Interview exclusive avec l’avocat du peuple : « Aujourd’hui Aziz semble être le problème même de la Mauritanie »

cisse_housseynou_jeunesse_0Incontestable avocat du peuple, fervent défenseur des Droits de l’homme, politicologue et incompréhensible homme de plume, Cissé Housseynou Biramanous livre ses impressions sur la situation du pays et la gestion du présidentAziz. Sans détour, il a voulu répondre à nos questions.

Opinion : Nous sommes très honorés du choix porté sur votre rédaction. Ceci étant dit, quelle lecture faites-vous de la situation actuelle du pays avec le dialogue qui se profite a l’horizon ?

L’avocat du peuple : La Mauritanie connait l’une des plus sombres pages de son histoire. Pour tous les analystes avertis, le président Aziz se cherche et peine vraiment à concrétiser les mille promesses de la Mauritanie nouvelle avec lesquelles il légitimait sa prise de pouvoir par la force ou le coup d’état contre la démocratie sous prétexte d’un mouvement rectificatif.

Le président des pauvres, de la jeunesse, du changement constructif, de la lutte contre la gabegie et aujourd’hui le président du dialogue est devenu le président de la déception et l’artisan de la Mauritanie renouvelée avec amplification des tares du défunt régime de Taya.

L’école militaire créée pour une idéologie de domination, la discrimination des négro-Mauritaniens, les emprisonnements des journalistes et des peines en cascade contre les militants des droits de l’homme, la répression, l’enrichissement insolant de ses parents et collaborateurs, les limogés d’hier pour faute grave qui reviennent aux affaires, le forcing pour une modification constitutionnelle dont nous connaissons tous les motivations, les scandales exponentiels, le chômage, la cherté de la vie, la faiblesse de notre diplomatie, les relations complexes avec nos cousins et amis, le mépris du monde arabe envers notre pays qui pourtant se veut arabe à tout prix et je m’arrête là, en disent long sur le régime du président Aziz. La vérité connue est le président Aziz semble être le problème même de la Mauritanie.

Opinion : Et le dialogue dans tout ça ?

L’avocat du peuple : En réalité ce n’est pas une omission de ma part. Cette partie de votre question est très claire. Je ne voulais pas avoir à redire ce que j’ai répété une centaine de fois. Mais, comme vous y tenez, laissez-moi vous redire qu’on nous emmerde avec ce dialogue. La priorité est ailleurs. Qu’il termine son mandat de la plus belle manière.

Il doit plutôt dialoguer avec sa propre majorité. Ironie de l’histoire, la clef pour déverrouiller notre constitution est la fameuse question de la suppression du sénat. Vous savez mieux que moi que cela a créée une guerre rangée entre les membres de la mouvance présidentielle.

Le reste n’est pas un secret d’état. On a dialogué plusieurs fois pour les résultats que nous connaissons tous. L’opposition de position n’est motivée que par la prise du pouvoir alors que le président Aziz et ses hommes ne veulent pas quitter.

C’est un combat légitime pour Aziz et une idiotie pour l’opposition qui malgré les multiples coups est toujours bête au point d’en recevoir aussi. En fin de compte c’est toujours le pauvre peuple qui perdra et sera encore victime des multiples complots et des ententes individualistes ou mesquines.

Opinion : En vous écoutant, on a du mal à vous cadrer dans un camp. Vous êtes du camp du pouvoir ou de celui de l’opposition ?

L’avocat du peuple :
J’ai vraiment envie de rire. Je n’appartiens à aucun de ces camps. Je n’ai jamais appartenu d’ailleurs à aucun de ces groupuscules. Je suis du camp du peuple. Il m’arrive d’être en phase comme en déphasage aussi bien avec l’opposition que le pouvoir. On doit arrêter de voir les choses en termes de camp.

La Mauritanie est l’un des rares pays où les hommes doivent faire le choix d’un camp et partager bêtement et sans aucune conviction les conneries du groupe en fermant les yeux sur tout ou en essayant de défendre l’indéfendable. De part mon éducation et ma religion je ne dois obéir qu’à ma conscience d’homme libre et les préceptes de ma foi.

