INTERVIEW: Hamma Ag Sid’ Ahmed, porte-parole du Conseil Transitoire de l’Etat de l’ Azawad (CTEA) au Temps d’Algérie


«Certains membres du MUJAO ont des biens immobiliers dans le Sud algérien»

HAMA AG SID AHMED porte-parole du Conseil Transitoire de l’Azawad ( CTEA)

Le porte-parole du Conseil Transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA), Hamma Ag Sid’Ahmed, évoque, dans cet entretien accordé à notre journal, les perspectives de dialogue pour le règlement de la crise au nord du Mali, la menace exprimée par le MUJAO d’exécuter un des diplomates algériens pris en otages et le rôle de l’Algérie dans la recherche d’une solution pacifique. Il évoque également les dangers qu’engendrerait une intervention militaire étrangère au Sahel.

Le Temps d’Algérie : Que devient sur le terrain et militairement le Mouvement national de libération de l’azawad (MNLA), au nord du Mali, après les affrontements qui l’ont opposé au MUJAO?
Hamma Ag Sid’ Ahmed : Depuis près de trois semaines, les officiers et cadres militaires du Mouvement qui composent l’état-major sont en discussions restreintes pour corriger les erreurs passées et  la mise  en œuvre de la meilleure stratégie opérationnelle sur le terrain. Il y a en ce moment  le regroupement de tous les hommes de rang et des chefs des groupes opérationnels. Des divergences seront dépassées pour mieux répondre aux exigences et aux réalités du territoire.

Les terroristes du MUJAO menacent d’exécuter un des quatre diplomates algériens si l’Algérie ne libère pas les 3 terroristes de l’AQMI arrêtés à Berriane, dans la wilaya de Ghardaïa. Qu’en pensez-vous?
Je ne pense que ce groupe terroriste mettra à exécution sa menace. Ils savent qu’il n’y aura pas élargissement de ceux qui ont été arrêtés à Berriane par les services de sécurité algériens. Ils savent mieux que quiconque que s’ils mettaient à exécution leur menace, cela changerait radicalement la position politique  algérienne dans la région.

Il ne faut pas perdre de vue que  les  militaires algériens auront du mal à contenir  leur colère  si une poignée de 70 trafiquants qui sont  près de la frontière  et dont certains ont des biens immobiliers  dans le Sud algérien  dictent à Alger la conduite à tenir. C’est un pari que certains membres influents du MUJAO n’aimeraient pas prendre.  Par ailleurs, il faut retenir que ces groupes  agissent souvent sans tenir compte des conséquences immédiates de leurs actes.

Vous avez annoncé dans un précédent entretien accordé à notre journal l’arrivée prochaine d’une délégation du MNLA en Algérie. La délégation est-elle venue ?
Effectivement, nous avons parlé de l’arrivée d’une délégation du Mouvement en Algérie. Des contacts sont pris et on pourrait même dire qu’il y avait eu une rencontre informelle. Les responsables  du mouvement depuis quelques semaines lors d’une importante réunion ont fait part de la nécessité d’organiser une rencontre avec les officiels algériens pour évoquer avec ces derniers tous les sujets, y compris ceux qui fâchent.

D’autres contacts plus concrets sont au rendez-vous. La venue d’une délégation du Mouvement à Alger, même si elle ne se fera pas en fanfare, est prévue et elle s’organise dans les toutes prochaines semaines. Alger est une autre pièce de la solution de la crise au Sahel.

Où en est le dialogue qui se déroule sous l’égide du Burkina Faso pour trouver une solution pacifique à la situation au nord du Mali ?
Nous n’en sommes pas encore aux propositions de solution de sortie de crise. Il y a des concertations, une écoute réciproque. Des échanges d’information sur la situation présente. Cela n’a pas empêché le MNLA  de réfléchir aux futures négociations et d’aiguiser ses arguments.

Pour parler concrètement du début de la sortie de crise, il faut qu’il y ait réellement une médiation concertée. Il faut que tous les acteurs impliqués dans le conflit mettent en place une stratégie commune de médiation et un agenda commun par rapport à la gestion de ce conflit.  Il faut aller très vite.

L’Algérie prône une solution pacifique et rejette une intervention militaire étrangère au nord du Mali. Partagez-vous ce choix?
C’est un choix qui tient compte des réalités de la région, un choix que nous partageons. Il est vrai que la solution politique de l’Azawad  se complique par la présence de groupes terroristes qui gagnent chaque jour du terrain. Alger qui voit chaque jour grossir à ses frontières une vraie menace pour sa sécurité nationale et l’Occident qui voit une menace directe pour sa sécurité nationale et celle de ses ressortissants prendre corps dans la région ne resteront pas dans l’expectative.

Pour dire que si les acteurs impliqués dans le conflit au niveau régional et extra-régional n’apportent pas de propositions de sortie de crise dans un proche avenir, puisque le MNLA ne cesse pas de manifester sa volonté,

son souhait  d’entamer des négociations avec des acteurs légitimes de Bamako avec la médiation internationale,  alors il y aura un pourrissement plus important qui donnerait une opportunité et  des arguments  à ceux qui prônent une intervention militaire pour rétablir la sécurité et lutter contre les groupes terroristes. Alors, c’est toute la région qui risque de sombrer dans le chaos.

Entretien réalisé par Mounir Abi


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