Interview (presque) imaginaire avec le président de la République: «Les bains de foule me donnent la chair de poule»

Aziz - lecalame

Le Calame : Bonjour, monsieur le Président. Commençons par une question d’actualité, avec ce qui vient de se passer en Égypte. Cela ne vous rappelle-t-il pas la Mauritanie en 2008 ?

Mohamed Ould Abdel Aziz : Cela n’a rien à voir avec nous, puisque, tout simplement, la Mauritanie n’est pas l’Egypte. Je ne suis pas islamiste et je n’ai pas battu le candidat des militaires.

– Mais, dans les deux cas, l’Armée a renversé un régime démocratiquement élu…

– Démocratique, démocratiquement, ça veut dire quoi ? Sans l’Armée, Maaouya ne serait pas parti et Sidi n’allait pas être élu. Elle ne pouvait donc rester très loin, de crainte que les civils ne fassent des bêtises.

– Ne craignez-vous pas que le général Ghazouani pense à devenir Al Sissi ?

– Al quoi ?

– Al Sissi, le général chef d’état-major égyptien qui a renversé Morsi…

– Ould Ghazouani n’est pas Al Sissi, même si, j’en suis persuadé, l’envie le prend, parfois, de devenir calife à la place du calife… mais je lui réserve un autre destin. Il sera mon Medvedev. (Hi !)

– Cela veut dire qu’en 2019, vous allez le faire élire, pour pouvoir revenir après ?

– Le pays est trop fragile. Ce serait un crime de le laisser entre les mains d’incapables. Seule l’Armée peut le diriger, du moins pour les cinquante prochaines années.

– Pourquoi ?

Parce qu’on voit où l’ont mené les civils.

– Et si un civil vous battait, en 2014 ?

– Personne ne peut me battre. Vous n’avez donc pas vu les images de mes dernières visites à Nouadhibou et au Trarza ? Ah, combien le peuple m’aime ! Les bains de foule me donnent la chair de poule et je me dis qu’avec tous ces gens qui m’accueillent et applaudissent, chaque fois que j’ouvre la bouche, parfois sans écouter même ce que je dis, oui, je suis imbattable.

– Pourtant ce sont les mêmes qui accueillaient Maaouya…

– Ce n’est pas la même chose. Les gens accueillaient Maaouya, parce qu’il était généreux, et moi, parce qu’ils sont convaincus de ce que je fais pour eux. La force de la conviction est plus forte que tout et, moi, j’ai toujours été convaincu de mon destin national.

– L’opposition continue à entretenir le doute sur votre état de santé… (Il coupe la phrase). Mon état de santé ! Vous voyez un malade effectuer ces tournées dans le pays ?

Je me porte bien, Al hamdou lillahi, et je remercie tous les jours Allah d’avoir mis, sur mon chemin, un lieutenant qui tirait si mal, sinon, je ne serais pas là pour répondre à vos questions qui commencent, d’ailleurs, à m’emm…

– Mais monsieur le Président, nous devons évoquer tous les sujets pour éclairer l’opinion publique !

– Il n’y a pas d’opinion publique dans ce pays. Seulement des gens qui applaudissent le Président en exercice et ses tombeurs, une fois renversé.

– Venons-en aux élections. Pensez-vous qu’elles seront organisées en octobre prochain ?

– C’est le cadet de mes soucis. Je vois la CENI se démener et la COD crier, sur tous les toits, qu’elle n’y prendra pas part. Moi, j’ai ma majorité au parlement, un bataillon de députés et sénateurs à ma botte, euh, je veux dire, à ma solde, enfin, bref, à qui je fais avaler ce que je veux.

– Si elles ne sont pas organisées en octobre, est-il envisageable de les coupler avec la présidentielle de l’année prochaine ?

– Moi, ce qui m’intéresse, c’est la présidentielle pour assurer ma réélection. Les parlementaires peuvent rester dix ans de plus, si ça leur chante.

– L’opposition met également en doute, preuves à l’appui, votre combat contre la gabegie. Qu’en pensez-vous ?

– Tout le monde connaît ce que j’ai fait aux gabegistes. Je les relève de leurs fonctions et, une fois punis, je les ramène. Hé, j’ai quand même besoin d’eux, pour les prochaines élections ! Quand aux accusations relatives à l’enrichissement de certains de mes proches, c’est du n’importe quoi. J’essaie, plutôt, d’en appauvrir certains. Suivez mon regard. Et puis, si quelqu’un tombe sur un filon, grâce à moi, c’est tout bénef pour lui. La roue de la fortune tourne.

– Certains accusent la Banque centrale de vous être complètement inféodée et de n’être désormais utilisée que pour régler les comptes aux insoumis….

– La BCM est pour moi, comme d’ailleurs tout le pays. Qui a rempli ses caisses d’ouguiyas et de devises ? Qui lui a ordonné de régler son compte à la GBM ? Qui a mis Ould Raïss à sa tête ? Qui lui ordonne de faire ses transferts à l’étranger ? Arrêtez-moi ce cinéma ! Qui se souvient encore des gouverneurs de la banque du temps de Maaouya et de ce qu’ils ont fait comme bêtises ? Je suis sûr qu’une fois parti, tout ceci passera par pertes et profits, comme beaucoup d’autres choses.

– Le plus grave, c’est qu’elle a délivré des agréments bancaires à la pelle, dans un pays où le taux de bancarisation est très faible. Etes-vous conscient du danger que cela représente pour l’économie ?

– Je vais vous dire un secret : la loi bancaire n’est pas appliquée dans ce pays. Sinon, il serait impossible de trouver un directeur de banque jamais condamné pour faillite. Une banque sans capital libéré. Des dirigeants qui détiennent plus de 80% des actions de leur banque. Laissez-moi tranquille, sinon je vais dire des choses beaucoup plus graves.

– Nous sommes toute ouïe…

Rendez-vous l’année prochaine. Mais, attention, venez-juste avant la campagne électorale pour la présidentielle. J’aurai beaucoup de choses à dire.

– Merci, monsieur le Président, d’avoir choisi Le Calame pour cet interview exclusif.

– De rien, de rien, mon brave. Je vous aime bien et, tiens, je vais vous faire une confidence : je vous lis, chaque semaine… en cachette…

Propos (presque) recueillis par AOC

Source : Le Calame (Mauritanie)

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