INTERVIEW: Kane Hamidou Baba

Kane BABA-Meeting RIM
‘Qu’on le veuille ou non, la mise en œuvre effective des résultats du dialogue national signera la mort du Parti-Etat’

Le Calame: Que peut apporter de nouveau, le pôle politique qu’AP et CAP viennent de mettre en place dans une scène politique marquée par une profonde crise de confiance et de méfiance entre les acteurs politiques ?

Hamidou Baba Kane : Votre question suggère la réponse : c’est justement parce que la scène politique – comme vous le constatez vous-même – « est marquée par une profonde crise de confiance entre les acteurs politiques », que le Pôle politique AP/CAP répond à une triple nécessité, dont la volonté de décrisper la scène politique.

Premièrement, le Pôle AP/CAP partage l’expérience du dialogue national (sept-oct 2011) et reste fondamentalement attaché à la mise en œuvre intégrale des résultats de ce dialogue. Deuxièmement, cette plate-forme de partis politiques demeure le socle de l’Initiative Messaoud dont l’objectif majeur est de trouver les voies et moyens pour organiser des élections libres, transparentes, sincères et consensuelles.

Cela passe par le dialogue politique, inclusif entre tous les acteurs et nous travaillons ardemment à cette fin. Enfin, il ne vous échappe pas que le Pôle AP/CAP est un acteur politique à part entière, qui n’entend pas tenir la chandelle entre des belligérants, mais constitue une force de propositions et d’action qui tente de rassembler une majorité de mauritaniens autour de ses ambitions pour le pays.

-En plus du meeting du 23 juin, quelles autres actions l’Alliance va entreprendre pour convaincre le pouvoir et la COD de la nécessité, pour ne pas dire de l’urgence de s’asseoir autour d’une table de négociations ?

Le Pôle AP/CAP a clairement défini ses objectifs. Un plan d’action sera rapidement mis en œuvre. Mais je voudrais quand même préciser pour éviter toute confusion, que c’est le Rassemblement Initiative Messaoud (RIM), regroupant, au-delà du Pôle, la société civile, qui a mandat de convaincre le Pouvoir et la COD sur l’urgence du dialogue. Naturellement, notre soutien agissant ne fera pas défaut.

- A l’issue du dialogue national entre le pouvoir et une partie de l’opposition, des avancées significatives ont été obtenues notamment la proportionnelle qui permettra l’élection de 80 députés, la fin du nomadisme politique et des indépendants. Pensez-vous que l’opposition a tout intérêt à s’engouffrer dans cette brèche qui désavantage d’abord le parti au pouvoir ?

Qu’on le veuille ou non, la mise en œuvre effective des résultats du dialogue national signera « la mort du Parti-Etat » ! En faisant une brève rétrospective, on se rend compte, bien sûr, de l’impact du mode de scrutin sur toute élection. Tenez, aux élections législatives de 1996, où le scrutin majoritaire était intégralement appliqué, l’opposition n’avait, à peine, remporté qu’un seul siège sur 79 députés.

Aux législatives de 2001, où une faible dose de proportionnelle avait été introduite, l’opposition avait gagné 11 sièges sur 81. Et, ce n’était pas rien ! Le consensus obtenu lors du dialogue national fait que 66% des députés viendront de la proportionnelle. On dit bien souvent que la proportionnelle assure plus d’équité, tandis que le scrutin majoritaire offre plus de stabilité.

Inévitablement, la prochaine Assemblée Nationale connaîtra un paysage politique plus diversifié avec un nombre de partis représentés plus élevés par rapport à la législature actuelle. Nul doute que l’opposition trouvera nécessairement sa place. De plus, il me paraît évident, que toute majorité parlementaire sera plurielle ; et cela appellera, à son tour, une nouvelle culture de gouvernance partagée.

Le pouvoir n’est-il pas allé loin en acceptant ces concessions et de ce fait ne montre aucun empressement à aller aux élections ?

Il ne fait guère de doute que certains segments du Pouvoir étaient extrêmement réticents à accepter ces concessions. Mais, à l’époque, la ligne de clivage ne passait pas entre Majorité et certains partis de l’opposition, mais plutôt entre forces de progrès et les conservateurs. D’autres facteurs ont bien sûr contribué à l’obtention de ces acquis. L’histoire dira sa part de vérité !

En tout état de cause, pour cette raison et pour d’autres, le Pouvoir fait semblant de vouloir aller aux élections, tout en freinant des quatre fers les consultations électorales, dont il cherche encore par quel bout les maîtriser, voire les manipuler. La CENI pourrait être piégée par le Pouvoir, mais nous resterons vigilants !

En cas de refus des uns et des autres, irez-vous quand même aux élections d’octobre tel que le clame le président Boydiel ?

Franchement, pour nous la question est de savoir si les conditions d’une élection crédible et consensuelle sont réunies et l’heure est à travailler à cela. Il y a d’abord un problème politique à régler et ensuite des questions techniques, dont le calendrier. Naturellement, si ces obstacles sont levés, il faudra aller le plus rapidement possible aux élections. Le cas échéant, nous apprécierons et nous prendrons officiellement, publiquement une position.

Vous avez dit qu’en boycottant les futures élections, l’opposition fera la même erreur qu’en 1992 alors que le contexte a changé. Croyez-vous que le pouvoir prendra le risque d’aller aux élections sans la COD ?

Comme je vous l’ai dit tantôt, il n’est pas sûr que le pouvoir soit plus pressé que la COD d’aller aux élections et en tout cas la responsabilité du report incombe essentiellement au Pouvoir. Il a donc l’obligation de rassurer tous les acteurs, la COD comprise. Par des actes concrets et des signaux clairs pour tous. Quant aux propos que vous me prêtez, il faut les replacer dans leur contexte. En tout cas, mon vœu le plus ardent est que toutes les formations politiques qui le souhaitent, puissent participer dans la transparence et l’équité aux prochaines élections.

Pensez-vous que la CENI pourrait réussir ce challenge et organiser le scrutin à cette date, alors que l’enrôlement n’est pas achevé et que le RAVEL n’a pas démarré ?

Clairement, j’ai beaucoup de motifs d’inquiétude. L’enrôlement continue de diviser, la mise en œuvre du RAVEL est sans cesse différée, les cartes d’identité sont coûteuses pour des populations démunies et faiblement retirées. Le plus grave est ailleurs : il réside dans le fait que la CENI ne dispose pas encore d’un budget pour organiser ces élections.

Il y a une forme de gestion par le Gouvernement -dans la clandestinité- de ressources financières indispensables à l’organisation de ces élections. Le Parlement est volontairement tenu dans l’ignorance des ressources allouées à la CENI. Or, ceci relève fondamentalement de ses prérogatives constitutionnelles. On est dans l’exception illégale !

Propos recueillis par Daly Lam

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

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