La démocratie singée

démocratie-singéeComme l’avait si bien dit Ahmed Cheikh dans un récent éditorial du journal « Le Calame« , feu sa Majesté Hassan II avait le sens de la formule, la force de l’expression et la maîtrise du verbe : il qualifiait de Tam-Tam les « conférences nationales » organisées par les pays africains néo-colonisés, pour s’inscrire dans l’esprit et la lettre de La Baule. En dépit du vacarme tonitruant autour d’elles, l’échec avait été cinglant. 

Ce que Ahmed n’avait pas dit, c’est que sa Majesté avait aussi qualifié de danses de singes, les conférences de l’OUA, avant que celle-ci ne perde son précieux « O » d’organisation et devienne, bêtement, UA ( union des abrutis). Aussi, en 1989, dans un épisode de l’émission « l’heure de vérité » ( le seul jamais organisé en dehors de l’Hexagone par Antenne 2, l’ancêtre de l’actuelle France 2) avec sa Majesté comme invité à partir du Palais Royal de Rabat, il avait exprimé, en termes clairs, en réponse à une question relative à la lenteur du rythme de la « démocratisation en Afrique » : <<vous imposez aux africains des choix qui sont les vôtres (européens), et vous voulez, disait-il, qu’ils effacent d’un trait des pratiques et valeurs sociétales ancestrales ? Et le Roi d’ajouter : il vous a fallu combien de temps, vous en Europe, pour arriver à vos actuelles démocraties ? Donnez le temps aux africains de trouver leur voie >>.

Romano Prodi avait reconnu, lui aussi, et j’en ai déjà parlé ici, la nécessité pour les africains d’innover pour adopter des systèmes adaptés à leurs contextes spécifiques.

Depuis La Baule, nous ne faisons que singer le système occidental. Un mimétisme qui n’a conduit qu’à instaurer un système d’état-individu à la place de celui de l’état- providence. Les partis inamovibles ont supplanté les partis uniques. Papa-maman-président a remplacé le « père de la nation ». Les familles présidentielles ont été adoptées aux lieux et places de l’institution du même nom. Les fondations des premières dames, des secondes et des subsidiaires, ont siphonné les insignifiantes ressources financières de nos malheureux états et mis en évidence l’inutilité de nos services dits publics.

Le processus de démocratisation de l’Afrique n’a conduit qu’à son irréversible médiocratisation. Si on n’intervient pas directement pour  »détrôner » le Roi des Rois d’Afrique et semer le chaos, comme ce fut le cas pour  »démocratiser » la Libye par bombes à fragmentation et missiles Tomahawks, la régulation du système est laissée à nos militaires à nous. Ils sont piqués par une sorte de tsé-tsé de la pratique politique. Il en résulte de piètres politiciens et de médiocres militaires. Ils nous ont enfermé dans un cycle de « révolutions », « redressement »,  » salut national »,  » rectification », « justice »,  » démocratie », comme un labyrinthe sans issue.

Après une alternance pacifique (même négociée selon certains), Le Capitaine-Général cocotte-minute Sanogho avait mis un point final, seulement trois mois avant les élections, à un système qui donnait l’impression de bien marcher (électoralement au moins ). Il avait, par la même occasion, favorisé une guerre dont son pays, le Mali, vit encore les affres et les tributs.

