Inteview : Boydiel Ould Houmeïd, président du parti El Wiam :


BOIDIEL1Si la COD ne veut pas participer, les élections auront quand même lieu’

Le Calame : Vous ne doutez point de la tenue des élections dont la date a été annoncée par la CENI ?

Boydiel Ould Houmeïd : Oui, les élections vont se tenir, nous n’en doutons pas. Nous nous sommes réunis en cette perspective, avec le comité de suivi, c’est-à-dire les douze membres – six de chaque côté – et la CENI nous a présenté son travail et un chronogramme. Un ouvrage remarquable. Tout le monde, je crois bien, a été agréablement surpris par cette présentation et, forts de cela, nous estimons que la CENI va achever son œuvre d’ici septembre-octobre.

- Presque toute la classe politique a été prise de cours par la date fixée par la CENI. El Wiam, non ?

- Fixée, non, parce que c’est par décret que la date de convocation du collège électoral est fixée. La CENI ne définit que les modalités. Je vous signale que la commission a contacté tous ceux qui sont intéressés par le processus, notamment certains partis de l’opposition, et cet organe est même disposé à se déplacer aux sièges des différents partis, pour prendre leur point de vue. Il a certainement discuté avec le pouvoir, avant de prendre la décision dont il est seul responsable. C’est peut-être différent de ce que demandaient ou attendaient les partis et c’est différent, aussi, de ce que demandait le pouvoir. Cela montre que la CENI est libre et indépendante dans ses décisions.

- Des élections sans la COD ?

- Personne ne souhaite des élections sans la COD ou avec seulement une partie de celle-ci. Mais si la COD ne veut pas participer, les élections auront quand même lieu. De toute façon, personne ne peut obliger un parti à prendre part à des élections, s’il ne le veut pas. Moi, je dis que, quand les élections auront  lieu, en octobre, on ne se demandera pas qui a participé ou non, on se focalisera, plutôt, sur le taux de participation.

- L’initiative du président Messaoud vise à faciliter le dialogue entre le pouvoir et la COD et, à terme, la formation d’un gouvernement de large ouverture, pour organiser les élections. Vous, soutien de cette initiative, vous dites : « dialogue bis, il n’en est pas question ou ce sera sans El Wiam ». N’est-ce pas paradoxal ?

- Vous me donnez l’occasion de préciser ce que j’ai dit. J’ai dit ceci : « le dialogue national bis, c’est fini et, si ça doit avoir lieu, ce sera sans nous ». Pour le dialogue politique, nous sommes ouverts. C’est permanent, le dialogue politique. Le dialogue national, vous le savez, est ouvert, quelque part, officiellement par le président de la République, en présence des corps constitués, des ambassadeurs et autres organismes accrédités auprès de notre pays. Il est clôturé suivant le même cérémonial. Ce genre de conclave ne peut pas se tenir chaque semaine, chaque mois ou chaque année, mais, plutôt, tous les trois ans, sinon quatre, voire plus.

Ceux qui n’ont pas participé au dernier dialogue ont raté le train et, comme on dit, celui qui rate le premier train attend le prochain. C’est ce dialogue-là qui est, pour moi, terminé. S’agissant, maintenant, du dialogue politique qui doit permettre, à la COD qui n’a pas participé au dernier dialogue national, de demander des garanties pour prendre part aux prochaines élections, nous sommes disposés à discuter avec eux, pour leur fournir ces garanties.

Je pense aussi, même si ce n’est pas à moi de le dire, que le président de la République est disposé à discuter avec eux. Pour nous, parti d’opposition ayant pris au dialogue national, nous sommes disposés à discuter avec eux et c’est le sens de l’initiative de Messaoud. Il s’agit d’amener tout le monde autour d’une table mais pour le dialogue national, comme on le dit ailleurs, la messe est dite.

- Estimez-vous qu’il y ait suffisamment de garanties de transparence, pour aller aux élections ?

- L’accord signé au terme du dialogue politique dernier offre suffisamment de garanties, je le pense, pour aller aux élections. Vous savez, en démocratie, rien ne s’obtient gratuitement et rien n’est parfait, aussi. C’est perfectible à l’infini. L’accord politique a permis d’améliorer ce qui existait déjà. Pour preuve, vous avez, aujourd’hui, une CENI indépendante qui n’a rien à voir avec le pouvoir, qui n’a rien à voir avec le ministère de l’Intérieur.

C’est extrêmement important. L’armée qui pouvait, au cours de ses missions de maintien de l’ordre, voter dans n’importe quel bureau, ne peut plus se le permettre. L’armée va voter avant les autres citoyens, afin de se consacrer, exclusivement, à sa mission, le jour du vote. Désormais, la liste électorale est dressée par la CENI et les bureaux de vote des militaires sont donc connus.

Des gens qui ont participé, la dernière fois, aux élections avec une CENI moins indépendante et une transparence discutable, disposent, aujourd’hui, de plus de garanties pour participer aux prochaines élections. Une fois celles-ci terminées, les acteurs politiques peuvent se retrouver, pour améliorer l’acquis. Je disais hier, au cours de notre rencontre avec la délégation de l’Union Européenne, qu’aujourd’hui, nous sommes en avance sur l’Europe, en certains domaines. Jusqu’à présent, la France se cherche, pour la proportionnelle.

Chez nous, les députés seront élus, à 62%, par cette méthode. Aux USA, la proportionnelle n’est pas appliquée à la présidentielle. Avec le système de mandats des Etats, vous pouvez être élu président des Etats-Unis avec moins de voix que votre concurrent. Ca n’existe pas, en Mauritanie. Cela dit, notre système, évidemment, est loin d’être parfait, je le reconnais, et il appartient aux Mauritaniens de l’améliorer sans cesse.

- Vous avez discuté avec l’ambassadeur chef de délégation de l’UE. Quel rôle peut jouer l’Europe dans la facilitation en Mauritanie ?

- Le souhait de l’UE est voir les Mauritaniens organiser des élections libres et transparentes. Leur volonté est donc d’œuvrer à cela. L’ambassadeur chef de délégation nous a assuré de la disponibilité de l’Europe et de son soutien, dans cette opération. L’UE est prête à envoyer des observateurs, pour veiller à la bonne tenue des élections, parce que, comme nous, l’UE pense qu’une démocratie sans élection n’est pas une démocratie. Il faut donc qu’il ait des élections.

- Que pensez-vous de ce qu’on appelle, aujourd’hui, le « Ghanagate » où le président de la République est soupçonné d’avoir trempé dans le blanchiment d’argent ?

- Excusez-moi. Comme je n’ai pas suffisamment d’éléments sur ce dossier, je préfère ne pas en parler.

Propos recueillis par DL

Source : Le Calame (Mauritanie)

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