Opinion : Certains disent que si vous vous prenez au régime du président Aziz parce que vous peinez à trouver votre place dans l’étalage malgré que vous soyez l’un de ses premiers soutiens, l’un des artisans de sa venue à l’université de Nouakchott, l’un des acteurs de ses campagnes et enfin membre du comité ayant créé le haut conseil de la jeunesse. Que répondez-vous ?

L’avocat du peuple :
j’ai toujours fait ce que me dicte ma conscience. En 2009, comme bon nombre de Mauritaniens j’ai cru au discours rassembleur du président Aziz pour une Mauritanie nouvelle. Je me souviens en répondant à son invitation je lui avais dit que je pactisais pour une Mauritanie Nouvelle et non renouvelée.

Je lui avais dit aussi que je serai le fameux conseiller qui dira la vérité et rien que la vérité qu’il neige ou chauffe. Je suis resté dans cette logique. Je dis toujours ce que je pense parce que je ne m’attends à rien. J’ai effectivement participé à la création des statuts et règlements du haut conseil de la jeunesse. Je l’ai fait en patriote, bénévolement et dans l’objectif de servir ce pays qui m’a tout donné. Si vraiment c’est à refaire je suis partant pour mon pays.

Ceci ne signifie nullement que je roule pour un tel ou un tel. Pour les élections législatives et municipales passées j’ai soutenu le candidat du parti El Wiam parce que je jugeais que c’était le choix à faire malgré que je ne partage point les opinions et discours de Bodiel.

L’opinion : Quel sentiment avez-vous aujourd’hui de voir que tous vos amis du comité préparatoire du haut conseil soit nommés à des postes de responsabilité à l’exception des deux seuls négro-Mauritaniens du groupe?

L’avocat du peuple : J’aurai aimé comment je vois le haut conseil ? Mais pour vous répondre, c’est vrai que toutes les nominations sont d’une seule ethnie. Mais, j’aurai aimé y voir la sœur Oumou Kane qui fait un travail remarquable avec son ONG malgré ses faibles moyens. Par honnêteté, je crois parmi les 14 ayant travaillé sur la création du haut conseil il y’a deux personnes parmi les cousins qui ne sont pas nommés.

Pour mon cas, je me dis que la liberté de penser et de dire ne va pas de paire avec la conception actuelle du pouvoir. Je suis trop rebelle pour servir un homme ou un clan (rire). Encore une fois, c’était pour servir mon pays. Mission terminée, j’ai repris mes affaires hors du pays.

Opinion : Que pensez-vous du haut conseil de la jeunesse ?

Avocat du peuple : par honnêteté je dois reconnaître que c’est vraiment une catastrophe. Et une fois encore on s’est fait piégé par le président Aziz. La visée est politique et le recrutement des membres s’est opéré dans un total mépris. Des membres nommés, selon le pouvoir politique d’un ministre, d’un homme influent ou parce que c’est le fils de tel.

La majorité des 14 jeunes du haut conseil n’ont aucune expérience. Je crois qu’on cherchait à caser des soutiens politiques et c’est fait. Regrettable de le dire, mais la vérité doit être connue de tous. Je crois aujourd’hui j’ai eu raison d’avoir émis des réserves sur l’idiotie d’un conseil dont les membres sont nommés et non élus par des collèges de jeunes. Le haut conseil est à l’image du gouvernement.

Opinion : Mais vous avez travaillé pour sa création ?

Je comprends le sens de votre question. Mais dois-je caution le détournement sauvage et chauvin des lignes pour la simple raison que j’ai participé à la création ? En réalité le Haut conseil actuel est très loin de ma copie. Le comité de sélections, les engagements du président Aziz, la guerre après notre rapport, etc. rien que de ma mesquinerie. Je ne peux caution un échec par orgueil ou pour obtenir des faveurs. Notre pays mérite plus que les hommes actuels.

Opinion : Aziz avait-il promis des postes à tout le groupe pendant votre dernière rencontre au palais ?

