IRA : Droits de l’homme et politique feront-ils bon ménage ?

L’Initiative pour la Résurgence d’un Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA) a intensifié, au cours des derniers jours, ses activités, en annonçant avoir mené des visites, conduite par son président Biram Ould Dah Ould Abeid, dans plusieurs localités du Trarza.

Par cette démarche, IRA cherche à mobiliser le plus grand nombre de soutien possible pour son action et, dit-on, penser à créer

 un parti politique qui rassemblera tous ses militants à travers le pays.

IRA avait annoncé, il y a un moment avoir décidé d’allier la lutte contre l’esclavage, s’inscrivant jusque-là dans l’action de défense des droits de l’homme, à l’action politique qui s’inscrit dans l’optique de la participation aux prochaines échéances électorales (municipales et législatives).

IRA a cependant acquis une certaine notoriété grâce à la lutte contre l’esclavage qu’elle prétend encore existé largement en Mauritanie. Elle a, pour cela, organiser plusieurs meetings et sit-in pour demander la mise en œuvre de la loi criminalisant l’esclavage et à prendre, effectivement, des sanctions prévues par les textes contre les contrevenants. Elle a ainsi découvert plusieurs cas d’esclavage qu’elle a  fait savoir à travers des conférences de presse, accusant l’appareil administratif et la justice mauritanienne de fermer l’œil sur une pratique d’un autre âge exercé  par ce qu’IRA qualifie « d’esclavagistes » invétérés. IRA est même allée plus loin en pointant du doigt certains érudits musulmans pour leur mutisme autour de cette question.

Mais IRA est aussi regardée, par bon nombre des forces vives du pays, comme une « organisation extrémiste, aussi bien dans le projet de société que dans le discours, qui tend à dénoncer, de manière exagérée, une pratique dont ne reste, selon le discours officiel, que des « séquelles ». L’organisation de Biram Ould Dah Ould Abeid, qui tend aussi à créer des synergies avec des organisations  négro-mauritaniennes hostiles au pouvoir « arabo-berbère » est accusée de vouloir créer des divisions au sein de la société, notamment maure, par une « revisitation » du passé qui ne sert que des intérêts personnels et, peut être, un agenda extérieur, ce qu’IRA balaie pourtant d’un revers de la main.

Rappelons que le président de cette organisation, Biram Ould Dah Ould Abeid, et certains de ses militants avaient séjourné en prison pour avoir incinéré des livres du rite malékite qu’ils considèrent, à tort ou à raison, comme apologétique de l’esclavage par une « vision déformée de cette question en Islam », selon IRA. Large débat en perspective. Surtout si IRA parvient à se faire reconnaitre comme parti politique, comme vient de le faire un autre groupe de militants anti-esclavagiste mené par l’ancien ministre et dirigeant de l’APP (Alliance populaire progressiste), Mohamed Ould Borboss, et le syndicaliste, secrétaire général de la CLTM (Confédération libre des travailleurs de Mauritanie) Samory Ould Bèye, qui viennent de mettre en place une formation politique dénommée « Al Mostaqbal » finalement reconnue par le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation. Un « démembrement » de la classe politique haratine qui dénote d’une volonté de bousculer les habitudes, en remettant en cause le leadership vieux de plusieurs décennies, de Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale et du parti Alliance populaire progressiste, et de son allié dans la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) et président du parti « Al Wiam », Boydiel Ould Houmeid. Et même si cela relève d’un principe démocratique évident, consacrant la volonté de chacun de parvenir à qu’il pense être juste, pour la société, et bien, pour lui, cette scission au sein de la classe politique haratine doit être vu, par les autres tendances comme une aubaine. Exactement comme, au tout début de la démocratie, quand le pouvoir de Taya, avait réussi à dresser le groupe de Sghair Ould M’bareck, ancien Premier ministre et actuel Président du Conseil constitutionnel, contre celui de Messaoud Ould Boulkheir alors candidat à la mairie de Nouakchott. Certes, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis, mais l’on n’est pas sûr que la même stratégie de « containment » de cette frange sociale, réputée être la plus nombreuse du pays, mais la moins représentée dans le partage du pouvoir, ne soit « réactivée » aujourd’hui pour atteindre les mêmes objectifs : faire en sorte que ce qu’on appelle la communauté « arabe » de Mauritanie maintienne un semblant de cohésion face à une communauté négro-mauritanienne qui n’a jamais cessé de revendiquer une plus grande part du gâteau.

Il s’agit donc d’un double enjeu, pour les haratines, qui se dessine à la veille d’élections municipales et législatives où ils doivent prouver, malgré leur division, qu’ils restent une force incontournable sur l’échiquier politique national, aussi bien au sein de ce que la plupart d’entre eux considère comme leur communauté d’origine (ou de fait) que dans les rapports qui ont toujours régit ce que l’on nomme le principe des quotas, qui ne s’appliquent, dans la réalité, qu’à la composition du gouvernement. 

Mohamed Ould Brahim

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