Interview / Moussa Hamed, directeur de publication de Biladi : « Si le pouvoir continue dans son entreprise de sape, j’estime que la presse écrite finira par disparaitre»

Moussa Hamed, directeur de publication de Bilad

Cridem : Certains professionnels de l’information tirent sur la sonnette d’alarme pour dire que la presse écrite privée risque de disparaitre. Faut-il les croire?

Moussa Hamed (MH) : La presse écrite privée mauritanienne se trouve aujourd’hui dans une situation extrêmement précaire. Le taux d’analphabétisme trop élevé en Mauritanie, l’inexistence d’une tradition de lecture dans le pays, y sont pour quelque chose. 

D’autre part cette presse souffre de ce qu’on peut appeler un « péché originel », dans la mesure où à sa naissance au début des années 90, le pouvoir a cherché à l’époque à la discréditer et depuis tous les régimes qui se sont succédés à la tête du pays continuent d’essayer de la discréditer de telle manière qu’elle s’est retrouvée aujourd’hui confrontée à une situation où il y a très peu de journaux qui arrive à se maintenir grâce surtout à des efforts personnels. 

Donc je crois qu’il y a un véritable problème que rencontre la presse écrite privée qui tient un rôle d’éditorialiste, d’analyse, et à laquelle on ne peut substituer les sites d’information.

Cridem : Y-at-il des pistes à explorer pour aider la presse écrite privée à remonter la pente?

MH : Moi je crois que le gouvernement doit au lieu d’essayer de discréditer la presse, au lieu de donner des avantages à des gens qui sont étrangers à la profession, devrait plutôt penser à aider à l’émergence d’une véritable presse quitte à ce que la majorité des publications soit de son côté. Il y a vraiment urgence…Il faut qu’il y ait une action publique pour sauver la presse écrite privée. S’il n’y a pas cette intervention publique, si le pouvoir continue dans son entreprise de sape, j’estime que la presse écrite privée finira par disparaitre.

Cridem : Le Regroupement de la presse mauritanienne (RPM) dont vous faites partie a-t-il attiré l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité d’agir enfin d’aider la presse écrite privée à remonter la pente ?

MH : On n’est pas en présence de véritables institutions de presse mais d’affaires personnelles, parfois des idées, des rêves, mais jamais de véritables entreprises de presse. Il n’y a vraiment pas d’associations fortes de presse dans la mesure où il n’y pas de répondant du côté du gouvernement. La majorité des publications qui paraissent et qui ont au moins des structures plus ou moins opérationnelles se trouvent dans le Regroupement de la presse de Mauritanie qui, l’année dernière, n’a même pas été associée à la commission chargée de la répartition de l’aide publique à la presse privée.

Propos recueillis par SC

Source : Cridem

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