Je m’adresse à la nation

Palais presidentiel. Debellahi Abdeljelil : Des informations maintes fois répétées sur les sites nationaux, présentent comme scoop, à la Wiki Leaks, un discours imminent du Président de la République. Comme je sais qu’il doit parler de tout, j’ai décidé de le devancer, pour vous donner un avant-goût de rien.

Mauritaniens, mauritaniennes ! Peuple de héros ! C’est un peu plus qu’un simple citoyen qui s’adresse à vous. En toute franchise, pour ne rien vous dire. C’est plutôt un patriote simple, qui a cru de son devoir de vous éclairer sur un certain nombre de questions qui, parait-il, n’intéressent personne, y compris mon excessivement insignifiante personne. Même les parlementaires, comme l’a si pertinemment soulevé maitre Takioullah Eida, n’ont pas pipé mot à ce sujet.

Vous avez, sans doute, entendu parler de cette grève des travailleurs de la SNIM (société nationale industrielle et minière), d’abord à Zouerate, ensuite à Nouadhibou. Il parait, selon les informations qui nous parviennent de la capitale économique, que les bateaux minéraliers attendent toujours, et tardent, à être chargés.

Chaque jour de retard, coûterait à notre SNIM nationale, le salaire de plusieurs milliers de SMICARDS. Ils tarderaient à être chargés parce que, semble-t-il, les ouvriers, tiennent à faire culbuter l’ADG (administrateur  directeur général) de la société, avant le culbuteur qui fait vider les wagons du train, pour que le produit aille dans les entrailles des fameux bateaux.  

Ainsi, nos trains, qui faisaient notre fierté comme les plus longs du monde (250 wagons), deviennent aujourd’hui, les plus lents. Ils vont être aussi, chose gravissime, rongés par la saline humidité de la baie. Ils auraient dû les renvoyer, même chargés, vers le siège d’exploitation de Zouerate, où c’est nettement « plus sec ». C’était mieux, la situation ayant toutes les probabilités de perdurer, le fer, sur les marchés internationaux, ne valant plus « un clou ».

Les employés ne semblent pas vouloir entendre la voix de la raison, ni suivre la voie des maîtres de la maison. Pourtant, dépêché par le « haut de en haut », le ministre en charge des mines, n’a fait que miner la situation davantage. Il a donné aux employés le choix entre deux alternatives : mourir ou crever. Incrédules, ils auraient opté pour faire pourrir la situation, advienne que voudra. On disait que la SNIM était le poumon du pays. Quand le poumon arrête d’oxygéner, on est en droit de parler d’asphyxie.

Comme dans notre cher pays, l’information est aux abonnés absents, il n’y a que la propagande ou la rumeur qui se disputent pour faire foi et loi. La dernière fait courir le bruit que certains haut placés de la grande muette, ont pris les choses en main. Dans ce climat Général de division, ils seraient en train de jeter les bases d’un dialogue avec les ouvriers. Comme les technocrates se sont plantés, il était temps que les choses soient traitées par les décideurs eux-mêmes, au lieu d’être sous-traitées à des commis, des sous fifres. Comme avait dit l’autre, « la guerre est une affaire sérieuse qu’on ne peut pas confier aux seuls militaires ».

Si ces rumeurs « officielles » se confirmaient, sachez, chers citoyens, que le dialogue politique, qui faisait tant supputer entre sceptiques et ineptiques, aura le même sort que  ses « frères ainés », eux aussi, mort-nés.  

La raison est simple. On aura ainsi la preuve, que pour trouver un quelconque consensus dans ce pas, il faut négocier avec l’institution militaire. Certains auraient préféré que j’utilise le pluriel. Mais, sciemment, j’ai évité de rentrer dans les questions qui peuvent compromettre l’entente nationale, telles la dissolution, ou non, des BASEP, BADEP, et autres unités d’élites, civiles, militaires, économiques, ou simplement tribales. Quand on veut réconcilier, on est (ou devient) conciliant.   

Mais laissons la politique aux politiciens. Ce n’est pas mon affaire. En tout cas, pas la seule. Moi, ma préoccupation majeure, c’est vous, et votre quotidien, mes compatriotes, bandes d’idiots et d’idiotes. Ne vous inquiétez surtout pas. Votre quotidien ne sera pas influencé par cette histoire d’ouvriers incultes, noyautés par les Tawassoul, El Hor, et autres UFP/RFD.

Vous ne sentirez pas l’effet de l’arrêt des exportations, parce que vous ignoriez l’existence de leur impact ou implications. Demeurez, surtout, tout à fait sereins.  Au pire des cas, nous vendrons la SNIM, après le dépôt de son calamiteux bilan. Pas de soucis à se faire, les relais sont déjà prêts. Comme les cellules dormantes, ils seront activés dès que les prix auront augmenté conséquemment. Vous connaissez nos habitudes. Nous sommes à cheval sur vos intérêts, qui ne diffèrent que de peu des nôtres. Quand les prix du pétrole ont chuté de par le monde, nous les avons bloqués chez nous. Aussi, quand les cours du minerai de fer ont significativement baissé, nous avons bloqué les trains, les minerais, et les bateaux minéraliers avec. Ce que nous coutent ces derniers, nous reviendra en rétro commissions. Nous connaissons vos intérêts, nous les préservons.

Mauritaniens, mauritaniennes !

Je ne vous ai pas parlé de plusieurs questions qui me tiennent à cœur, et à cri. Mais cela je vais le faire au retour de la mission (ce n’est qu’une rumeur) de Nouadhibou.

C’est tout ce que le temps m’a permis d’évoquer avec vous cette fois-ci. La prochaine fois, je vais aborder avec vous les visites que Monsieur le Président compte effectuer à l’intérieur des Wilayas (régions), pour s’enquérir de la situation désastreuse (selon les mauvaises langues) des populations.

Je vous ferai le point de cette sécheresse sur une très grande partie du territoire national, pour laquelle on vous avait promis un programme très spécial pour le mois de mars  2015. Il parait que cette sécheresse n’est qu’une hallucination des éleveurs affiliés à l’opposition précédemment radicale. Il semble aussi que le programme est retardé par la difficulté de trouver un trésorier régional ou départemental, dont le coffre soit complètement « dératisé ». Une épidémie de souris dévoreuses de nos Ouguiettes ferait des ravages dans les trésoreries, sur l’ensemble du territoire national. Les pouvoirs publics sont particulièrement embarrassés. Anéantir ce grand nombre de rongeurs ferait une hécatombe au niveau de la biodiversité, et mettrait mal à l’aise le département de Amedi Camara qui, dit-on, s’acharnerait, dans un coin encore tenu au grand secret de notre galaxie, à mette en œuvre des mesures hyper géniales pour le Développement Durable  de notre pauvre Mauritanie, bientôt vers le chaos émergente ( ???). Les laisser proliférer, ressusciterait les « Moufsidines » (gabégistes) et ferait volet en éclats, un grand pan des réalisations des deux premiers mandats du Président. En plus, il rendrait plus compliqué, la trouvaille d’un slogan convaincant, alléchant, mobilisateur, et d’apparence fédérateur, pour les campagnes des mandats à venir.

Mauritaniens, mauritaniennes ! Peuple de héros !

Je sais que je vous ai parlé pour ne rien dire. Vous ne devez pas vous en plaindre. Vous y avez été habitués. Que dire ? Que faire ? Continuez à applaudir !  

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