En Egypte, la grande singerie démocratique a été balayée par le Général-Maréchal-Pharaon Alsissy. Il ressemble, à s’y méprendre, à notre  »hybernatus » de Gilbert Diendéré du pays (Burkina Faso) où les Hommes intègres risquent, si les choses continuent comme elles se dessinent, à ne plus avoir la place qui leur sied. Ce qui vient de se produire au Faso n’est pas surprenant. C’est tout simplement la rectification de la « révolution de Zida » contre celle de Blaise Compaoré qui avait mis seulement 27 ans à redresser la révolution Sankarienne qui, quant à lui, avait renversé, Jean-Baptiste Ouédraogo qui avait succédé à Saye Zerbo, et ainsi de suite jusqu’à Aboubacar Sangoulé Lamizana….. Sur facebook, j’ai lancé un défi à tout celui qui oserait parier que les événements au Burkina, suite à ce énième Putsch, ne se dérouleraient pas comme suit : 1) condamnation énergique, ferme et vigoureuse de la part de ce qu’on appelle « la communauté internationale » (Onu, UE, UA, Oif, CDEAO, etc…); 2) suspension du Burkina de l’UA, l’Oif, la Cedeao, etc…; 3) exigence de retour à un processus menant au rétablissement d’institutions républicaines ( remarquez la nuance ); 4) envoi de missions d’informations et de contact; 5) conclusion que l’avenir du Burkina est devant lui, et qu’il faut tourner la page du passé, dans l’intérêt suprême des Burkinabés; 6) engagement de la junte à limiter la transition (un an par exemple) et à ne pas se présenter ( sous-entendu: elle peut utiliser un épouvantail); 7) si l’épouvantail est tenté, un jour, de se prendre au sérieux, le RSP (régiment de sécurité présidentielle) prendra ses responsabilités (pouvoir) devant la nation; 8) début d’un cycle nouveau de condamnations, Visitations, consultations, démocratisation par transition cyclique. Personne n’a osé parier et je le comprends aisément : tant qu’il y aura deux armées dans un pays, dont l’une est à la solde de « Manitou » et l’autre sans soldes, on ne sortira d’une transition que pour entrer dans une autre.

Comble du ridicule qui, heureusement ne tue pas chez nous, en Guinée Conakry, voilà l’ancien soutier de l’armée, rendu célèbre par sa remarquable médiocrité et ses vexantes extravagances, se proposer comme « sauveur » de la nation. La même nation dont il avait bafoué l’honneur, souillé la dignité, n’inscrivant à son actif qu’assassinats, viols, et humiliations des intellectuels. Ses âneries n’avaient pas épargné les diplomates, hôtes de la terre de Guinée à l’hospitalité légendaire. L’affaire de l’Ambassadeur de RFA était, à ce titre, éloquemment édifiante.

Les exemples ne manquent pas à travers tout le continent. Par pudeur, je ne vais pas citer ceux qui ont instrumentalisé, non sans intelligente malice, ou malicieux Machiavélisme, les concepts démocratiques en outils pour consolider leur médiocratie et s’éterniser au pouvoir. On entend ici et là : la Constitution n’est ni le Coran, ni la Bible; la constitution est dynamique; la volonté du peuple est au-dessus de tout; le peuple s’est prononcé par pétition (à la Kagamé); prolonger le (les ) mandats est nécessaire pour parachever les « réalisations grandioses de Manitou »; personne d’autre ne fera aussi merveilleux que le guide (actuel) éclairé; etc…

Les « réformateurs », à dessein, des Constitutions arguent toujours << même les lois fondamentales des USA et de France ont été amendées ! ». C’est absolument vrai. Mais ce ne fut jamais pour maintenir quelqu’un au sommet de l’exécutif. C’était plutot pour éviter qu’il puisse y songer.

Comme le disait René Dumont dès 1962, l’Afrique est vraiment mal partie. Avec toutes ces décennies « d’indépendance », je ne vois toujours pas la ligne de départ. On crédite le continent d’un taux de croissance à deux chiffres. Nous n’en voyons pas l’effet sur notre quotidien. Elle gagnerait à être moins exclusive, notre croissance. Notre démocratie aussi.

Pensez-vous que sous le mandat de Robert Mugabe qui, à moins de l’une des volte-faces dont il est coutumier, serait en train de léguer le pouvoir à l’une de ses épouses, notre fameuse UA pourra améliorer l’ancrage de la culture de l’alternance pacifique et les pratiques de gouvernance réellement démocratiques ? En tout cas, on n’apprend pas à un vieux comme lui, comment faire des grimaces.

Debellahi Abdeljelil

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