriculture, le commerce, la religion) n’a été oublié durant notre mandat. C’est certes peu mais très important pour les bénéficiaires.

Le Terroir : monsieur le maire vous exposé un bilan très important et très détaillé qui montre quoiqu’on dise qu’il y’a eu beaucoup de réalisations qui ont faites au grand bonheur des populations. Maintenant quel est votre dernier mot à l’endroit des populations et dites nous si vous comptez vous représentez pour un deuxième mandat ?

Abdoulaye Mamadou Bâ : je vous remercie une fois de plus. Le dernier mot, c’est de remercier les populations pour la confiance qu’elles ont placées en moi pendant ces longues années et la considération et l’appui qu’elles ont toujours apportées pour notre action. C’est un appel pour que les gens privilégient l’intérêt général. Il faut toujours privilégier l’intérêt général, car l’intérêt des populations vient avant toute chose. Je souhaite que tout le monde soit conscient de cela. Si l’intérêt des populations, c’est de poursuivre ce qui a été fait, et bien qu’elles le poursuivent !

Si leur intérêt, c’est de faire mieux que ça, qu’elles fassent mieux que ça ! Si leur intérêt, c’est davantage de vigueur de développement, je souhaite toujours que ce soit cet intérêt qui soit placé au dessus des intérêts partisans, particuliers ou personnels. La commune est une structure peut être politique mais elle est beaucoup plus sociale, locale. On peut ne pas être d’accord sur une philosophie politique mais rester d’accord sur ce qu’on partage au niveau local.

Il faut préserver ce qu’on a de plus cher, c’est notre unité, c’est notre entente, c’est notre cohésion. Car, c’est ce que j’ai l’habitude de dire, il y’a des choses qui font que nous ne pouvons pas nous séparer, nous avons énormément de choses en commun. Il y’a des liens sacrés, des liens chers de sang, de lait qu’il faut préserver.

L’autre chose que nous avons en commun, c’est nos mosquées, les écoles, les infrastructures de santé, l’eau, les cimetières, le marché. Personnellement, je m’inscris sur cette ligne et je continuerai sur cette voie là. Je me battrai pour ça. En direction de la jeunesse, je dis que les jeunes doivent apprendre, rechercher le savoir d’abord, les connaissances avant de rentrer ou de s’occuper de quoique ce soit. Ils doivent accepter un minimum de « stage ». Ils sont importants pour nous.

Nous avons , durant cette période , essayé de poursuivre ce que nos prédécesseurs ont fait. Feu Doudou Bâ, Boubou Sall et les autres. Ils ont fait ce qu’ils pouvaient faire et nous aussi nous poursuivrons leurs œuvres inchallah. Les femmes sont dynamiques, je les encourage car elles sont aujourd’hui le support des ménages. Pour le reste, je vous dis que ce qui m’importe c’est l’intérêt de Bababé.

Si on me dit aujourd’hui que l’intérêt de Bababé réside dans le soutien d’une autre personne, je le fais. Moi je ne suis demandeur de rien du tout. Seulement, il ne faut pas oublier que je suis un homme politique, je suis dans un parti politique et je reste derrière mon parti, je suis discipliné et je respecterai le choix de mon parti. Ce que mon parti choisira, je le suivrai. Je n’ai pas d’état d’âmes. Alhamdoulillahi, il y’a beaucoup de compétences et souhaitons que la meilleure option soit choisie.

En tout état de cause, que ce soit l’intérêt de Bababé, de ses populations et de son département et que ce ne soit pas fils de X ou de Y car cela importe peu pour les populations de Bababé. Ce qui importe pour les populations de Bababé, c’est de les aider à sortir des difficultés, c’est de venir les voir, de les écouter, c’est de passer le temps avec eux et de partager le peu qu’on a avec eux. Il ne faut pas être élu et oublier qu’on est élu par les gens.

Je finirai par ces mots et j’ai répété à plusieurs occasions « tout ce que Dieu me donne en responsabilités qui me sert tout seul ,que Dieu ne me l’accorde pas ; tout ce que Dieu me donne que je partage avec les populations, mes parents, que je partage avec le terroir, que Dieu me l’accorde».

Le Terroir : je vous remercie monsieur le maire.

AMB : c’est moi qui vous remercie monsieur Diop.

Propos recueillis par Daouda Abdoul Kader Diop
et transcrit par Habsatou Bâ (stagiaire)

Source : cridem

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