Excusez-moi, je crois que les promesses du président Aziz ne doivent pas faire l’objet d’aucun débat. Le débat était privé donc tenez-vous à ce que vous en savez. (Rire). Par respect, je peux vous dire que j’ai rencontré le président Aziz et ses plus proches collaborateurs et je crois avoir toujours posé les urgences pour le pays et défendu l’idée d’une Mauritanie de justice et d’égalité où tous les fils du pays se sentiront Mauritaniens.

Les promesses de politiciens n’engagent que ceux qui sont bêtes au point d’y croire. Servir mon pays est un droit et je crois en avoir la compétence. Je connais des milliers de personnes sans aucune compétence et d’une médiocrité absolue dans tous les secteurs de l’état.

Opinion : Aujourd’hui vous êtes dans une logique de vous opposer à toute révision constitutionnelle alors qu’hier vous défendiez un troisième mandat pour le président ?

L’avocat du peuple : oui j’ai eu à consacrer l’une de mes lignes rouges à une éventuelle possibilité de troisième mandat du président Aziz Je crois que le titre était si je vous disais que le président Aziz peut avoir un autre mandat ? Il y a de cela deux bonnes années. je n’étais pas dans une logique de justifier ou d’encourager une révision constitutionnelle, au contraire je préparais le peuple à cette possibilité que risquait d’exploiter le régime en place. Aujourd’hui l’histoire me donne raison.

On s’achemine vers une révision constitutionnelle avec la complicité de l’opposition. Donc en analyste et visionnaire je voyais les choses venir. J’ai tenté d’alerter le peuple à temps pour qu’il agisse en conséquence.

Opinion : En tant que juriste que pensez-vous de l’emprisonnement des membres du Mouvement IRA ?

Vous savez la culpabilité ne se présume pas. Elle se prouve. Il ne doit pas y avoir l’ombre d’un doute. C’est pourquoi le doute profite a l’accusé. Mieux vaut avoir un coupable en liberté qu’un innocent en prison. Il y a aussi le fait que le juge ne doit être que la bouche qui prononce les paroles de la loi et il doit obéir qu’à son ultime conviction.

Malheureusement nous sentons une main mise des hommes politiques sur la justice. Espérons que la cour suprême dira le droit. J’encourage la lutte contre l’esclavage et demande au président Aziz d’en faire autant. C’est la Mauritanie qui en sortira gagnante.

Opinion : Quel bilan faites-vous du régime d’Aziz ?

L’avocat du peuple : Comme j’ai eu à le dire, le bilan est triste et mitigé. Pour les réalisations, on l’encourage. Sur un autre tableau, il peine à tenir ses engagements. Nous vivons toujours dans cette Mauritanie raciste, esclavagiste, ségrégationniste, gabegiste et de tâtonnement. La compétence est dominée par la politique et la subordination.

Opinion : Le Président Aziz a-t-il tenu sa promesse envers la famille du défunt journaliste Cheikh Oumar Ndiaye ?

L’avocat du peuple : il est vrai que feu Cheikh Oumar était plus qu’un frère, plus qu’un ami et plus que l’homonyme de mon fils, mais je ne crois pas représenter la famille et je suis très mal placé pour répondre à cette question. Je renouvelle mes prières aussi bien pour Me Ndiaye que pour ses compagnons d’infortune feu Ahmed et Feu Taléb.

Qu’ils reposent au paradis. Le départ tragique qui avait suscité un élan national doit être le symbole et le paradigme d’unité, de justice et d’égalité. Pour l’avoir approché, je ne doute nullement de cette volonté, mais il doit se donner les moyens de la concrétiser.

Opinion : Votre dernier mot ?

L’avocat du peuple : A vous un grand Merci. J’encourage l’opposition à sortir de son cercle vicieux fait uniquement d’idioties et calculs de politiciens sans aucun intérêt pour le peuple. je suggère au président Aziz de se tenir loin de toute paranoïa du pouvoir. Je demande au peuple d’œuvrer ensemble pour les grandes victoires contre toute injustice et pour une Mauritanie Nouvelle.

Source : L’Opinion

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