Khaled Bahah, l’espoir d’une « solution politique » au Yémen

4620015_6_f8f8_khaled-bahah-a-sanaa-en-novembre-2014_ec7c31a1b8082a8dcd32f6630e83f1caDans les cercles diplomatiques, certains parlent déjà du président yéménite, Abd Rabo Mansour Hadi, au passé. « Le président Hadi est fatigué, usé, affecté tout comme ses proches dont certains ont été malmenés par les houthistes », confie un diplomate occidental. Chassé de la capitale Sanaa en janvier par les rebelles zaydites puis d’Aden, le grand port du sud du pays, le 26 mars, le chef de l’Etat s’est réfugié à Riyad, en Arabie saoudite. L’intervention de la coalition arabe sous bannière saoudienne vise à restaurer son autorité et permettre son retour sur le sol yéménite. Une fois cet objectif rempli, il pourrait rapidement passer la main.

L’investiture de son premier ministre, Khaled Bahah, au poste de vice-président, dimanche 12 avril à l’ambassade du Yémen à Riyad, est un signal en ce sens. La promotion de cet homme de 50 ans a été saluée par le gouvernement saoudien et par le Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui regroupe les six monarchies arabes de la région (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar). « C’est un pas important pour rétablir la sécurité et la stabilité au Yémen », a estimé le Conseil des ministres saoudien. Certains voient dans cette nomination le signe que Riyad considère désormais le président Hadi comme faisant partie du problème plus que de la solution politique.

Homme de consensus

Le président Hadi manquait de sens politique. Il avait du mal à prendre des décisions, à écouter, à s’impliquer et à se créer des réseaux. Il y a une vraie déception envers Hadi », dit encore le diplomate. Vice-président dans l’ombre du président Ali Abdallah Saleh pendant dix-sept ans, il est détesté dans le sud du pays, dont il est originaire et où il est vu comme un traître. Pendant la guerre civile de 1994, alors ministre de la défense du président Saleh, il a mené la campagne militaire contre la République démocratique du Yémen, déclarée à Aden par des leaders du Parti socialiste yéménite et des chefs du mouvement indépendantiste sudiste.

En dépit de ses récents efforts à se placer au-dessus de la mêlée, l’ancien dictateur Ali Abdallah Saleh est quant à lui tombé en disgrâce à Riyad. L’Arabie saoudite avait continué de le soutenir jusque sous la révolution yéménite de 2011, négociant son immunité contre une transition au pouvoir. S’estimant lâché par la dynastie wahhabite, M. Saleh s’est allié avec les rebelles houthistes pour partir à la reconquête du pouvoir. Vu comme l’orchestrateur de la déstabilisation du gouvernement Hadi, il a appuyé l’avancée des houthistes avec les forces armées qui lui sont restées loyales et son immense fortune.

Lire aussi : Comprendre les origines de la guerre au Yémen

« Le rôle de Khaled Bahah devrait être croissant. On a eu peur qu’il n’accepte pas cette charge car il a déjà rencontré beaucoup de difficultés et qu’il connaît le style d’Hadi qui n’est pas facile à suivre pour un chef de gouvernement », estime le diplomate. Originaire de la province de Hadramaout, dans le sud-est du pays, où il garde de nombreux contacts, M. Bahah est perçu comme un homme de consensus. Sous le président Saleh, il avait été ministre du pétrole (2006-2008) puis ambassadeur du Yémen au Canada (2008-2014). Dès 2011, il a soutenu la révolution yéménite contre le président Saleh. En 2014, il était devenu ambassadeur du Yémen aux Nations unies.

Il avait été nommé premier ministre en octobre 2014, au moment où la crise politique s’aggravait au Yémen. Après l’accord de paix et de partenariat, passé en janvier entre le président Hadi et les houthistes, il a été le seul politicien accepté au poste de chef de gouvernement par les houthistes et le parti de l’ancien président Saleh. Ces derniers l’avaient ensuite assigné à résidence avec le président Hadi. M. Hadi avait réussi à fuir vers Aden en février et M. Bahah avait négocié sa libération en mars.

Relations de « bon voisinage » avec l’Iran

Sa première conférence de presse, le 16 avril à Riyad, a été saluée pour le ton et l’énergie insufflés. Condamnant à la fois les violences des houthistes et des forces loyales à Saleh, il les a appelés à se conformer à la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, qui les somme de se retirer des zones conquises et leur impose un embargo sur les armes. Aucune sortie du conflit n’est possible « sans mettre fin à la machine de guerre », en particulier à Aden, a-t-il insisté. Le haut responsable yéménite a en outre plaidé pour des relations de « bon voisinage » avec l’Iran, tout en lui demandant d’« arrêter de déstabiliser » le Yémen.

Le président Hadi fera son retour à Aden dès que la situation politique et sécuritaire le permettra, a indiqué Khaled Bahah. D’ici là, un gouvernement resserré va coordonner l’aide humanitaire depuis Riyad, une priorité pour M. Bahah face à la « catastrophe humanitaire » qui se dessine. Vendredi 17 avril, l’Arabie saoudite a annoncé qu’elle réglerait entièrement la note de 274 millions de dollars (256 millions d’euros) demandée par l’ONU pour apporter une aide urgente aux 7,5 millions d’habitants affectés par le conflit. « Khaled Bahah est très courageux. Il a une distance, une hauteur de vue, une force de caractère et une détermination qui, peut-être, ne suffiront pas tant la situation est complexe et détériorée », conclut le diplomate.
Source: lemonde.fr
Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge