La démocratie en cerise ou crise


La Mauritanie est un pays en crise. Oui, en crise, malgré les dénégations du camp du pouvoir qui veut prouver le contraire. En crise parce que des maires et des députés exercent des fonctions « sans droits » autre que la volonté du gouvernement établie – légitimée – par un Conseil Constitutionnel qui n’a jamais été la voix de son maître que maintenant.

COD1En crise parce que les hommes politiques, censés devoir résoudre les questions liées aux incompréhensions de ce genre, n’ont aucune volonté d’y mettre un terme. Et le peuple ? Le peuple sujet et objet de  toute cette agitation, il ne semble disposer d’aucun moyen pour exiger le rétablissement de la démocratie. D’ailleurs, ceux qui pensent que le meilleur moyen d’éloigner la plèbe de la politique c’est de l’occuper par des questions de survie n’ont pas tout à fait tort. Les Mauritaniens sont tellement pris par la recherche de leur subsistance, dans un contexte de crise économique aigue, qu’ils disent merde à la politique. Vous entendrez souvent un citoyen vous dire : « ils sont tous pareils, ces politiques, Aziz ou un autre, qu’importe. Ils sont aussi conscients de la futilité de leurs institutions « démocratiques », sinon comment comprendre qu’ils ne soient pas les premiers à exiger que les élections se tiennent ? Que leurs représentants tirent leur légitimité de leur choix et non de cette prorogation décidée par un pouvoir exécutif censé pourtant ne pas avoir d’emprise sur le pouvoir législatif.

Il y a  aussi que cette « dégénérescence accélérée commence à gagner aussi d’autres domaines que la politique. L’affaire Bouamatou n’est que la suite logique de toutes les « affaires » depuis le coup d’Etat-Rectification du 3 août 2008. On s’en convaincra en encore plus si, comme le révèle un site de la place, l’ancien Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, est convoqué à nouveau devant le juge d’instruction du cabinet chargé des crimes économiques, Ammar Ould Mohamed Lemine, dans ce qui est connu sous le nom du dossier du « riz avarié » !

Cette convocation surprenante de l’ancien Premier ministre, sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, si elle aura lieu, arrive pour confirmer la volonté des autorités  à rouvrir les dossiers qui avaient été ficelés contre d’anciens opposants au coup d’état du 6 août pour s’en servir comme moyen de pression sur eux. On se rappelle que celui dit du « riz avarié » de la SONEMEX avait conduit à l’arrestation d’Ould Ahmed Waghf juste après le coup d’état du 6 août 2008 puis à sa  libération liée par certains à l’Accord de Dakar et plus tard à la sortie de son parti de la Coordination de l’opposition démocratique pour entrer dans la  majorité présidentielle soutenant le président Mohamed Ould Adel Aziz. Et probablement aussi que ce sont les propos d’Ould Ahmed Waghf critiquant la gestion du pouvoir et brandissant la possibilité de créer un troisième front avec la Coalition pour une alternance pacifique (CAP) regroupant l’APP, Al Wiam et Sawab, qui ont poussé le pouvoir rouvrir le dossier du « riz avarié » pour le rappeler à « l’ordre ».

Malgré tous ces disfonctionnements, le pays fonctionne comme s’il n’y avait pas de crise ! Certes, la Coordination de l’opposition démocratique ne cesse de dénoncer ce qu’elle considère comme des enfreintes à la démocratie mais sans parvenir à mettre à mal un pouvoir sûr de lui-même. De sorte que les questions qui fâchent ne sont jamais regardées comme des défaillances de l’Exécutif mais seulement une partie de ce qui fait la crise elle-même ! Les élections municipales et législatives accusent un an de retard et personne ne s’en émeut. Elles se tiendront quand le président Aziz l’aura voulu, c’est-à-dire quand il pensera que tout est à l’avantage de sa majorité présidentielle  pour qu’elle ne cède pas du terrain face à l’opposition. D’ailleurs, il commence peut être à y penser en appelant des personnalités clés du parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) au sein du gouvernement.

Pour le reste, et plus précisément pour les questions de justice et de bonne gouvernance, le pouvoir n’a de comptes à rendre à personne. L’opposition est faible, oui, et le peuple n’existe pas en tant que tel. On est de plus en plus sûr que le « printemps mauritanien » n’est qu’une vue de l’esprit. Ce qui compte, c’est de permettre au peuple de survivre. Faire en sorte que l’on ne crève pas de faim en parvenant, plus ou moins, à exploiter le peu d’opportunités offertes par une économie intravertie. De sorte que les habitants de la capitale Nouakchott constituent un « monde » à part qui ignore tout de ce qui se passe dans les autres wilayas du pays. C’est là tout le défaut de gestion d’un système politique et économique non articulé. Les Mauritaniens vivent en dehors du temps et de l’espace étatique.  D’où l’indifférence qu’ils affichent face à la crise politique actuelle. Alors, tant qu’il n’y a pas une pression populaire véritable, le pouvoir peut continuer à ruser et remettre à plus tard des élections municipales et législatives, en fait, sans importance. Les élus sont là par eux-mêmes (pouvoir de l’argent, de la tribu et du savoir) et pour eux-mêmes.

Sneiba Mohamed

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