Japon: le retour du nucléaire pour renforcer l’économie

Le JaponLe Japon a redémarré ce mardi un de ses 48 réacteurs nucléaires civils : le réacteur numéro un de la centrale de Sendai, 1 000 kilomètres au sud-ouest de Tokyo, sur l’île méridionale de Kyushu. Son redémarrage met fin à près de deux années sans électricité nucléaire au Japon.

Le redémarrage a commencé à 10h30 heure locale, 1h30 du matin TU. Depuis déjà plusieurs jours, les opposants se réunissent devant la centrale. Dimanche, ils étaient 2 000, venus de régions du Japon qui hébergent des installations nucléaires. Le week-end dernier, un concert de rock avait même été organisé au cri de « Saikado hantai », « contre le redémarrage ». Ce mardi, Naoto Kan était parmi les manifestants. Premier ministre à l’époque de Fukushima, activiste anti-nucléaire depuis, il a blâmé l’échec de l’actuel chef du gouvernement Shinzo Abe à annuler le redémarrage de cette centrale de Sendai. « Cela ne peut être pardonné ».

Ces manifestants sont soutenus par le Parti communiste, le parti social-démocrate, des syndicats et des ONG de tout le département. Car 56 % des Japonais sont opposés aujourd’hui à la remise en marche des réacteurs nucléaires.

Un redémarrage économique

Après la catastrophe de Fukushima, le Japon a arrêté un à un tous ses réacteurs, le temps de mettre en place de nouvelles normes de sécurité. Mais jusque-là, le nucléaire fournissait entre un quart et un tiers de l’électricité du pays. Pour compenser, le Japon a augmenté la production de ses centrales au gaz, au pétrole et au charbon, et en a remis d’autres en marche.

Les importations de carburant fossile ont crevé le plafond, ce qui a coûté d’autant plus cher que le yen a chuté ces dernières années. 26,7 milliards d’euros seraient actuellement dépensés en plus chaque année en hydrocarbures. Logiquement, les tarifs de l’électricité ont augmenté : plus 25 % pour particuliers, plus 38 % pour entreprises, selon les chiffres donnés par le gouvernement. Des entreprises qui, selon le Premier ministre Shinzo Abe, freinent leurs activités à cause du prix des hydrocarbures.

Un lent redémarrage

Le choix de Shinzo Abe de relancer le plus vite possible le nucléaire civil n’est pas une surprise : c’est sur la croissance économique que le candidat du parti conservateur s’était fait élire en décembre 2012, et il avait tout de suite dit qu’il allait redémarrer les réacteurs. Mais cela s’est révélé plus long et compliqué que prévu. Le premier redémarrage, celui des réacteurs d’Ohi, n’a pas duré longtemps : en septembre 2013, la justice estimait que les mesures de sécurité étaient insuffisantes.

Une fois que les nouvelles mesures de sécurité ont été arrêtées, plusieurs réacteurs ont obtenu, après vérification, le feu vert des autorités de régulation. Mais les opérateurs des centrales ont aussi besoin de l’accord des autorités locales, qui pour des raisons électorales, le donnent assez difficilement. Même si les sommes versées par les opérateurs aux municipalités sont très importantes.

La centrale de Sendai

En novembre dernier, la préfecture de Kagoshima a donné son accord pour le redémarrage des réacteurs Sendai1 et 2. Elle s’est basée sur le rapport rendu par l’autorité de régulation quelques mois avant, qui certifiait que les nouvelles normes étaient appliquées dans la centrale. Avec d’abord un nouveau mur anti-tsunami qui s’élève à 10 mètres – selon l’opérateur Kyushu Electric, en cas de tsunami, la vague ne dépasserait pas, ici, les six mètres et les salles des réacteurs s’élèvent à 13 mètres au-dessus du sol.

Pour ce qui est des risques d’éruption, dorénavant évalués de manières plus strictes, l’autorité de régulation a estimé « négligeable » la possibilité qu’une éruption touche la centrale Sendai. Une centrale quand même située à quelques dizaines de kilomètres à peine d’une chaîne de volcans. Un volcanologue réputé a d’ailleurs estimé qu’il était tout à fait possible qu’une éruption touche la centrale. Après ce feu vert de Kagoshima, 7 500 personnes ont manifesté dans la préfecture et plus de 10 000 à Tokyo.

Prochaines étapes

Sur les 48 réacteurs restants (en enlevant les six de Fukushima), seuls 30 seraient susceptibles d’être redémarrés en répondant aux nouvelles normes. Aujourd’hui, trois sont en attente : dans le centre du pays, Takahama 3 et 4 ont reçu le feu vert, mais les anti-nucléaires ont réussi à obtenir sa suspension en faisant valoir que les risques sismiques n’avaient pas assez été pris en compte. Pour ce qui est d’Ikata 3, dans le sud, on attend encore de nouveaux travaux, les élus locaux devront ensuite se prononcer.

Si le redémarrage du réacteur 1 de Sendai (le 2 doit suivre mi-octobre) d’aujourd’hui est une victoire pour Shinzo Abe, relancer tous les réacteurs conformes à la nouvelle réglementation va prendre beaucoup de temps. Et les futurs changements de majorité pourraient également mettre à mal son objectif d’atteindre les 20 à 22 % d’électricité d’origine nucléaire d’ici 2030.

Source: RFI

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